CHAPITRE V
Division des symptômes en locaux et en généraux. — Symptômes locaux. — Rëicherches statistiques. — Prédominance des symptômes. -^ymptéines généraux. — Redierches statistiques. — Prédominance des symptômes. — De l'influence de la menslruation sur le système nerveux.— Auscultation du cœur et des gros vaisseaux pendaul la menstruation, — De la gastro-enléralgie menstruelle. — Durée des symptômes avant, pendant et après la période utérine. — Résumé.
Le sang menstruel a paru , il s'est frayé la route qu'il doit parcourir pendant la période de la vie utérine ; mais la loi d'intermittence à laquelle il est soumis, imprime une physionomie spéciale à chaque époque de retour ; c'est cet ensemble de traits, ou plutôt ce groupe de symptômes, qu c nous allons maintenant étudier.
Deux divisions bien distinctes doivent être établies, suivant que les symptômes se rapportent à l'utérus , ou aux nombreux organes |qui ont des sympathies avec lui. C'est aussi celles que nous suivrons dans leur description,
P' Division. Symptômes locaux. — Déjà dans l'historique des prodromes de la première apparition , nous avons parlé d'un certain nombre de ces phénomènes. Nous nous contenterons de les énumérer lorsqu'ils ne présenteront rien de nouveau , nous réservant d'insister plus spécialement sur ceux qui, par leur fréquence offrent quelqu'inlérêt.
Sur 360 femmes dont nous avons recueilli les observations. 278 éprouvaient des coliques , des tranchées à cha-
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que retour ; le plus ordinairement ces douleurs avaient leur siège dans l'utérus , mais souvent aussi elles se montraient plus haut et affectaient l'intestin. De ces coliques, les unes étaient légères , sourdes, intermittentes, rares ; les autres, intenses, violentes, continues. Tantôt elles débutaient avec la première apparition , et se reproduisaient tous les mois; tantôt elles ne se montraient que pendant une période. Ainsi , quelques femmes ne s'en plaignaient qu'à l'état de filles , tandis que d'autres ne commençaient à les ressentir qu'après le mariage , les couches , et chez quelques-unes elles cessaient un mois et reparaissaient le suivant. Chez une femme , cette particularité existait depuis plusieurs années.
Dans un assez grand nombre de circonstances , les coliques diminuaient avec l'expulsion des caillots, et celte disposition était absolument semblable à celle que l'on observe chez les femmes qui viennent d'accoucher.
Obs.XXI. — Palhier, âgée de vingt-neuf ans, couturière, fut réglée pour la première fois à seize ans. Depuis ce moment, les menstrues coulèrent régulièrement ; mais chaque mois elles étaient annoncées par des coliques si violentes, qu'elle se roulait par terre, perdait presque connaissance ; tout son corps se couvrait d'une sueur abondante. Ces symptômes se cahuaient avec l'apparition des règles , et surtout après la sortie des caillots.
Les maux de reins, qui comprennent les douleurs de la région sacrée et souvent aussi de la région lombaire, se sont montrés 22*2 fois; aussi peut-on les regarder, avec les coliques , comme les deux symptômes les plus ordinaires. Nous les avons ' observés plusieurs fois chez des femmes dont les règles coulaient mal. Comme les coliques, ils ont paru dès le début, ou plus ou moins long-
SYMPTÔMES LOCAl'X. 89
temps après , et oui d'ailleurs iM'éseulé toutes les variétés de ce symptôme.
I.a pesanteur de la matrice se remarque assez fréquemment (dO fois). Les femmes disent qu'elles ont un poids, quelque chose qui pèse sur le siège. Cette sensation est évidemment due au mouvement fluxionnaire , à la turgescence de la matrice et de ses annexes, qui sont plus prononcés dans quelques circonstances. Cette pesanteur, cette louideur, sont souvent caractérisées par des tiraillements dans les aines , les côtés ; par la gêne , la difficulté à marcher. Les femmes éprouvent le besoin de se reposer , de s'asseoir, de s'étendre; elles se plaignent quelquefois d'avoir un corps entre les jambes qui semble prêt à sortir. Cette congestion locale cesse avec la cause qui l'a fait naî- Xie ; et c'est même le signe différentiel qui le distingue des affections morbides dé la matrice ; mais on conçoit qu'après s'être renouvelée un grand nombre de fois , elle puisse devenir le point de départ de lésions organiques , malheureusement si communes dans cette région.
M. Velpeau attribue, dans quelques cas, les douleurs des lombes et de l'hypogastre , la pesanteur sur le fondement, à la dureté, à la longueur et à l'inextensibilité du col (l). Cet accident est souvent aussi dû à un état d'irritation de la cavité utérine, qui donne quelquefois lieu à l'expulsion de fausses membranes. Denman a considéré cette disposision comme une cause de stérilité, tandis que M. Mojon l'allribue à ce que l'orifice des trompes se trouve fermé par la production anormale. M. Renauldin a fait la remarque que les fdles publiques et les femmes qui abusent du coït, sont assez sujettes à ce phénoniène,
(I) Nclpcau, Troiic rijwplei dr l'url des lUioiir/initcut.'- . \yugi: 134, t. l", 2» éJitiun.
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Les douleurs de côté sont encore dues à l'établissement du flux menstruel. Elles se montrent dans les flancs, dans les aines; le plus ordinairement des deux côtés, quelquefois cependant d'un seul. Elles sont beaucoup moins cornmunes que les autres symptômes (16 fois).
Un phénomène plus rare, mais que nous avons noté chez des femmes d'ailleurs bien portantes , c'est l'hémorrhagie utérine. Elle est quelquefois considérable , dure plusieurs jours sans que les forces en soient affaiblies , ou que l'état extérieur annonce la moindre souffrance. Cette perte peut se prolonger beaucoup plus long-temps chez les femmeis qui sont irrégulièrement menstruées , sans que cette hémorrhagîe intermittente, et existantdepuis plusieurs années , compromette leur santé.
Obs. XXII. — Le 5 octobre 1835, la nommée Guérin, âgée de soixante ans, entra à l'hôpital de la Pitié. Cette femme, maigre, petite, mais d'une bonne constitution, n'avait jusqu'alors jamais été malade. Réglée à quatorze ans, sans douleurs et sans aucuns indices précurseurs, elle fut toujours bien menstruée ; mais le flux se monti'a tous les mois sous la forme d'une véritable perte qui duraijt plusieurs jours, l'affaiblissait sans lui occasioner aucune infirmité. Mère de quatre enfants, ses couches furent heureuses, et jamais elle ne souffrit de la matrice. A quarantehuit ans les règles s'arrêtèrent d'elles-mêmes ; et depuis ^^ les organes génitaux furent toujours parfaitement sains,
Quelquefois cette ménorrhagie ne se montre que lorsque les femmes approchent du temps critique.
Obs. XXIIL— Gravet, âgée de 3o ans, grande, forte. e,t réglée à dix ans, voyait chaque fois pendant huit jours. ,\ trente ans. le sang ne parut plus que six jours; mais avec une telle abondance durant trois jours ? que cette femme
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crul d'abord avoir des pertes. Depuis trois ans que cet état persiste, sa santé n'a point souffert. Les organes génitaux sont sains. Notre recueil d'observations contient quatre faits absolument semblables. Une de ces observations offre cependant «ne particularité qui ne doit pas être passée sous silence. La femme qui en fait le sujet , sans jamais avoir présenté de symptômes du côté de l'utérus » avait de temps à autre des pertes qui persistaient plus ou moins fortement , pendant cinq ou six semaines ; cette sécrétion morbide terminée, tout rentrait dans l'ordre, et cinq ou six mois se passaient avant que les phénomènes se renouvelassent. Cet ordre de choses existait depuis plus de douze ans.
11 est un genre de symptômes qui, à la rigueur, devrait plutôt être placé dans les phénomènes généraux , parce qu'il n'appartient pas exclusivement à l'utérus : c'est celui qui est relatif à la tuméfaction , à la sensibilité, et à la douleur du ventre. Evidemment ces symptômes sont dus au développement des gaz intestinaux. Mais la contiguïté des intestins et de l'utérus , l'augmentation de volume de ce viscère , nous engagent à maintenir ces troubles fonctionnels parmi les symptômes locaux. Nous avons noté soixante-sept fois la tuméfaction du ventre au moment des règles, ("ette tension de l'abdomen existait le plus ordinairement à toutes les époques ; mais quelquefois aussi elle ne se montrait que de temps en temps, et cessait même après avoir duré plusieurs années. Dans diverses circonstances , nous avons trouvé le ventre véritablement dur, et tendu comme la peau d'un tambour. Cette tuméfaction est souvent sans douleur ; mais fréquemment aussi elle existe avec une sensibilité et une douleur êc celle partie. Ce symptôme est quelquefois porté à un tel point
92 hE LA MENSTRUATION.
que les femmes redouteiU tout contact dans celle région.
L'apparition du sang termine la série des phénomènes locaux.
Deux ou trois jours avant cet écoulement, la vulve, les grandes et les petites lèvres, le clitoris, la muqueuse vaginale, présentent une légère tuméfaction , une injection vasculaire prononcée, une chaleur plus vive et de la turgescence, qui s'étendent jusqu'au col de l'utérus. Cette espèce de turgescence , dont la matrice est le siège , y fait affluer de toutes les parties du corps une très-grande quantité de lluides , d'où résulte cet état de gonflement , d'engorgement, de pléthore même qui donne lieu à la plupart des phénomènes qu'on remarque dans celte circonstance. Nous avons fait connaître les principaux caractères du sang; nous ajouterons que sa couleur est artérielle au début, et (ju'il peut se montrer dès le premier jour aussi abondant que les suivants. Il est liquide ; souvent aussi il est mélangé avec des caillots qui se forment dans le vagin ,'mais (|uelquefois aussi sortent de la matrice. Le plus ordinairement le sang tombe goutte à goutte, comme lorsqu'on vient (le se faire une assez forte coupure; et lorsqu'il coule ainsi, on suivrait facilement les femmes à la trace. D'autres fois il s'échappe en nappe. Les femmes ont souvent la sensation de ces écoulements abondants; elles disent alors que le sang va beaucoup. Après avoir présenté une couleur rouge plus ou moins foncée pendant plusieurs jours , et exhalé une odeur spéciale , il finit par devenir plus brun , plus noirâtre , moins abondant ; il est souvent remplacé par un écoulement blanc.
L'état du col de l'utérus, à l'époque des règles, pouvait fournir quelques indications ; nous avons souvent eu alors l'occasion de l'examiner, soit dans les visites de
M. Lisfianc , soil dans notre clienlelle pàrticiilièi'e. Voici ce que nous avons constaté : En généfàL le col donne au doigt la sensation d'un corps plus gros que d'habitude ; il est en effet légèrement engorgé., les lèvres du museau de tanche sont quelquefois rapprochées; nous les avons trouvées écartées. Dans quelques circonstances elles semblent crépiter, et paraissent plus molles. Elles sont généralement plus chaudes , plus tuméfiées à cette époque. Le corps participe également à la tuméfaction, à l'état d'hyperémie, qui y est même plus prononcé que dans les organes génitaux externes. Il augmente de volume et s'abaisse au point que son col est plus rapproché de la vulve. Lorsqu'on examine le col au spéculum, il offre une couleur rouge qui tranche remarquablement avec la couleur normale , qui est pâle ou légèrement violette. On Voit sourdre le sang à travers les lèvres.
11^ Division. Symptômes généraux. — L'utérus, à raison de ses sympathies nombreuses avec la tête , la poitrine, les seins, l'abdomen, l'appareil tégumentaire , donne lieu à des symptômes variés qui constituent un groupe non moins considérable que le premier , s'il ne l'est pas davantage. Le nombre des femmes observées s'élève dans celte deuxième section , à So4.
Etudiés suivant les différents appareils, les premiers symptômes qui se présentent sont ceux qui se rapportent à l'encéphale. 1 Is sont de deux ordres , congestifs ou nerveux. La céphalalgie est un des plus communs (13G fois). Après elle viennent les migraines (32), les étourdissements (24). Plusieurs femmes ont des envies continuelles de dormir; à peine s'assoient-elles, que leurs yeux se ferment et qu'elles s'assoupissent. Nous avons vu une dame
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qui toutes les fois tombait daus un sommeil léthargique qui persistait pendant 2Zi heures.
Chez d'autres femmes la tête devient lourde, pesante; quelques-unes ont des feux, des chaleurs qui leur montent au visage. Les accidents congestifs peuvent arriver à un degré d'intensité plus graud; les femmes ont des vertiges, et elles tombent sans connaissance. Cette disposition a été notée un certain nombre de fois chez les jeunes personnes pléthoriques. Les épistaxis qui s'étaient montrées avant la première apparition , peuvent persister pendant un temps plus ou moins long.
Influence de la menstruation sur le système nerveux. — Les phénomènes nerveux méritent une attention spéciale, parce qu'ils sont très-fréquents, et qu'ils existent surtout à un haut degré chez les femmes des classes élevées de lasociélé,et chez toutes celles,en général,dont le système nerveux est fortement excité. Ces phénomènes, dont nous avons déjà parlé, forment deux ordres, suivant qu'ils ont rapport à la sensibihté générale ou à la sensibilité spéciale.
Les faits de la première espèce sont les plus nombreux ; ils varient comme les aberrations de la sensibilité , mais ne doivent être décrits qu'autant qu'ils ne déterminent pas un état morbide , qu'ils sont passagers et qu'ils n'apportent qu'un trouble momentané dans les fonctions.
Parmi ces phénomènes, il en est que nous avons eu Irès-souvent l'occasion de constater : ce sont les bâillements, les pandiculations, l'altération des traits du visage, les rêves fatigants , l'augmentation de la susceptibilité et le besoin continuel de mouvement. Cette remarque nous a surtout frappé dans les grands établissements; beaucoup de femmes deviennent alors plus actives, plus bruyau-
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tes, plus causeuses ; elles sont aussi plus tracâssières , ou plus tendres et plus aimantes. Souvent elles se livrent à des occupations qui ne leur étaient pas habituelles , ou bien elles travaillent avec une vivacité extrême. Nous en avons vu qui frottaient leurs appartements , essuyaient leurs meubles et vaquaient au soin du ménage , comme si leur position leur en eut fait une nécessité. Leur susceptibilité, plus grande, les rend souvent irritables, difficiles à vivre; elles se fâchent pour le plus léger motif, dénaturent les meilleures intentions , s'offensent des plaisanteries les plus innocentes. Nul doute que cette époque ne soit la cause d'une foule de refroidissements, d'inimitiés, de procédés étranges dont il est souvent impossible de se rendre compte. Un médecin célèbre n'entrait jamais chez un de ses clients, sans s'informer s'il avait été à la garderobe ; on devrait également demander si les dames sont à leur époque. Cette susceptibilité exagérée les fait facilement s'abandonner sans cause aux chagrins , à t'înquiélude , à la frayeur.
Par une disposition inverse, nous avons trouvé des femmes qui devenaient apathiques; elles éprouvaient une répugnance extrême à se livrer au moindre travail. Le mouvement leur inspirait une sorte d'horreur. Assises sur leurs chaises longues ou sur leurs causeuses , à peine levaient-elles leurs paupières , toute conversation leur était insupportable.
Pendant les règles, les femmes sont sujettes à des caprices très-singuliers , à des goûts bizarres , à des chanments d'humeur et de caractère. Les unes sont gaies , enjouées, les autres tristes, moroses. Il y en a qui ont un sentiment d'ennui, une véritable hypochondrie. Le désordre (\o l'espril peut être porté jusqu'à la perversion de
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l'iiilelligence, des facultés affecliyes , des penchants. Cette disposition de leur moral doit engager les personnes qui les entourent à redoubler d'égards, d'attentions et de bienveillance, dans un moment si délicat pour elles.
Frappé de l'influence qu'exerce la menstruation sur le système nerveux, et spécialement sur le caractère des femmes , nous avons cherché à nous la représenter d'une manière plus exacte par des nombres; voici les^^ résultats qui nous ont été fournis par 223 femmes que nous avons interrogées avec soin : 181 ont déclaré n'avoirrien éprouvé ; beaucoup avaient les symptômes locaux ou généraux que déterminent fès règles, mais leur humeur, leurs goûts , leurs caractères étaient les mêmes ; elles ne s'apercevaient d'aucun changement dans leur esprit; 43, le cinquième environ , nous ont affirmé que l'époque de leurs règles était pour elles un temps de souffrance. Quelques-unes avaient une gaîté extraordinaire, étaient très-agitées, ou bien fondaient en larmes. La facilité à pleurer est une disposition qu'on observe alors fréquemment. Un certain nombre étaient de mauvaise humeur , aigres, brusques, colères. La plupart devenaient tristes. Cette tristesse se manifestait souvent sans aucun motif, mais parfois elle était due aux souffrances que ressentaient les malades.
Une de ces femmes se plaignait d'une très-grande faiblesse ; elle ne pouvait monter un escalier. L'irritabilité nerveuse se développait bientôt chez elle au plus haut degré; elle entrait facilement en colère; une contrariété la mettait en fureur ; pour le motif le plus futile , elle se serait tuée; ces accès passés elle versait des torrents de pleurs, elle avait aussi comme les femmes" grosses , des envies de toute espèce : les règles étaient à peine terminées, qu'il ne lui restait plus le moindre souvenir de ces différents phéno-
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mènes. Une autre ne pouvait se livrer au sommeil, tant elle était tourmentée par des rêves effrayants qui ne lui laissaient aucune trêve ; elle voyait des spectres , des images^ sanglantes ; elle se sentait étouffer , sur le point de périr , sa santé était du reste excellente. Une dame mariée à un pharmacien, éprouve une telle surexcitation quand elle est menstruée, qu'elle étonne tousses amis, et ne se reconnaît plus elle-même. Elle s'entretient alors de sujets qui ne sont point eix rapport avec ses habitudes ordinaires , parle histoire, géographie, politique, fait des vers, écrit des harangues. Elle a deux sœurs, dont l'une présente les mêmes symptômes, et l'autre a des attaques d'hystérie. Ce sujet est trop intéressant pour que nous l'abandonnions sans rapporter encore quelques histoires particulières.
Obs. XXIII. — Michel , âgée de 25 ans , née à Cherbourg, entre à la Charité, service de M. Fouquier, le 17 novembre 1837 , pour une affection nerveuse ; elle ett petite , maigre , d'une constitution délicate, d'un tempérament lyniphatico-nerveux. Ses cheveux sont châtains. Elle nous raconte que pendant plusieurs années elle a été très-malade. A chaque instant le sang lui jaillissait du nez. Sa respiration habituellement gênée l'empêchait de courir; son appétit était inégal. Excessivement impressionnable et nerveuse, la moindre contrariété la mettait en fureur et lui donnait des attaques de nerfs ; tantôt elle perdait connaissance, tantôt elle conservait son intelligence et ses sens. Tel était son état lorsqu'elle fut surprise à 17 ans par ses règles. Il y eut une amélioration notable dans les symptômes, mais les épislaxis continuèrent jusqu'à 19 ans , époque à laquelle elle fut définitivement bien menstruée. Chaque retour était annoncé par des coliques, des maux de rehis très-violents, de grandes lassitudes; elle ne pouvait se re-
dresser. Ce qui l'a surtout frappée , c'est le changement qu'éprouve son caractère ; elle devient alors beaucoup plus irritable , sa gaîté habituelle est remplacée par de la tristesse, une disposition à la mélancolie ; un rien la conti'arie, l'impatiente, l'irrite. Lorsque les règles, dont la durée ordinaire est de trois jours , sont terminées , elle reprend son caractère normal et se trouve tout autre. Elle est venue réclamer les secours de la médecine pour une affection hystérique fort singulière.
Obs. XXIV. — M™^ De. . . , âgée de ^k ans , blonde , sanguine avec prédominance nerveuse , d'une bonne constitution , est réglée à 13 ans , après avoir éprouvé pendant six mois de légères coliques. Dès leur début les menstrues sont régulières, et apparaissent tous les mois à des jours fixes, le plus ordinairement le matin , lorsqu'elle est encore couchée. Depuis son mariage, qui a eu lieu à 20 ans, les règles , jusqu'alors invariables , avancent chaque fois de cinq jours ; elles ont aussi beaucoup augmenté de quantité. Tous les mois elle éprouve d'assez fortes coliques ; elle transpire abondamment, puis son caractère s'exalte, elle devient triste, irritable , ne veut voir personne, la plus petite résistance à ses volontés la fait tomber en convulsions ; ses yeux roulent dans l'orbite , prennent une expression effrayante; les marques d'amitié , de tendresse, lui sont insupportables ; elle s'emporte surtout contre ceux qu'elle affectionne le plus , et s'ils cherchent à la calmer, sa colère n'a plus de bornes. Tout cesse avec la fin du flux menstruel.
Obs. XXY. — Baudot, âgée de 25 ans, dentelière, est reçue le 28 octobre 1837 dans le service de M. Magendie, à l'Hôtel-Dieu. Réglée pour la première fois à 15 ans, sans indices précurseurs, elle l'a encore étéà l'époque suivante , puis elle n'a plus revu pendant onze mois, sans que
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sa santé en ait aucunement souffert. Une fois régularisées , les menstrues sont revenues tous les mois pendant huit jours, plutôt en avance, et toujours le matin en se levant. Elles sont annoncées quelquefois par des coliques , des maux de reins , par la tension du ventre , le gonflement et le picotement des seins, mais surtout par des maux de tête.
Elle a remarqué que, pendant cette époque , son humeur change entièrement ; cette jeune fille , dont la physionomie annonce la douceur, devient méchante , la moindre contrariété l'irrite, la met en colère; une objection la rend furieuse. Quand elle est dans la campagne , seule avec son troupeau , elle décharge sa colère sur les animaux qui le composent, les injurie, les frappe , et n'est satisfaite que lorsqu'elle les voit fuir ou qu'ils font entendre des gémissements. Cette observation , si curieuse sous le rapport des vives discussions auxquelles a donné lieu depuis quelques années l'étude de certains penchants irrésistibles, nous engagea à examiner cette jeune personne avec la plus grande attention. Ses réponses ne nous laissèrent aucune incertitude. Chez elle , l'impulsion au mal se bornait seulement aux animaux ; elle n'éprouvait nul désir de nuire, de frapper les enfants , les hommes, les femmes; et lorsqu'elle avait cessé de voir , elle n'était plus tourmentée par aucune idée insolite.
Nous ne saurions assez appeler l'attention sur les faits de ce genre , car ils prouvent de la manière la plus incontestable l'action de l'utérus sur le cerveau. Remarquez eneffet que c'est seulement lorsque le molimen menstruel s'établit , que la surexcitation nerveuse a lieu. Sans l'existence de l'utérus, les phénomènes cérébraux ne se manifesteraient pas; il est donc contraire à l'observation de vouloir tout rapporter au système nerveux , et de priver
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un organe aussi important que l'utérus, des propriétés que lui ont reconnues les médecins de tous les temps.
Ce désordre du système nerveux n'est pas seulement utile à connaître sous le rapport médical, mais il offre encore des considérations de la plus haute importance en morale et en médecine légale. Comment en effet ne pas voir qu'il arrivera des cas où le trouble de la raison sera assez fort pour déterminer des actes repréhensibles , coupables même , sans que la volonté puisse y apporter le moindre obstacle. Certes elle pourra lutter dans quelques circonstances , mais dans d'autres elle sera subjuguée , entraînée.
Obs. XXYI. — Pyl cite l'exemple d'une femme qui , à chaque période menstruelle , oubliait ce qui lui était arrivé précédemment. Une fois dans l'intervalle des règles, elle avait injurié une personne avec qui elle se disputait; appelée peu de jours après en justice, elle nia le fait et prêta même le serment qu'on exigea d'elle. La plaignante , condamnée aux frais , produisit des témoins qui confirmèrent sa déposition, et prouvèrent que la délinquante avait nié par serment, quoique sans mauvaise intention, une chose vraie (1).
Obs. XXYII. ~ Nous devons à la bienveillance de M. Honoré l'observation d'une jeune fUle qui lui présenta les phénomènes suivants, lorsqu'il était interne à l'hôpital Saint-Louis : tous les mois, aux approches de ses règles, cette jeune fille, qui n'avait jamais manifesté aucun désordre de la pensée, était prise d'une esèpce d'ahénation mentale; les idées se troublaient, elle ne savait plus ce qu'elle disait, ni ce qu'elle faisait. Cet égarement cessait avec l'ap-
(1) Médecine légale }-e.lalive aux aliénés el aux sourds-muets , par Hoffbauer, traduit par Chambeyron, p. 81.
INFLUENCE DE LA UEiSST. SLR LE SYSTÈME NERVEUX. iOl
paiition des menstrues ; dès que celles-ci coulaient abondamment, tout était fini; aucun symptôme n'avait lieu pendant le cours du mois ; sa conduite était très-raisonnable, et on n'aurait jamais soupçonné le délire que déterminait chaque retour des menstrues.
Achevons cet exposé par quelques réflexions générales et par une observation curieuse sur l'excitation plus grande des femmes à cette époque.
« Menstriiantes femùias acrior flamma sœpiiis occupât : » oculi Icmgueni, iibidinum pleni : vultibus insidet nes- » CIO quid moUiîis. Sic compositœ, viri amplexus ullrb » excipiunl; imo menstriiantes non nuUas furor agit stu- » pendum in modmn.
» Obs. XXVIII. — Junior quœdanij optimis artibus ad n modestiam instituta, si menstruaret, viri in amplexus » ruebat aiidacissimè , et cum is œtate vigeret et viribus, » insatiatam tamen deserebat Die qiMdam, in libidines » femina ciim indesinenter insurgeretj illè, ira amens, » dirreptam dejicit^ jacentem que verberat; verberibus » tacta statiîîij quasi jubente deo, deferbuit furor ^ necvi- » sus est ioto mense recrudescere. Quo autem exacto, si- » milem tumuitum similis vis compescuit, Etjam pridem » mos ille domi invaluerat^ ciim forte supervenij et rei » novitale perculsus, tùm prœsertim obstupui ctmi femir> nain taies injurias non modo matito condonantem, sed » ètiani sibi gratulantem audivi.
« Fidem ultra adhibuerunt doccnti quo modo, laboran- » tibus nervis, ea fieret perturbatio quœ, mcdecinaconve- » nienlcr tum menti, tùm corpori adhibita, sensim, nec ilà » multb posty tota convaluit. »
Lorsque nous traiterons de l'action nioibide des règles sur les maladies, nous reviendrons sur col iniporlaiit sujet,
mais déjà l'on doit entrevoir que le cerveau n'est pas toujours primitivement affecté ; qu'il peut être influencé par d'autres organes, et que l'utérus joue un grand rôle dans la production des affections encéphaliques. Cette action de l'utérus n'avait point échappé à la perspicacité de Cabanis: « L'organe nerveux , dit-il , dont la première éruption des règles est accompagné, se renouvelle en partie aux périodes mensuelles suivantes qui ramènent cette commotion. A chacune de ces époques la sensibilité devient plus délicate et plus vive. Pendant tout le temps que dure la crise les observateurs attentifs ont souvent remarqué dans la physionomie des femmes quelque chose de plus animé, dans leur langage quelque chose de plus brillant, dans leurs penchants quelque chose de bizarre et de capricieux. On peut étendre cette observation au temps de la grossesse, quoique les dispositions cj[ui se montrent durant cette dernière époque diffèrent, à plusieurs égards, de celles qui paraissent inséparables de la menstruation. Durant la grossesse, une sorte d'instinct anormal régit la femme avec une puissance d'autant plus irrésistible, que les ressorts secrets en sont plus étrangers à la réflexion ; et pour peu qu'on sache entendre le langage de la nature, on ne saurait méconnaître, pendant tout ce temps, les signes d'une sensibilité qui s'exerce par redoublements périodiques d'énergie, et qui, susceptible d'être excitée dans les intervaUes par les causes les plus légères , peut se laisser entraîner facilement à tous les écarts (1).
Influence de la menstruation sur la sensibilité spéciale.
Les symptômes relatifs à la sensibilité spéciale sontbeau^ coup moins communs; ils peuvent intéresser les cinq
{^\) C\x\j<xni%, Rapports du physique et du morul.
INLFUENCt; DE LA MENST. SUR LA SEINSIDILITÉ SPÉCIALE. lOS
sens à la fois , mais le plus ordinairement ils n'en affectent qu'un. Dans trois cas la vue fut perdue ou affaiblie pendant plusieurs époques ; chaque retour du flux menstruel était indiqué par une cécité complète ou par un affaiblissement considérable. Nous avons signalé l'éclat, le brillant des yeux ; ils ont parfois une expression plus passionnée , plus tendre ; l'œil limiiide des poètes s'applique très-bien à la période menstruelle. Dans d'autres cas ils sont fatigués. Leur gonflement est assez fréquent, mais, ce que l'on observe le plus souvent, c'est un cercle ou plutôt un demi-cercle bleuâtre, brunâtre ou noir, qui circonscrit la paupière inférieure. Il existe, sans doute, hors le temps des règles , mais il est surtout marqué pendant leur écoulement. Les yeux peuvent être le siège de battements, et offrir une injection plus ou moins marquée.
Les bourdonnements, les sifflements d'oreilles sont assez communs. Les femmes pléthoriques en sont surtout incommodées, mais ils se montrent dans des conditions différentes; l'exaltation de la sensibilité cutanée, et spécialement des démangeaisons très-vives , ont été constatées plusieurs fois. Nous avons aussi observé la perversion du goût et de l'odorat.
Obs. XXIX. — Une jeune dame de 25 ans , née à Paris, d'un tempérament lymphatico-nerveux, d'une constitution moyenne , fut réglée à 16 ans , durant une forte maladie; quelques temps avant, elle avait senti delà lourdeur dans les jambes; une fois établies, les menstrues se montrèrent assez régulièrement ; elles coulaient huit jours comme une véritable perte ; elles venaien t quelquefois tous les 1 5 jours ; lorsqu'elles étaient sur le point d'arriver, elle avait des coliques tellement violentes, qu'elle se roulait par terre, ses traits s'altéraient, sa physionomie se décomposait, la pâ-
-leur se répandait sur son visage, et l'on voyait se dessiner un cercle noir sous les yeux. A cette époque elle se plaignait sans cesse d'un goût de fumée; tout ce qu'elle prenait lui semblait avoir le même goût.
Pendant la durée de ses règles elle exhalait une odeur forte, que les plus grands soins de propreté ne parvenaient point à faire disparaître, et qu'elle masquait par des parfums. On a prétendu que cette odeur était due à la négligence des femmes qui ne surveillaient point assez leur toilette, et que le sang, en s'écliauffant , acquérait des propriétés délétères qui changeaient les qualités de certains liquides. Cette opinion est vraie sans doute, mais, comme beaucoup d'autres, elle est trop exclusive. Il y a bien certainement des femmes qui, à l'époque de leurs règles, ont des émanations plus ou moins prononcées. Trois fois nous l'avons constaté sur des femmes rousses, mais nous l'avons particulièrement observé chez des mulâtresses et chez des négresses. En les touchant lorsqu'elles avaient leurs menstrues, nous avons eu plusieurs fois les doigts imprégnés d'une odeur si désagréable , qu'elle nous occasionait des nausées. Ces- expériences, qui demanderaient à être renouvelées dans les pays chauds, pourraient peut-être nous expliquer pourquoi certains législateurs se sont montrés si sévères pour les femmes, aux époques de leur flux menstruel.
Les seins, à raison de leurs sympathies nombreuses avec l'utérus, offrent des symptômes qui leur sont propres. Les plus ordinaires sont l'éréthisme, la tuméfaction, le gonflement et le picotement ( 100 fois). Ces deux symptômes peuvent se montrer dans toute l'étendue des seins, dans une portion seulement, le mamelon par exemple, ou n'en affecter qu'un seul , ce qui est plus rare. Ils déterminent