‹ De la menstruation, considérée dans ses rapports physiologiques et pathologiquesChapitre 26 sur 120 · SYMPTÔMES DES DIFFÉRENTS SYSTÈMES · texte numérisé non relu

SYMPTÔMES DES DIFFÉRENTS SYSTÈMES

chez beaucoup de femmes un véritable mouvement fébrile. Bordeu a signalé le pouls de la première menstruation : il est plus élevé , plus développé ; il offre despulsations inégales et des rebondissements. Le pouls de la matrice, dit ce grand médecin , est en général plus fort, plus plein , plus sanguin. Il est facile à reconnaître chez les jeunes filles qui vont être réglées pour la première fois. Chez plusieurs femmes, le pouls ne présente aucun phénomène particulier. Les filles chlorotiques peuvent avoir le pouls convulsif, irrégulier, compliqué (1). La fièvre qui précède la première apparition peut être éphémère, ne durer que quelques jours, se prolonger beaucoup plus long-temps ; elle peut aussi offrir des degrés très-variables sous le rapport de l'intensité. Cet état est souvent uni à des douleurs de ventre, à des maux de reins ; lorsqu'il se prolonge , il donne lieu à une irritation de la matrice, à la métrite légère d'Hoffman , à la synoque de M. Récamier, dont nous parlerons dans la seconde partie de ce travail. Il faut aussi rapporter aux troubles de la circulation ces leucophlegmasies qui existent chez certaines femmes. Dans cinq observations que nous avons recueillies, les pieds et les jambes étaient enflés trois fois, et le corps deux fois. Ces accidents se dissipèrent avec les menstrues. Plusieurs fois nous avons vu cette espèce d'anasarque se montrer aux approches des règles chez les femmes pléthoriques , et cesser avec l'écoulement du flux.

Jppatril pulmonaire. — La poitrine , cet organe si délicat, subit les influences de la puberté. Chez beaucoup de femmes elle devient le siège de désordres variés. Les douleurs , les points de côté , sont des symptômes com-

(1) Bordeu I Recherches sur le poule , tome !•'.

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miins. Un grand nombre d'entre elles, surtout dans les classes riches et élevées, sont sujettes à la dyspnée, à l'oppression ; leur respiration est courte , gênée ; la poitrine semble se dilater difficilement ; elles sont essoufflées à la moindre fatigue. La toux spasmodique nerveuse s'observe également à cette époque. On est consulté pour de jeunes personnes qui ont une petite toux sèche , fatigante , presque continuelle , et qui inspire de vives inquiétudes aux parents ; quelquefois même il y a des crachements de sang. L'exploration attentive du thorax par un homme expérimenté , dissipe le plus ordinairement toutes les craintes. En elTet, si la respiration s'entend parfaitement dans ses mouvements d'expansion et de retrait , si elle est bien vésiculaire , si elle distend uniformément toutes les cellules aériennes, si elle est sans aucun mélange de râles ou d'autres bruits anormaux , enfin si la poitrine percutée fait entendre partout une résonnance égale , on a la certitude que la fonction pulmonaire s'exécute bien. A l'appui de ces généralités, nous citerons plusieurs faits.

Obs. YIIL — Une jeune fille , forte , d'un tempérament lymphatico-sanguin , fut prise de suffocations ; à chaque instant elle était sur le point d'étouffer; elle avait en même temps des saignements de nez fort abondants. Ces symptômes durèrent un an , et se calmèrent dès que les règles se furent montrées. Il y avait cinq ans que les accidents avaient cessé , lorsque cette femme entra à l'hôpital de la Charité , service de M. Rayer , pour une suppression ; elle avait craché plusieurs fois le sang. L'examen de la poitrine n'indiqua rien d'anormal, ce qui d'ailleurs ne doit pas surprendre dans le cas d'aménorrhée. Nous avons connu plusieurs jeunes personnes qui , aux approches de

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la menstruation, ayaienl eu des hémoptysies et quelquefois même en assez grande quantité , chez lesquelles il n'existait aucun indice de phtliisie pulmonaire. Devenues mères , leur santé a toujours été florissante.

Obs. IX. — Une jeune personne de treize à quatorze ans, d'une constitution délicate, blonde, lymphatique, vint avec sa mère consulter M. Honoré. Depuis quelques mois elle présentait des signes d'irritation pulmonaire ; elle était fatiguée par une toux sèche, continuelle, qui avait alarmé le médecin ordinaire. L'exploration du thorax ne révéla aucun désordre. L'âge de cette jeune personne , sa position sociale , l'intégrité des fonctions pulmonaires, malgré le signe trompeur, firent porter un pronostic rassurant par M. Honoré, qui considéra les phénomènes qui s'étaient manifestés du côté de la poitrine comme l'indice d'un travail de menstruation. H est assez fréquent , en effet , d'observer chez les jeunes personnes , surtout dans les grandes villes , de la toux et d'autres symptômes qu'on attribue au poumon. Cet organe est , à la vérité, un des plus disposés à s'affecter; mais, si l'on prend des précautions convenables , les accidents disparaissent fort souvent à mesure que les règles s'établissent. Bien pénétré de ces principes , M. Honoré recommanda de couvrir cette demoiselle de flanelle, de l'envoyer à la campagne pendant la belle saison ; il prescrivit en même temps quelques boissons adoucissantes. Sous l'influence de ces moyens, l'amélioration eut lieu, et la menstruation ne larda pas à paraître. Dès qu'elle fut régularisée , tous les symptômes qui avaient fait concevoir des inquiétudes pour la poitrine, se calmèrent, et, depuis cinq ans, la santé est excellente.

Ce serait se tromper étrangement, de croire que la ré-

volutîon menstruelle n'est pas dans beancoup de cas la cause occasionelle de la plithisie. Si la poitrine est délicate , si les parents ont été atteints de tubercules , la toux et les autres symptômes analogues doivent faire redouter une affection des voies aériennes. On ne saurait alors trop redoubler de précautions , car la plithisie , ce terrible fléau de l'espèce humaine, se réveille au premier appel. L'apparition des règles, la grossesse, la suppression, l'âge critique lui donnent une impulsion qu'on ne peut plus arrêter.

Appareil digestif, —Les organes de la nutrition se ressentent de l'influence de cette époque de la vie des femmes, et leurs troubles présentent un certain degré de fréquence (40 fois). Parmi les symptômes les plus ordinaires, il faut placer la perte de l'appétit, ses bizarreries, le goût des acides, des substances peu alimentaires ou complètement nuisibles;les maux d'estomac légers ou violents, les nausées, les vomissements , la sensibilité de l'épigastre , la constipation et le dévoiement. Nous avons noté chez quelques jeunes personnes la sensation d'une barre à travers le ventre; des borborygmes fréquents, etc. C'est sans doute à cette dernière circonstance qu'il faut attribuer le développement de l'abdomen (tympanite intestinale qu'on observe chez plusieurs femmes, et qui leur fait dire qu'elles ont un gros ventre). Ce qui rend cette opinion fort présumable, c'est que la tuméfaction du ventre cesse et se reproduit à différentes reprises. Chez d'autres , il est vrai , il reste toujours volumineux. Les accidents qu'on observe du côté des voies digestives , constituent un de ces nombreux états morbides qui rendent la pathologie de cet appareil si difficile et si compliquée. Nous

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pensons cependant que presque tous ces symptômes sont nerveux et qu'ils doivent être rapportés à une gastralgie, que sa nature pourrait très-bien faire désigner par le nom de gastralgie menstruelle.

Les phénomènes chlorotiques , si fréquents à cette époque , paraîtraient devoir se rattacher à ces désordres de l'innervation, de la circulation et de la digestion ; mais leur histoire constituant une véritable maladie , leur description trouvera naturellement sa place dans la partie pathologique de l'ouvrage.

Appareil tégumentaire. — La peau est, dans un certain nombre de cas, le siège d'éruptions vésiculeuses, pustuleuses et tuberculeuses, dont quelques-unes comme l'eczéma, envahissent de préférence le visage. Ces éruptions, qu'on peut alors considérer comme les avant-coureurs du mouvement fluxionnaire , cessent le plus ordinairement avec la régularité de la fonction. Aussi ne serait-il pas prudent de chercher à les guérir ou à les faire disparaître trop promptement , parce qu'on pourrait occasioner des accidents du côté de la poitrine , ainsi que les médecins praticiens en ont observé plusieurs fois des exemples.

L'apparition des règles détermine encore d'autres accidents qui , sans avoir l'importance et la fréquence de ceux que nous venons d'énumérer, méritent cependant que nous en disions quelques mots. Ainsi , on voit des femmes qui ont des douleurs dans le dos, dans les côtés ; qui se plaignent de courbatures. Chez quelques-unes, le cou se gonfle, prend un développement remarquable. On a encore noté parmi les symptômes de cette époque, des sueurs fréquentes, un resserrement spasmodique du larynx, une maigreur extrêniC; à laquelle succède un embonpoint

considérable. Un sentiment de débilité , un état de faiblesse existent assez souvent, à cette époque, chez les femmes. Elles sont quelquefois obligées de garder le lit. Une d'elles resta deux ans couchée ; à peine la menstruation se fut-elle établie, que ses forces revinrent et qu'elle put se lever. Mais il est beaucoup plus commun de voir cette faiblesse bornée aux extrémités inférieures (46 fois). Ce symptôme n'est pas toujours le même ; il peut exister seul ou avec des douleurs plus ou moins vives. Nous avons vu une jeune personne dont les souffrances étaient si violentes , que le plus léger déplacement lui arrachait des cris aigus. Quelquefois, c'est un affaiblissement progressif. Dans d'autres cas, les jambes sont lourdes, pesantes, lasses, comme brisées. Cette sensation peut sefaire sentir dans tous les membres.

Tels sont ^ en général , les phénomènes qui précèdent îe plus ordinairement la première apparition des règles, il serait sans doute facile d'en grossir la catalogue , mais^ il nous a paru convenable de ne comprendre dans cette longue énufflération que ceux que nous avions notés, chez les 645 femmes soumises à notre observation, parce qu'ils nous présentaient tous les caractères possibles de certitude.

Ce cortège de symptômes, sorte d'avant-garde du phénomène fondamental, ne se montre pas toujours aussi nombreux ; il est même beaucoup plus vrai de dire que sa réunion est un fait rare. Tantôt quelques-uns d'eux existent, tantôt il n'y en a qu'un seul. Ils peuvent se succéder les uns aux autres ; quelquefois ils manquent com^ plètement. Chez quelques femmes, un léger prurit se fait seul sentir aux parties sexuelles.

APi'AUlTlON 1)1- SANG 51K.NSTRI EL 07

Apparition du sang menstruel. — Quoi qu'il en soit du nombre de ces symptômes, de leur mode de succession, de leur présence ou de leur absence , le caractère distinctif de la fonction, le flux sanguin, apparaît à son tour. Le plus ordinairement, il est précédé d un écoulement rauqueux qui souvent dure plusieurs mois, mais qui dès l'origine peut être suivi tout à coup des règles; celles-ci sont sérosanguinolentes au début , quelquefois même à peine colorées , roussâtres ou rougeâtres. Cet écoulement cliange bientôt de consistance et de couleur, devient plus épais, plus visqueux , d'un rouge vif ou plus ou moins foncé. A mesure que le flux est plus ancien et qu'il approche de son terme , sa consistance et sa couleur s'altèrent , se dégradent, il redevient plus séreux, plus clair, plus tenu et presque semblable à celui qui avait précédé.

En général , la marche du cours du sang menstruel présente trois stades : le commencement , l'augment et le déclin. Dans le premier et le dernier temps , le sang est moins épais, moins abondant et plus pâle que dans le second temps. L'écoulement du sang, chez un grand nombre de femmes, paraît amener un sentiment du bien-être.

On a comparé le phénomène des règles à celui de la phlogose , et il faijt , en eflet , convenir qu'il y a quelque similitude dans les rapports. Mais qu'elle est la cause de cette irritation , et pourquoi un phénomème naturel pliysiologique doit-il être assimilé à un fait morbide ? C'est ce que l'on ignore complètement. Si cette analogie était prouvée, elle serait un argument de plus en faveur de ceu\ (jui donnent une membrane muqueuse à l'utéi'us.

Le flux menstruel ne se montre pas toujours de la même manière; quelquefois il est rouge, consistant dès le début; d'autrefois il reste pâle , décoloré. Il ressemble par mo-

G8 nÈ t.A jir.issTKCATloN.

menl à de 1 tau rousse, ou bien il présente une teinte jaunâtre. Au reste, les variétés de couleur sont très-fréquentes. Les différences ne sont pas moins remarquables sous le rapport de la quantité : depuis quelques gouttes jusqu'aux pertes, les degrés sont infinis.

Quantité de sang menstruel. — L'évaluation de la quantité du sang menstruel a donné lieu à une foule d'opinions contradictoires. Dansl'ancienne Grèce, Hippocrate l'avait portée à 2 hémines , ou à 20 onces, ou 62^500 déc. , ce qui fte rapprocherait des mesures de l'Espagne et du midi de la France. Yoici,au reste,les expressions dece grand médecin: ^iAt omni midieri^ sisana sit, prodeunles menses moderati » simt, qui ad diiarmn atticarum heminarum mensuram » aut paidb plus vel minus ^ id que ad biduum vel triduum, » manant; longiîis autem tempus aut breviùs, morbosum^ » aut stérile est. » (Hipp. De miUier morbis, lib. 1"), On voit qu'il fixait la durée de l'écoulement à 2 ou 3 jours.

Les auteurs qui se sont occupés du même sujet, sont loin d'être d'accord entre eux ; ainsi :

Emett, p. 6r>, porle la quantité

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