INTRODUCTION
Quidquid iuest certi medicinse,observationibus magnâ ex parte debetur; et earum prxsidio instructa mens, potissiraam rationem assequitur. Baglivi.
Tout se lie et s*enchaine dans la nature : il n'y a point de partie isolée. Le minéral dont chaque molécule paraît similaire, et qui, détaché de sa roche, semble former un corps nouveau , serait fort mal connu si l'on se bornait à étudier ses propriétés physiques et chimiques. Les lois de la cristallisation, celles de l'affinité, l'influence des agents extérieurs, les causes du gisement , sont des faits bien autrement importants, au point de vue philosophique, que l'anatomie grossière du minéral. A plus forte raison ces considérations s'appliquent - elles à l'étude des êtres vivants. L'organe ne peut être séparé du corps , il ne fonctionne pas seul à l'état physiologique ou morbide^ il est sous l'empire du monde extérieur, des constitutions médicales, de l'action réciproque des organes, des sympathies, des lois vitales, et de cette dualité qui, pour être niée par quelques esprits hardis, n'en est pas moins restée inattaquable pour les plus grands philosophes des temps anciens et modernes.
Quelqu'important que soit un organe , il est donc impossible de l'étudier d'une manière abstraite , de le séparer des influences nombreuses qui l'entourent , le modifient et le régissent. Son histoire peut être comparée jusqu'à un certain point à celle d'une nation dont les changements, les événements, les révolutions, les phases politiques, sont liés à ceux des nations voisines : mais, de même que la nation a des caractères qui lui sont propres, de même l'organe a des manières d'être qui lui appartiennent , et qui lui constituent sa physionomie spéciale. C'est sous ce double point de vue que nous allons examiner les phénomènes physiologiques et pathologiques de la menstruation.
On ne trouvera point dans notre travail de ces hypothèses brillantes qui frappent sans doute l'attention, mais qui, soumises au creuset de l'expérience, font souvent soupçonner la bonne foi ou les lalenls du narrateur. En revanche ,* les faits
YI INTROOUCTlOiX.
consciencieusement observés , présentés dans des limites con- Tcnables , s'y liront en grand nombre. Tous ceux qui ne portent point un cachet d'authenticité ont été soigneusement écartés. La plupart des observations ont été recueillies par nous , celles que nous avons empruntées aux autres ont été choisies dans plus de deux cents auteurs. La quantité des livres qu'il nous a fallu parcourir est immense ^ la seule bibliothèque du professeur Lobstein , de Strasbourg , nous a fourni plus de cent cinquante thèses sur la menstruation.
Il n'est point surprenant , en effet, qu'une fonction d'une importance extrême , d'une nécessité absolue , qu'on peut à juste titre considérer comme la ligne de démarcation des deux sexes , fût un sujet continuel de méditation pour le médecin. Dès la plus haute antiquité on trouve des règlements qui la concernent, et dans les ouvrages du père de la médecine et de Moschion, d'excellents préceptes sur son influence. Plus nous nous rapprochons des temps modernes , plus les écrits sur cette matière se multiplient. Mais dans ce débordement de livres, à peine en est-il quelques-uns qui renferment d'utiles notions 5 l'immense majorité se copient plus ou moins, je pourrais même dire textuellement.
Un des premiers défauts qui frappe dans la lecture dfe ces ouvrages, c'est le caractère de banalité, ou, si l'on aime mieux, le défaut de précision que présente la description des symptômes. Certes , si jamais sujet fut plus du domaine de la statistique sous le rapport de l'étiologie et de la symptomatologie , c'est celui que nous sommes appelé à traiter.
A quelle époque la femme est-elle nubile dans nos contrées? Combien de temps dure la vie utérine ? A quel âge arrive la cessation des menstrues? Toutes ces questions, en apparence résolues , ne reposeraient-elles pas sur des données plus certaines , si elles étaient appuyées sur des colonnes de chiffres nombreuses et authentiques.
Ces préliminaires établis, voilà la marche que nous avons adoptée dans ce travail : Après être entré dans quelques considérations générales sur la puberté, nous avons recherché chez douze cents femmes l'âge moyen de la menstruation dans les campagnes, les villes et la capitale , en insistant sur les différences qui séparent les classes pauvres , moyennes et riches , sur les causes qui retardent ou hâtent l'apparition des règles dans les villes , et principalement dans la capitale. Des tableaux multipliés jettent un nouveau jour sur cette question,
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et montrent ce que nos recherches ont de commun avec celles des auteurs, et ce qu'elles offrent de différent. L'influence de la latitude, des climats, des mœurs, de l'éducation , de l'hérédité , était trop intéressante pour ne pas appeler notre attention. Un résumé général et un court aperçu sur les règles prématurées et tardives^ terminent ce chapitre.
La menstruation doit être sous l'influence d'agents modificateurs 5 nous avons cherché à apprécier celle des tempéraments, des constitutions, des localités, de la couleur .des cheveux et de la taille. Comme dans le chapitre précédent , nos conséquences sont déduites de tableaux exacts.
On a dit que l'apparition des règles était un phénomène physiologique ^ nos observations nous ont prouvé que dans la moitié des cas , les femmes avaient été averties de leur approche par des accidents plus ou moins graves. Aussi avonsnous cherché à établir la moyenne du temps qui s'est écoulé entre les prodromes et l'apparition des règles , la nature des prodromes , leur ordre de succession et leur durée , les qualités, la quantité du sang, et les conditions qui en font varier les proportions.
La régularité ou l'irrégularité de l'hémorrhagie menstruelle pouvait conduire à quelques indices sur Fétiologie des maladies de l'utérus 5 ces recherches nous ont appris que l'irrégularité de la première apparition jusqu'à l'établissement définitif ne devait pas inspirer d'inquiétude , lorsqu'il n'y avait point d'organe malade^ mais que l'irrégularité persistant donnait souvent lieu à des accidents variés. Un exemple curieux nous a fait voir que la menstruation , après avoir été long-temps irrégulière , pouvait devenir normale et se prolonger dans un âge fort avancé , quoiqu'il n'y eut aucune lésion de l'utérus et de ses annexes.
Lorsque la menstruation a paru , il se manifeste des symptômes locaux et généraux dont la prédominance doit être connue. Un des plus remarquables est celui qu'exerce la menstruation sur le système nerveux. Cette connaissance est surtout importante en médecine légale. Jusqu'alors on avait négligé l'auscultation du cœur et des gros vaisseaux ^ nous avons pensé que ce point n'était pas à dédaigner , et qu'il pouvait fournir quelques considérations pratiques. La gastro-entéralgie menstruelle, la durée des symptômes avant, pendant et après la période utérine, nous ont aussi paru n'être point dépourvues d'intérêt.
TUl . INTRODUCTION.
Les auteurs sont loin d'être d'accord sur le nombre de jours de la période menstruelle. Nous avons examiné les époques du retour de la menstruation chez plusieurs centaines de femmes. Ces relevés nous ont prouvé qu'en général rien n'était moins certain que les lois faites par quelques auteurs , car nous avons vu les règles venir à toutes les époques du mois , embrassant des périodes fort différentes , se montrant quelquefois régulièrement deux fois par mois , et chez d'autres revenant pendant des années au même quantième. Cette étude nous a permis de constater que le flux menstruel ne subissait point l'action de la lune, puisque chez quatre femmes dont nous avons noté avec le plus grand soin chaque retour, nous n'avons pu saisir nulle coïncidence entre les époques et les phases lunaires.
Un grand nombre de théories ont été faites sur les causes de la menstruation^ nous avons surtout exposé celle de M. Gendrin, tout en signalant ce qu'elle avait d'exclusif-, l'observation que nous avons rapportée dans la seconde partie de cet ouvrage, nous a paru une objection très-forte contre l'opinion de ce médecin distingué. L'époque du jour ou de la nuit à laquelle se montrent les règles n'avait été indiquée par personne ^ ce point de vue nous a paru nouveau, et conduira à quelques indications thérapeutiques plus précises.
La durée et la force des règles oifraient des recherches intéressantes. On peut dire d'une manière générale que la durée ordinaire est comprise entre un jour et huit jours , et que les périodes qui renferment le plus de femmes menstruées, sont celles de huit et de trois jours. Quant à la force , elle est généralement plus grande vers le milieu 5 mais il y a des exceptions nombreuses, et dont plusieurs méritent d'être connues. La durée et la force des règles peuvent être modifiées par l'habitation dans les grandes villes, parle séjour dans les hôpitaux , par le changement de lieu , par les influences du mariage, de la grossesse, de l'accouchement et de l'allaitement, enfin par la constitution et le tempérament.
Les qualités du sang menstruel ont été étudiées avec beaucoiîp de soin depuis quelques années ; nous avons cherché à vérifier l'exactitude des résultats publiés; M. Bouchardat a bien voulu faire une nouvelle analyse du sang menstruel , et M. Donné répéter ses recherches microscopiques sur ce liqnidi'.
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L'origine du sang menstruel est aujourd'hui bien connue i nous avons cependant examiné de nouveau la matrice d'une femme qui avait succombé pendant l'évacuation périodique , afin de ne laisser aucun doute à cet égard. Mais si l'utérus est le siège de cette évacuation , nous avons constaté que parfois elle pouvait se faire par des points très-limités, et même par quelques portions du vagin. Les ovaires nous ont paru également concourir à la production du sang.
Le but de la menstruation n'est point douteux , il est éminemment destiné à la fécondation. Mais dans cette question, comme dans toutes celles qui sont du ressort de la médecine , l'exception se place à côté de la règle. Ainsi nous avons observé des femmes qui n'étaient réglées que pendant la grossesse, on seulement après la couche, d'autres qui avaient conçu et étaient accouchées sans avoir jamais offert les indices de la menstruation , de sorte qu'il nous a paru qu'on pouvait résoudre affirmativement cette question : une femme non réglée peut-elle se marier lorsqu'elle est bien conformée? Nous ferons cependant la remarque que, même dans ces cas, nous n'avons jamais vu manquer complètement le phénomène , et qu'il se passe là ce que l'on observe dans les rougeoles , les varioles sans éruption.
Après avoir esquissé les principaux traits de l'histoire de la menstruation, nous avons dû entrer dans quelques considérations sur l'hygiène de cette fonction. Nous les avons rattachées à trois chefs principaux, les moyens moraux et philosophiques, les moyens hygiéniques et les moyens thérapeutiques.
La cessation des règles, désignée par presque tous les auteurs sous le nom d'âge critique, nous a offert quelques considérations nouvelles. Les différentes époques de l'âge critique, la durée de cette période, celle des symptômes, l'âge commun , l'âge moyen, ont été l'objet de recherches précises. C'est ainsi que nous avons montré que l'âge critique arrive de la 40'' à la 50" année. L'âge moyen de la cessation est de 27 à 28 ans, et celui de la durée des accidents, de près de deux ans. Avec des nombres plus considérables, il pourrait être dans te premier cas de 30 ans. Le total des jours employés par la nature à la menstruation , est réellement effrayant ^ chez une femme réglée huit jours pendant 30 ans , huit années sont consacrées à cette fonction. Si vous ajoutez à ce premier fait, les grossesses , les suites de couches, les suj)piessions, vousaiiK.'z une idée de l'inlluencc de i'ulérus sju' ia vie des