‹ De la menstruation, considérée dans ses rapports physiologiques et pathologiquesChapitre 33 sur 120 · SYMPTÔMES GÉNÉRAUX · texte numérisé non relu

SYMPTÔMES GÉNÉRAUX

assez souvent de la titillation, de la sensibilité , de la douleur. Nous avons quelquefois observé de vives démangeaisons. Leur consistance est^ en général ,*'peu modifiée, mais ils deviennent dans quelques circonstances durs comme la pierre ; le gonflement douloureux, dit Gardien (1), se remarque plus fréquemment chez les filles qui ont le teint brun, les cheveux noirs, les yeux pleins de feu et de vivacité. Quelquefois le gonflement est si considérable, que le mouvement des bras est gêné, la respiration courte et difdifficile, et qu'il en peut résulter l'inflammation et la lièvre.

Les symptômes de la poitrine ont été suflisamment détaillés dans les prodromes. L'oppression, l'étoufTement, la toux spasmodique , peuvent se reproduire aux époques , mais alors ils doivent inspirer de plus vives inquiétudes. Nous avons cependant vu, il y a quelque temps, une dame qui, à chaque période, avait une toux presque continue, offrant la plus grande ressemblance avec la coqueluche; elle cessait complètement avec les menstrues. L'hémoptysie est assez commune chez les femmes pendant la menstruation. Quoique ce symptôme soit souvent lié à la présence de tubercules dans les poumons, il n'a pas toujours chez elles la gravité qu'il présente chez les hommes; c'est surtout lorsqu'il se montre dans le cas de suppression, qu'il est moins dangereux. Les observations d'hémoptysie sans tubercules, ou sans aucun indice de maladie des poumons, sont assez intéressantes pour que nous en citions de nouveau quelques exemples.

Obs. XXX. — Le 28 juin 1837, on reçoit à l'hôpital de la Cliari'é , dans le service de M. Andral , la nommée

\1) Gaidieu, Tiailc d'aicouc/tcmcnf? , t. P', ail. iiiciisliuulion.

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Raveau, âgée de 20 ans, couturière , née à Chartres; elle pffre les attributs du tempérament lympliatico-nerveux , sa constitution est délicate, mais la santé est bonne. Ses règles ont paru à 13 ans, dans le cours d'une maladie fort grave qu'elje qualifie de fièvre nerveuse, et pour laquelle on lui a fait de nombreuses saignées au bras et au pied ; elle dit aussi avoir pris beaucoup de safran dans du lait. Dès son début le flux menstruel s'est montré régulièrement ; il la surprend chaque fois. Depuis qu'il est établi il a toujours été accompagné d'un vomissement de sang. Ce symptôme n'est point précédé de toux, mais il est annoncé par un goût particulier qui ne la trompe jamais. La durée des menstrues est de 8 jours, et cette hémoptysie reparaît plusieurs fois pendant cet espace de temps. Elle est entrée à la Charité pour une fièvre intermittente-tierce qui est devenue quotidienne. La poitrine percutée , auscultée fivec le plus grand soin, n'indique aucun désordre. Pendant la durée du traitement on lui a posé les sangsues à répigastre; les règles ont aussitôt paru, de sorte qu'elles sont venues deux fois dans le mois. Cette jeune fille sort parfaitement guérie.

Obs. XXXL —Le 1" août 1837, la nommée Roux, âgée de 30 ans, couturière, née à Clermont-Ferrand , entre à la Charité dans le service de M. Fouquier. Cette femme a été réglée à 14 ans sans s'en apercevoir; depuis, ses menstrues ont été régulières; l'écoulement durait 12 à ili jours ; ausgi était-elle presque toujours dans le sang, et cependant elle ne se trouvait pas fatiguée. L'approche des règles est annoncée par le gonflement des seins ; elle a eu sept enfants qu'elle a nourris; toutes ses couches ont été pénibles; trois jours avant sa dernière époque, qui a eu lieu le 27 du mois précédent, elle a vomi une grande quantité de sang rutilant,

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mousseux. Cet accident l'a déterminée à entrer à l'hôpital; l'examen de la poitrine ne révèle ancune altération : cette fille est seulement hystérique, elle sera traitée comme telle.

Obs. XXXII.— Daburin, âgée de 25 ans, grande, forie, bien constituée, entre, le 9 décembre 1838^ à l'Hôtel-Dieu, dans le service de M. Jadioux, pour se faire traiter dune hémorrhagie utérine. De 16 à 20 ans, elle a eu des vomissements de sang très-fréquents; un interrogatoire plusieurs fois repris prouve qu'elle en rendait , en effet , de grandes quantités. A 20 ans les règles ont paru^ mais jamais d'une manière régulière ni abondante. Les hémoptysies ont diminué de force; elles se montrent de temps en temps, lorsque les menstrues ont retardé ou qu'elles ont peu coulé. La poitrine n'annonce aucun désordre ; elle est examinée par MM, Jadioux, Guillot, Séguin, qui tous s'accordent à regarder cette hémorrhagie comme supplémentaire.

Les palpitations, l'anxiété précordiale, s'observent chez un certain nombre de femmes sans qu'il y ait de maladie de cœur; elles cessent avec les menstrues, pour se reproduire le mois suivant. L'exploration de la région précordiale, l'absence des signes hors le temps des règles, doivent éclairer le diagnostic. Nous avons ouvert, il y a cinq ou six ans , avec le docteur Pascalis , une dame qui succomba à une péritonite aiguë. Depuis 12 à 15 ans, elle avait des palpitations très-fréquentes et très-incommodes; l'autopsie prouva que le cœur n'avait subi aucune altération dans ses diamètres et dans ses ouvertures. Nous examinâmes cet organe avec d'autant plus d'attention, que nous avions été consulté pour plusieurs cas de ce genre , que nous serions tenté d'appeler des anévrismes spasniodiqucs.

Lu assez grand non:brc de fenjuics sont sujcllcs, au re-

tour de la période mensuelle, à des frissons, à un véritable mouvement fébrile. Une jeune personne avait une forte fièvre ^S heures avant l'apparition. Une autre avait ce symptôme pendant 3 à 4 jours; il cessait aussitôt que les menstrues coulaient. Nous avons signalé le pouls dicrote de Bordeu. CuUen avait aussi fait la remarque que, chez presque toutes les femmes, le pouls s'accélérait aux approches des règles , et qu'elles étaient alors plus sensibles au froid.

Chez quelques jeunes fdles on observe , à l'époque du flux périodique, des symptômes qui pourraient en imposer pour la fièvre typhoïde : nous avons noté, à différentes reprises, de la pesanteur, de la céphalalgie, des bourdonnements d'oreilles, des vertiges, des étourdissements et de la faiblesse musculaire. Ces jeunes filles éprouvent le besoin de se reposer, elles ne i^euvent vaquer à leurs occupations; elles s'asseoient à chaque instant. Leur bouche est pâteuse^ sèche, amère, quelquefois rouge sur les bords ; le pouls s'accélère ; il y a de la soif; tous ces phénomènes se dissipent avec l'apparition des règles. Nous avons quelquefois vu ces symptômes se montrer avec la diminution des menstrues.

Un trouble de la circulation assez fréquent, et déjà décrit, c'est l'infiltration du tissu cellulaire des extrémités inférieures. Dans le plus grand nombre de cas où nous l'avons constaté, il nous a paru indépendant de toute maladie organique du cœur ou des gros vaisseaux. Nous n'émetions cette opinion qu'avec réserve , car le diagnostic des affections du cœur est souvent obscur, et nous avons vu de grands praticiens méconnaître des hypertrophies concentriques, et d'autres lésions en apparence plus faciles à préciser.

AUSCULATION DU COEUR ET DES CAROTIDES. iOi)

Auscultation du cœur et des carotides pendant la menstruation.

L'exploration du cœur et des grosses' artères se rattache à l'histoire des symptômes , et doit naturellement trouver sa place aux dérangements de la circulation. 104 femmes on tété auscultées à l'époque de leurs règles; sur ce nombre, 76 ne nous ont offert aucun bruit anormal, seulement les battements du cœur étaient un peu plus fréquents, un peu plus précipités, parfois plus éclatants ; mais encore ces légères différences n'existaient pas chez toutes ces femmes, beaucoup avaient le rhytme absolument normal, et même chez quelques-unes il était plus lent. Les carotides n'ont rien présenté de particulier.

Parmi ces femmes il y en avait qui avaient des suppressions, des pertes, qui étaient atteintes de phthisie, d'hémoptysie, qui avaient des symptômes de chlorose, qui entraient dans l'âge critique, et, dans tous ces états, le cœur et les carotides n'indiquaient rien de spécial. Les suppressions ont surtout appelé notre attention ; il y en avait de fort anciennes, de récentes, nous auscultions aux époques convenables , et le cœur nous a toujours paru normal.

Dans 38 autres cas nous avons constaté des anomalies, mais elles étaient souvent étrangères à l'écoulement menstruel. Dans l/i cas où la menstruation était sans autre complication, les battements étaient très-précipités et très-distincts. Le premier bruit était comme une forte ondée, un bruit de souffle, un claquemenlmétallique; quatre fois le bruit de souffle se fit entendre dans les deux carotides ou dans l'une des deux. Ce bruit existait le j)lus ordinairement

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seul (1). Dans cinq observations de pertes, le premier bruit était plus éclatant, et le second assez sourd, mais les deux étaient lents ; il existait un seul bruit de souffle dans la carotide.

Nous appelons l'attentioti des praticiens sur les règles excessives, parce que nous avons eu occasion de constater, dans ce cas, le bruit dti souffle au premier temps, et qu'un de nos confrères l'a noté dans les carotides.

Dans les autres faits, au nombre de 18, nous avons distingué les bruits de frôlement, de souffle, de diable dans les carotides, plusieurs de ces bruits dans le cœur , les battements lents et sourds de cet organe ; mais les circonstances dans lesquelles nous les avons observés étaient fort diverses, car, parmi ces femmes, les unes étaient chlorotiques, les autres affectées de rhumatismes, quelques-unes venaient d'être saignées; il y en avait qui étaient enceintes; chez plusieurs les règles étaient diminuées, irrégulières. Un certain nombre d'entré elles avaient la fièvre, étaient phthisiques, etc.

La menstruation , dans un grand nombre de cas, imprime donc une amélioration plus grande à la circulation, sans qu'il y ait de maladie. Dans quelques circonstances plus rares , on entend des bruits anormaux, mais dont la coïncidence avec les menstrues , ou plutôt le rapport , ne nous est pas connu. Dans les règles immodérées et dans les pertes, il y a parfois des modifications, des bruits circulatoires. Ce point de la science demande de nouvelles recherches.

Chez les femmes abondamment réglées, il y a un état

(1) Chacun de ces signes doit s'entendre d'une ou de deux observations; nous n'avons point indiqué leur rapport avec chaque observation , dans la crainte d'entrer dans des détails trop minutieux.

AUSCULTATION DU COEUR ET DES CAROTIDES. iH

pléthorique qui s'annonce plusieurs jours d'avance ; c'est surtout, dit M. Gendrin, pendant les 8 ou 10 premières années de la menstruation, ou dans les h ou 5 ans qui précèdent l'âge critique, que ces épiphénomènes se remarquent. Presque toujours, quand ces symptômes ont existé, les femmes deviennent sujettes, après l'âge critique accompli, à des hémorrhagies comme supplémentaires, dont la membrane muqueuse intestinale est le plus fréquemment le siège.

Les voies digestives peuvent présenter toutes les espèces de désordres. Ils sont si fréquents qu'ils constituent un véritable état morbide particulier à cette époque. L'anorexie est assez commune ; quelques femmes ont la bouche pâteuse, mauvaise, éprouvent des rapports. Les nausées et les vomissements sont un phénomène beaucoup plus fréquent (64). Les matières vomies consistent ordinairement dans des mucosités. Quelquefois cependant les aliments sont rejetés. La constipation , si ordinaire chez les femmes, peut être remplacée par le dévoiement. Nous avons observé des dames qui en étaient tellement tourmentées, qu'elles ne pouvaient s'éloigner de leur maison. L'estomac est souvent très -sensible à la moindre pression , il ne peut supporter le plus léger attouchement. Cette sensibilité exagérée peut se convertir en une véritable douleur; ce sont des pincements , des resserrements , des crampes. Une exhalation gazeuse abondante se produit parfois dans l'estomac , et lui occasione un ballonnement qui oblige les femmes à enlever leur corset.

Dans d'autres circonstances;, ce sont des aberrations variées de la sensibilité. Ainsi il y a des femmes qui ont le désir de manger des aliments qu'elles n'aiment pas , ou d'une digestion difficile ; d'autres sont prises d'une vérita-

ble boulimie qui ne cède qu'à l'ingestion d'une énorme quantité d'aliments. Nous avons connu une dame qui chaque fois passait 48 heures sans manger.

La langue subit aussi l'influence de l'époque menstruelle. Chez un certain nombre de femmes , elle prend une coloration blanchâtre. Elle peut se sécher et causer une sensation d'aridité. On conçoit qu'elle puisse prendre une teinte rouge plus foncée. Chez une femme , l'époque menstruelle était annoncée par des aphtes qui apparaissaient sur les parties latérales de la langue.

La soif existe quelquefois pendant la période menstruelle ; nous l'avons notée six fois , et chez deux femmes elle était le seul indice de l'arrivée du flux.

Les maux de dents existent assez fréquemment. Chez plusieurs femmes nous avons vu les gencives se gonfler, devenir douloureuses , et le siège d'une exhalation sanguinolente. La fétidité de l'haleine est un phénomène qui existe dans un certain nombre de cas.

Un symptôme beaucoup plus commun est le sentiment de lassitude ou de fatigue dont les femmes se plaignent dans les jambes (80 fois). Tantôt ce sont des lourdeurs , des pesanteurs, des tressaillements; tantôt ce sont des courbatures, des douleurs, de la difliculté, de l'impossibilité de marcher. Quelques-unes ont une sorte de tremblement. L'enflure des jambes est un signe que l'on rencontre dans un certain nombre de cas.

Plusieurs femmes sont averties de l'approche de leurs règles par des éruptions de vésicules , de pustules. Nous donnons des soins à des dames chez lesquelles chaque époque est indiquée par un gros bouton qui apparaît sur le menton. Chez d'autres, il se montre sur le nez. Il y avait à l'hôpital de la Charité une jeune fdle qui chaque fois

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