MALADIES GÉNÉRALES DU TEMPS CRITIQUE
prendre l'histoire de toute la pathologie ; nous avons seulement indiqué celles qui se manifestent le plus ordinairement ; elles suffisent pour attester l'influence de la ménopause sur la production d'accidents et de lésions qui portent plus spécialement le cachet de cette période , et qui sont évidemment dues à l'état de congestion et d'irritation qu'entraîne chez beaucoup de femmes la suppression des fonctions de l'utérus.
Nous n'insisterons pas sur ce qu'il convient de faire à cette époque ; cette question a été précédemment traitée ; nous nous bornerons à faire connaître les préceptes de Stalh :
1° Nifiil alienum temerè moliri ; 2° Imprimis non procuratis quœ ad morbum propriè pertinerent ; 3° Non in^ dulgere opinioni de symptomatibus variis occupandis , sed ipsà potius morbi radiée resecandâ aut amputandâ; k" Non placer e sibi , in mitigatis j, imb sub indè verius solo expectatione tandem superatis , nudis paroxysmis , rebellium hnjus modi affectum ; sed ipsum potins fonda mentum primarii malij, tentare et convertere ; 5° Adeoque non tain repentinis imaginariis curationibus fidere , sed altioris indaginis et necessario in longum sese porrigentis , justœ methodi^ tant inventioni quam administrationi et executioni invigilare ; 6° Et proptereà detessandas sanè illas stupefactorias pallationes , sollicité fiigere et cavere ; ut potè non solum niliil sincertim morbis confer entes j, verum etiammajori illoruni detempore in tempiis, primo contumariœ , tandem autem ferociœ inducendœ, nimio efficaciores.
Influence du temps critique sur les maladies existantes.
Tous les jours les médecins sont témoins de l'action puissante qu'a la cessation du flux menstruel sur le retour d'anciennes aîFections , et spécialement de celles qui avaient leur siège à la peau. C'est ainsi qu'on la voit rappeler des dartres de mauvais caractère , qui sommeillaient depuis long-temps ; elle peut aussi favoriser le développement de maladies dont le germe existait antérieurement, comme une disposition vénérienne , scrofuleuse , scorbutique, cancéreuse, etc., etc.
Il est donc de la plus haute importance de se tenir en garde^ vers l'âge critique , contre la réapparition des maux de l'enfance , surtout quand ils dépendent de quelques-uns des virus connus. Souvent avec des évacuants, quelques dépuratifs et un cautère, on garantirait les femmes de maladies fâcheuses.
Parmi les lésions que la ménopause réveille, ou qu'elle fait marcher plus activement , il faut compter la phthisie pulmonaire. Nous l'avons observée dix fois avec des symptômes variés. Dans tous les cas , à l'exception d'un , la phlhisie fut annoncée par des crachements de sang. La plupart des femmes prétendaient n'avoir jamais souffert de la poitrine , mais en les interrogeant on notait des rhumes plus ou moins anciens. Chez un certain nombre d'entre elles, environ le tiers, les hémoptysies, très-abondantes pendant la période de la cessation, avaient disparu ou diminué après qu'elle avait été terminée, et depuis 3, k et 5 ans, l'affection semblait ne pas faire de progrès. Chez les trois autres tiers , la maladie avait marché assez rapidement vers une terminaison funeste. Plusieurs de ces
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femmes nous dirent qu'elles avaient constamment observé que les cracliements de sang étaient plus fréquents, plus abondants à l'époque des règles, avant et après cet écoulement.
Les corps fibreux subissent également l'influence de la ménopause. Jusqu'alors slationnaires , ils deviennent plus volumineux, plus sensibles, tourmentent la femme, et nécessitent souvent l'opération. Mais dans d'autres cas, après avoir pris des dimensions considérables , les symptômes diminuent , se calment , finissent par disparaître , et la tumeur reprend son état stationnaire.
Point de maladie qui ne puisse s'exaspérer par cette cause , aussi le médecin doit-il redoubler de précaution , lorsqu'il est consulté par des femmes qui ont quelqu'organe délicat malade.
Mais si la menstruation exerce une fâcheuse influence sur les maladies existantes, elle est au contraire, pour quelques femmes , le signal de la délivrance de tous leurs maux. Nous avons observé des dames, dit Fothergill (1), faibles et délicates , affaiblies par des évacuations abondantes, souffrantes, malades, qui reprenaient une nouvelle vie, et de maigres devenaient grasses.
Obs. CLIV. — Mademoiselle de C..., âgée de 50 ans, a perdu , sans être malade ; traitée pour une aliénation mentale caractérisée par un délire général et des accès de fureur qu'augmentaient les époques menstruelles , une amélioration marquée s'est manifestée dans sin état depuis que les règles ont cessé de couler ; elle est beaucoup plus tranquille , mais elle souffre depuis ce moment d'un rhumatisme articulaire qui l'empêche souvent de marcher.
Obs. CLV. — Madame W..., d'un caractère impérieux
(1) Fothergill , Conseils aux femmes de ii5 d 50 atts.
et jaloux , est mariée à l'âge de vingt ans. Elle devient mère à 22 ans, rend son intérieur insupportable pendant 8 ans , et tombe aliénée. Placée dans l'établissement de M. Blanche , elle y reste 9 ans dans l'état suivant : Le sommeil, l'appétit sont réguliers; les fonctions digestives s'exécutent bien, la menstruation est d'une exactitude parfaite , le délire est doux , mais la malade est d'une paresse qu'il est impossible de vaincre. Arrivée à l'âge de 43 ans, madame W... éprouve, dans l'espace d'une année, trois pertes utérines considérables. A la suite des deux premières, il est déjà facile de remarquer une amélioration notable dans les facultés de la malade ; après la troisième, qui fut la dernière et la plus forte, madame W. . . recouvra toute sa raison ; ce fut elle-même qui l'annonça à M. Blanche , dans une de ses visites du matin : lorsqu'il entra dans sa chambre , il l'a trouva habillée avec plus de soin qu'à l'ordinaire, et occupée à réparer son linge, ce qu'elle n'avait pas fait depuis neuf ans.
L'époque de la ménopause nous a paru souvent exercer une heureuse influence sur les affections mentales, soit en rappelant les malades à la raison, soit en calmant leur agitation , soit enfin en changeant la nature de leur délire. D'autre fois cependant , nous avons vu une augmentation dans les symptômes se manisfesler; tel était le cas d'une imbécille jusqu'alors très-tranquille , qui devint exaltée , furieuse , et chez laquelle une agitation fort longue persista. Plusieurs femmes maniaques, depuis un certain nombre d'années , sont rapidement tombées dans la démence. Nous avons reçu , depuis trois ans , dans notre établissement, huit femmes, devenues aliénées, chez lesquelles nous n'avons pu trouver d'autre cause de la maladie que l'influence du temps critique.