MENSTRUATION A JOUR FIXE
Parmi les 24 observations de femmes dont les règles revenaient constamment aux mêmes époques, nous citerons les trois suivantes :
Obs. XXXV. — Le 28 juin 1837, on reçoit à .l'hôpital de la Charité, service de M. Andral, la nommée Vover, âgée de 29 ans, domestique, née à Boilemont (Nord). Cette fdle , d'un tempérament bilieux , d'une bonne constitution, brune, a été réglée à 15 ans dans son pays, sans s'en apercevoir. Depuis cette époque les menstrues se sont montrées régulièrement chaque mois , à la date du 15. Elles durent 8 jours, et coulent abondamment les cinq premiers. Cette régularité n'a point cessé un seul instant pendant quatorze ans. La période menstruelle n'est annoncée par aucun symptôme. La date seule du mois l'indique. La malade a été admise pour des douleurs abdominales et des tranchées utérines.
Obs. XXX YL — Dutartre , âgée de 66 ans , hngère', née à Paris , est admise le 3 octobre 1837 , dans le service de M. Magendie, à l'Hôtel-Dieu. C'est une femme forte , sanguine , d'une taille élevée , et dont les cheveux ont été blonds. Ses règles sont arrivées à 15 ans , sans malaise. Une fois parues , elles sont revenues régulièrement jusqu'à 57 ans ; pendant cette longue période de /i2 ans , elles se sont constamment montrées le 16 du même mois , sans que rien les ait jamais dérangées ; elles coulaient peu et trois jours. Dutartre a eu trois enfants , ses couches ont été heureuses. A 57 ans elle a cessé tout à coup de voir, sans aucun prodrome ; mais à partir de cette époque elle est devenue sujette à des étourdissements.
Son aspect est celui d'une apoplectique.
Obs. XXXYIL— Le7 novembre 1837, la nommée Guil-
lotte , âgée de liG ans , domestique , née à Dinan (Côtes-
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du-Nord) , est reçue à l'Hôtel-Dieu. Son tempérament est lymphatico-sangiiiiî , sa constitution détériorée , sa taille moyenne , et ses cheveux châtains foncés. Ses règles ont paru pour la première fois à 13 ans, sans qu'elle s'en doutât. Une fois venues , elles se sont toujours montrées régulièrement; elles n'étaient jamais en retard d'une heure , et arrivaient jour pour jour. Dans les premières années elles coulaient abondamment pendant trois jours ; leur approche était annoncée par la céphalalgie et des maux de reins. Sa figure se colorait souvent alors , et elle devenait rouge comme une écrevisse. Guillotte a eu quatre enfants, toutes ses couches ont été heureuses. Depuis deux ans elle a remarqué qu'aux époques le sang était beaucoup plus abondant Cc coulait quatre à cinq jours; lorsque l'écoulement était terminé , elle devenait gaie et enjouée. Il y a quatre mois , elle a été prise de crampes terribles dans les jambes, elle en était tourmentée à uii point extrême. Depuis quinze jours elle ne peut plus marcher ; ses jambes sont faibles, douloureuses, et surt 'Ut prodigieusement enflées. Les règles se sont arrêtées dès le début de la maladie. L'examen de la poitrine et du cœur ne révèle aucune lésion. Il estprobablequeces différents symptômes se rattachent à la cessation des m3nstrues.
Si nous récapitulons maintenant les faits précédents, nous arrivons aux conclusions suivantes :
Chez un grand nombre de femmes , la période menstruelle embrasse un espace de 30 jours; les règles se montrent assez souvent d'une manière très -régulière, jour pour jour, quantième pour quantième. Le plus ordinairement elles anticipent de plusieurs jours sur l'époque suivante, et, dans ce cas, il existe encore des différences très-grandes entre les intervalles.
CAUSES DES IIÈGLES, 129
Dans des circonstances plus rares , mais cependant appréciables , les règles retardent de plusieurs jours ; il est même des femmes chez lesquelles la menstruation n'arrive que toutes les six semaines, et quelquefois plus tard.
La lune n'a point l'influence qu'Aristote et que d'autres depuis cet auteur lui avaient attribuée, ce qui est prouvé par l'observation des femmes menstruées chaque jour du mois , et par le défaut de coïncidence entre les diverses phases de la lune et l'apparition des menstrues notée avec soin chez plusieurs femmes.
La séparation des femmes en deux grandes classes, dont les unes sont menstruées dans les huit premiers jours de la première quinzaine, et les autres dans les huit premiers jours de la deuxième quinzaine , est plus ingénieuse que vraie, car nos relevés démontrent que les règles apparaissent tous les jours , et qu'elles ne viennent point se ranger au bout d'un ou deux mois dans l'une de ces deux catégories , ainsi que le ci^oyait le médecin allemand.
Causes des règles.
Des opinions fort diverses ont été émises sur les causes de la menstruation et sur la périodicité. Comme elles sont simplement conjecturales, nous ne ferons que les énumérer, à l'exception de celle de M. Gendrin.
Galien un des premiers chercha à expliquer cette fonction par la phlétore ou la surabondance du sang : Quippè muiiebre gctius domiageret, neque vehementibus laboribus exerceretur, neque sub claro sole vweret , proptereà qiiam plurimos liuniores coacervaret , oportebat, opinoi\ evacuationem hujus modi plenîtudinis tanquam remedium accipere. (Gai. adversùs Erasistrat.)
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Mais de graves objections devaient être faites à cette explication. Car comment prétendre que la phlétore est la véritable cause de la menstruation chez les femmes faibles , d'une constitution délicate , et cependant abondamment réglées ; chez celles qui jeûnent et se macèrent ; chez les personnes nerveuses, mélancoliques; chez certaines chlorotiques qui sont néanmoins fortement réglées. On peut à la vérité répondre que la faiblesse n'exclut pas la phlétore , mais il n'en est pas toujours ainsi. Par opposition , les femmes robustes , les personnes très-grasses , celles qui offrent les attributs du tempérament sanguin à un haut degré , sont habituellement peu réglées. On peut donc dire que la phlétore nuit à la menstruation , et qu'elle est même une cause de rétention ; l'habitude qu'on a également invoquée ne fait que reculer la difficulté.
L'hypothèse des ferments , les théories des mécaniciens, basées sur la disposition favorable de la matrice , sur la grosseur de l'aorte , sur la marche des vaisseaux dans les parois utérines , sont abandonnées depuis long-temps.
Nous ne faisons qu'indiquer l'opinion de Le Cat, qui attribuait la menstruation à une phlogose voluptueuse , et celle de Surun , qui pensait qu'elle était due à un mouvement érectile du tissu utérin , comparable à la turgescence des organes extérieurs de la génération. Dans cette hypothèse , les dérangements de la menstruation seraient plutôt causés par l'altération organique de la sensibilité et des mouvements, que parle défaut d'écoulement du sang.
Suivant Surun , la matrice est animée de deux sensibilités : l'une , qui est l'action nerveuse générale , appartient à la vie de presque tous les tissus généraux ; c'est celle qui est propre à la circulation , à la calorification , à la nutrition, à l'exhalation, à l'absorption. La seconde, c'est l'ac-