‹ De la médication curative de choléra asiatiqueChapitre 4 sur 4 · OBSERVATION · texte numérisé non relu

OBSERVATION

Hildegonde , Emilie, jeune fille de 17 ans, service de la couture, hospice général, entrée à l'ambulance le 25 septembre 1854 , à 10 heures du soir. Diarrhée depuis 15 jours , — accidents cholériques le 9,5 septembre au matin, émission des urines suspendue, — vomissements,— évacuations alvines incolores, — sans odeur, — incessantes. A son entrée dans l'ambulance face caractéristique. Les yeux

sont enfoncés profondément, entourés d'un cercle noirâtre. — Le visage est amaigri , — vieilli , — le nez effilé , — la teinte de la peau est noirâtre ; — froid glacial des extrémités , — pouls complètement imperceptible ; — langue rouge ; — la voix ne s'entend plus.

A onze heures un large emplâtre d'extrait de belladone à l'épigastre. Un autre emplâtre sur la région vésicale. — Pilules de belladone et d'acétate de plomb cristallisé toutes les cinq minutes, puis vers le matin toutes les dix minutes. — Eau de Seltz , — eau de riz, — vin , — par cuillerées.

Nuit très-mauvaise. Malgré le traitement par la belladone la fréquence des vomissements et des évacuations alvines semble augmenter.

26 septembre. — Sur les 7 heures du matin la cyanose, le froid glacial diminuent. Le pouls semble renaître, — quelques heures plus tard il s'est considérablement relevé; les pupilles sont excessivement dilatées, ■ — les yeux brillants , hagards, la peau du visage, du cou, des bras est d'un rouge très-intense ; la réaction est complète , — si complète même que je juge le moment venu de modérer l'emploi de la belladone. — On ne la donne plus que d'heure en heure. Un peu plus lard agitation excessive.

Les plus petites quantités de bouillon léger et de blanc d'œuf battu sont tout aussitôt vomies qu'ingérées, La malade ne peut garder qu'un peu d'eau de Seltz mêlée avec du vin..

Le 26 au soir, on ne donne plus les pilules de belladone que toutes les deux heures. Les évacuations alvines ont considérablement diminué , mais les vomissements sont encore très-fréquents.

Nouvel emplâtre à l'épigastre.

Première émission des urines à 11 heures, — 35 à 40 heures après le commencement de leur interruption.

21 septembre. — On donne à sucer quelques petits fragments de glace. La belladone est continuée toutes les 2 heures. A 10 heures du matin Hildegonde peut, pour la première fois, garder une ou deux cuillerées de bouillon.

Le soir, faiblesse extrême :

Vin de quinquina 125 grammes.

Sirop de quinquina 30 grammes.

Par petites cuillerées à café de temps en temps.

Quinquina kalisaya ...... 4 grammes.

Un paquet dans un demi-verre d'eau tiède en lavement.

28 septembre. — Amélioration notable, — l'agitation diminue ; le pouls se régularise. La diarrhée n'a pas reparu celle nuit. Trois ou quatre vomissements verdâlres seulement.

1^ septembre. — Le mieux se soutient. Conlinualion du quinquina, — 4 ou 5 pilules de belladone seulement dans le courant du jour.

30 septembre. — Pas de vomissements. Le pouls revient à l'état normal. La face commence à reprendre son aspect naturel.

V octobre. — Hildegonde prend quelques aliments, — elle se lève pour la première fois.

4 octobre. — Convalescence confirmée.

Celte malade que j'ai revue depuis a conservé la plus complète intégrité de ses facultés intellectuelles, malgré l'énorme quantité de belladone qu'elle a prise, et qui n'est pas moindre de Irois grammes.

4e OBSERVATION.

Cottereau, Alfred, 3 ans et demi, boulevard Heurleloup, 30, vomissements très-abondants attribués à une indigestion , sur les 11 heures du soir , le 2 septembre. A minuit , vomissements répétés, — selles incessantes et si fréquentes que l'enfant n'a pas le temps de sortir de son lit pour aller à la garde-robe. A partir de ce moment les selles et les vomissements sont incolores, sans odeur.

Le médecin de la famille, appelé vers une heure du matin, trouve déjà la peau refroidie, — il prescrit une potion élhérée avec addition de menthe.

7 heures du matin, 3 septembre. — Peau glacée, — persistance des évacuations , — vomissements plus rares. — L'émission des urines est suspendue vers celle heure, A 8 heures et demie, je suis appelé près de l'enfant qui présente tous les symptômes de la période algide. Ses yeux sont profondément enfoncés, entourés d'un cercle noirâtre. — - Le nez est effilé, — la face grippée, — amaigrie, — d'un

bleu noirâtre, — la voix est altérée. L'agitation est extrême. C'est à grande peine qu'on peut tenir le petit malade dans son lit ; il éloigne conlinuellement les draps et les couvertures et présente une agilation incessante.

Je constate que les selles sont incolores et sans odeur. Langue noire d'une extrême sécheresse , — les lèvres elles-mêmes sont noirâtres et comme fuligineuses. Pouls très-fréquent, irrégulier,— stiliforme, à peine perceptible. La peau est flasque.

Médication. — Un emplâtre d'extrait de belladone à l'épigastre. — Un autre emplâtre sur la région vésicale.

Pilules de belladone toutes les demi-heures.

3 heures du soir. — Face meilleure; la teinte noirâtre du visage diminue, — les yeux sont toujours dans le môme état , — quelques nouveaux vomissements, — les évacuations alvines n'ont pas reparu.

9 heures du soir. — Encore des vomissements. Nuit du 3 au 4 septembre , à 3 heures du matin, évacuations colorées.

4 septembre, 6 heures du matin. — Amélioration inespérée. Face excellente. Quelques instants d'un sommeil assez calme. Le visage moins amaigri.

7 heures du matin. La langue s'humecte.

La belladone est remplacée par l'acétate de plomb uni à l'opium, (ouïes les 2, 3 et 4 heures.

Un peu de panade , — dans l'après-midi , un peu de gluten au bouillon. Dans la soirée la soif est encore très-vive.

5 septdmbre. — Sommeil calme celte nuit. L'enfant mange un blanc de poulet.

6 septembre. — Le petit malade entre en convalescenœ.

FRÉDÉnic LECLERC.

Tours, h 12 septcmhrs 1855.

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