CAUSES DES RÈGLES
tioii nerveuse organique, qui n'a d'influence que sur la fonction d'un organe. L'utérus jouit de la première sensibilité] usqu'à la puberté ; lorsque l'organique se développe , elle est la cause chez les femmes de cette susceptibilité extrême qui se montre pendant tout le temps de leur fécondité (1).
Quant à l'influence de la lune soutenue par Aristote {Degener animal, lib. 4.), Stahl, Morgagni , Etlmuler, Mead , nous savons à quoi nous en tenir, et l'adage Luna vêtus veteres , juvenes nova luna repurgat , est aujourd'hui réduit à sa juste valeur.
Obs. XXXVïII. — Une dame espagnole fut atteinte d'une maladie nerveuse fort extraordinaire, et cependant les évacuations menstruelles ne manquaient jamais d'arriver en leur lieu. Elles duraient six à huit jours, et quand elles se montraient dans les paroxysmes lunaii'es , l'évacuation s'arrêtait le jour même, ne paraissait pas jusqu'à la fin du paroxysme ; ce temps passé , elle reprenait son cours et se complétait du nombre de jours accoutumés. Le flux blanc s'arrêtait aussi , reprenait également à l'expiration de l'accès (2),
Il est à remarquer , dit Halle , que chez une personne très-sensible à l'action des périodes lunaires , l'évacuation menstruelle n'avait aucune relation avec cette influence. Peut-être cependant l'action de la lune est-elle plus marquée dans les zones torrides? 11 y a bien des exemples de ces suspensions d'opérations naturelles par le concours des maladies , soit spasmodiques , soit éruptives. On a vu
(1) Surun, Théorie de la raeiislruation fondée sur les caractères naturels delà vie, des organes, et parliculièrement de l'action nerveuse.
(2) franzeri, Mémoire sur une maladie extraordinaire , traduit de l'espagnol par M. Halle, et inséré dans le Journal de médecine et de chirurgie , par Corvi-
art , L« Roux et Boytir,
la rougeole suspendre les effets de l'inoculation , l'aliénation suspendre les maladies de poitrine; mais celles-ci reparaissent plus violentes lorsque l'aliénation est passée.
Tel était l'état de la science , lorsque M. Gendrin a fait connaître son ingénieuse hypothèse sur la cause de la menstruation. Gomme ce travail est entièrement neuf et qu'il présente un véritable intérêt ^ nous croyons convenable d'en donner une analyse détaillée.
Tous les anatomistes ont été frappés du peu de développement de l'ovaire chez les fdles impubères. Avant 10 ans on ne peut constater l'existence du canal des trompes , au moins dans toute sa longueur. Il est ouvert du côté des pavillons sur une largeur de quelques lignes seulement. Chez une jeune fdle de huit ans et chez une autre de neuf ans, M. Gendrin nota cependant que ce canal exislait pour les deux trompes sur cette dernière, et pour la trompe gauche sur l'autre. Si l'on recherche les vésicules de Graaf dans l'ovaire des jeunes fdles impubères, on trouve qu'elles manquent complètement. Sur les cadavres de trois jeunes fdles ^ âgées de plus de douze ans, non réglées, et qui ne présentaient pas les caractères extérieurs de la puberté, les trompes étaient perforées et avaient avec les ovaires leurs rapports normaux , comme dans un âge plus avancé de la vie. Ces ovaires étaient encore peu développés, les vésicules étaient profondément cachées dans l'épaisseur de ces organes , et n'avaient que le volume d'une petite tête d'épingle ; leur nombre était de 1 à 4 dans chaque ovaire.
La petitesse des ovaires se remarque aussi après l'âge critique ; cette véritable atrophie que nous avons constatée plus d'une fois , a été observée partons les anatomistes. Le rôle de l'organe est fini , la nature n'a plus rien à lui demander; elle lui laisse la vie végétative. Les vésicules de
CAUSîiS DES HiiGLES. t33
Graaf suivent cette loi de décroissance ; elles finissent njeme par disparaître entièrement.
Lorsque la menstruation est arrivée à son terme, et qu'elle va enfin se montrer, cette aptitude est annoncée, 1° par le développement normal de l'ovaire et delà trompe, qui dure jusqu'à la puberté; 2" par la présence dans l'ovaire des vésicules de Graaf, d'autant plus développées qu'elles sont plus voisines de la surface de l'ovaire.
Les signes de l'hémorrliagie menstruelle sont : 1° la présence à la surface de l'ovaire d'une ou deux alvéoles enflammées, résultat évident d'une rupture de vésicule qui tend à se cicatriser par une plilegmasie réparatrice ; 2" la dilatation de la trompe et la position de son pavillon encore très-voisine de la surface de l'ovaire ; 3" la réplétion de la trompe ou des trompes par un mucus rougeâtre plus ou moins sanguinolent; [i° la présence dans l'ulérus d'un liquide sanguinolent ou de grumeaux sanguins ; 5° la manifestation à la surface interne de la matrice de villosités comme fongiformes, peut-être vasculaires; 6° enfm la turgescence du système vasculaire de l'ovaire, de la trompe, et même de l'utérus et du vagin , pouvant même être reconnue pendant la vie pour ce dernier organe , de même que la turgescence mammaire.
Dans les intervalles des règles , la menstruation terminée se reconnaît : 1° à la cicatrisation plus ou moins avancée de l'alvéole ovarique; 2" aux taches jaunes, restes des cicatrices, déjà notées par Graaf, attribuées par lui à la condition d'une fécondation préalable ; «S" au développement progressif des vésicules de Graaf , et à leur rapprochement progressif de la surface de l'ovaire.
Les signes de l'hémorrliagie menstmelle non encore établis avant la puberté , ou ayant cessé de paraître aprff.
454 DE Li^ MENSTRUATION.
l'âge critique , sont : i" l'absence des vésicules ovariques de Graaf ; 2° le non-développement ou l'atrophie des ovaires et des trompes.
Lorsque la menstruation est devenue irrégulière et a été souvent interrompue dans la succession des hémorrhagies périodiques , on constate : 1° le petit nombre des vésicules de Graaf et leur éloignement de la surface de l'ovaire ; 2° quand les règles ont paru , la présence de l'alvéole ovarique en voie de cicatrisation plus ou moins avancée , et l'absence de vésicules de Graaf d'un certain développement j et déjà voisines de la surface de l'ovaire.
La menstruation est-elle supprimée depuis un certain temps par cause morbide , on observe : 1° l'absence des vésicules de Graaf, soit profondes, soit superficielles , dans les ovaires ; 2° l'atrophie des ovaires et des trompes plus ou moins prononcée.
Enfin , lorsque la menstruation ne s'est jamais établie , il y a absence des vésicules de Graaf, et atrophie des ovaires et des trompes. (1)
D'après la théorie de M. Gendrin, la causepremière delà menstruation est donc dans l'apparition , le développement et l'évolution de la vésicule de Graaf; l'hémorrhagie utérine n'en est que le symptôme ; mais si l'on doit admettre que l'apparition menstruelle des règles se lie à la maturation et à la rupture des vésicules de l'ovaire , avec expulsion ou destruction dans les vésicules d'œufs non fécondés, il faut aussi admettre que la cause immédiate de l'hémorrhagie se trouve dans l'état d'hypérémie de l'utérus , et dans une modification qui s'opère sur la surface interne de cet organe par la manifestation de villosités d'apparence vascu-
(1) Gendrin, Traité philosophique de médecine pratique, chap. menstruation, t. Il, p. 1 à 53.