SECTE
Le pied étant déchaussé est saisi avec la main et serre transversalement, à ce mouvemert correspond une sorte de frottement rude qui semble se passer au milieu de la portion saisie.
Les douleurs se montrent à des intervalles irréguliers, le plus souvent elles apparaissent plusieurs fois par jour, quelquefois restent plusieurs jours sans se produire. L’affection est resté limitée pendant plus de dix ans au pied droit. Depuis trois ans environ, elle s'est montrée au pied gauche, en un point absolument symétrique.
Si l’on examine les pieds du malade, on n’y observe absolument rien d’anormal, aucun signe d’inflammation locale ; en les pressant dans différents sens, on n’y réveille aucune sensation douloureuse.
A noter de plus que la mère et même la grand'mère du malade ont souffert durant toute leur vie d’une douleur absolument semblable. |
L'examen radiographique du pied a été pratiqué à différentes reprises, soit à nu, soit emprisonné dans une chaussure rigide, mais cet examen n’a rien révélé d’anormal.
OBSERVATION 7 (inédite)
Due à l’obligeance de M. L. Dor, chef du laboratoire de M. le pro‘esseur Poncet.
M. X..., trente ans, père et mère bien portants, quelques {ares nerveuses du côté de la famille maternelle, une tante atteinte d’aliénation mentale à forme mystique, un oncle alcoolique a eu du délirium tremens ; lui-même est impressionnable mais cependant n’a jamais eu de troubles nerveux véritables. Il a beaucoup aimé la marche pendant son enfance et faisait avec des camarades de longues courses dans les montagnes, voire. même des excursions périlleuses.
A l’âge de vingt ans il a eu pour la première fois dans le pied gauche, après une marche faite avec des souliers neufs, une douleur extrêmement vive, dont il lui semblait qu’il aurait été
immédiatement soulagé, s’il avait pu enlever son soulier ; mais il se trouvait dans une société à laquelle il ne voulut pas avouer ce qui lui arrivait et il resta ainsi pendant plus d'une heure ayant des douleurs irradiées à toute la jambe.
Quand il put enlever son soulier, il Jui fut impossible de toucher son pied, tant il était douloureux; il ne put pas non plus le poser à terre, il resta avec la jambe étendue et immobile pendant près d’une heure. A ce moment il prit son pied entre ses mains et en faisant des mouvements, il s’apercut bien vite qu'une certaine pression latérale reproduisait ses douleurs, tandis qu’une pression en sens inverse amène dans le pied un ressaut comme si on avait réduit un chevauchement de tendons ou de métatarsiens et instantanément il survint un soulagement complet, même une sensation de bien-être dont il se souvient encore, et il put remettre son soulier et marcher comme s’il n’était rien arrivé, mais a quelques jours de là, la même douleur survint et cette fois non pas après une marche, mais le matin même au moment où il mettait son soulier, il quitta celui-ci immédiatement et put le remettre au bout d’un moment.
Il fut donc mis en garde et avait une appréhension chaque fois qu’il allait mettre son soulier, il procédait à cette opération avec une grande lenteur et aussitôt qu'il sentait une douleur il faisait machine arrière. Il fit alors des observations desquelles il résulla que la douleur qu’il redoutait survenait lorsqu'il faisait exécuter à son pied un mouvement de torsion autour de l’axe antéro-postérieur et de dedans en dehors, tandis que le mouvement forcé de torsion de dehors en dedans rétablissait les choses en état normal. Il prit donc la singulière habitude de se chausser en amenant son pied contre la fesse gauche et de glisser son soulier par dehors.
Une fois la chaussure en place, il s’'apercevait tout de suite si elle était bien ou mal mise et il acquit l'expérience qu'il était nécessaire pour n'avoir jamais d’insuccès de maintenir aussi longtemps que possible, pendant qu’il se chaussait, son pied en état de contraction forcée avec les orteils fortement
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fléchis et la plante du pied aussi creusée que possible ; avant d'exécuter quelques pas, il avait soin de reprendre, une fois le soulier en place, une position de contracture semblable, et il marcbait ainsi pendant les premières minutes.
Si la journée avait été bien commencée, il était certain qu'elle se terminerait bien, mais s’il avait eu au début, des accrocs il survenait des incidents dans la journée qui l’obligeaient à quitter brusquement son soulier.
Le pied était bien conformé, et ne présentait aucun point douloureux à la pression; mais nous avons remarqué qu’il existait un très fort durillon sur la tête des troisième et quatrième métatarsiens et le malade nous dit qu'il était obligé depuis plusieurs années de traiter ce durillon comme un cor et de le couper lorsqu'il devenait trop dur, car il était douloureux.
Il semble donc que le point d'appui de la partie antérieure du pied se faisait, dans la marche, non pas sur le premier et le cinquième métatarsien, mais sur le troisième et le quatrième, de sorte qu’il devait exister une sorte d’affaissement de la voûte et effectivement la ligne des têtes métatarsiennes était convexe avec convexité tournée en bas.
Prenant à pléine main la tête des métatarsiens, nous avons avec l’autre main exagéré la courbure en enfoncçant les troisième et quatrième métalarsiens, et lorsque nous exercions en même temps une pression transversale qui rapprochait les premiers et troisième métatarsiens, nous faisions immédiatement apparaître la douleur redoutée du malade; si au contraire nous avions soin de repousser en haut la tête des troisième et quatrième métatarsiens et si à ce moment, lorsqu'il formaient une ligne à convexité dirigée en haut, nous exercions le mouvement de pression transversale, le malade nous disait que nous pouvions serrer autantque nous voulions et nous ne lui faisions pas mal. |
Le malade nous a raconté encore qu’il avait toujours froid aux pieds, et qu’il ne passait pas d’hiver sans avoir des engelures depuis le mois de novembre jusqu’au mois de mars
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presque sans discontinuer, et que pour diminuer ces engelures, autant que possible, il changeait de chaussettes jusqu’à trois ou quatre fois par jour, les trouvant toujours mouillées, ce qui indique évidemment des troubles sécrétoires sudoripares.
Enfin, une autre particularité à signaler, c’est que le malade use ses talons surtout en dehors, ce qui indique une légère inclinaison en varus, cependant en observant le pied on ne voit aucune déformation portant sur le genou (genu varum) ou sur la hanche (coxa vara). Une radiographie aurait pu nous renseigner, mais la radiographie n’existait pas encore au moment où nous avons observé le malade,
OBSERVATION 8 (résumée)
Lasserre. Gazette des hôpitaux, 1897.
M°° X..., âgée de vingt-cinq ans, est robuste, bien bâtie, et de bonne santé habituelle.
Depuis cinq ans elle souffre de douleurs violentes et survenant brusquement dans le pied gauche et par accès.
Dans ses antécédents héréditaires nous trouvons des faits importants. La mère de M" X.. est maigre, nerveuse et présente des signes nets d’arthrilisme (migraines, névralgies faciales douleurs articulaires). En outre elle est atteinte depuis de longues années de maladie de Morton: Accès de douleurs au niveau du quatrième orteil droit, survenant brusquement et avec une telle intensité qu’elles provoquaient des syncopes. Une sœur plus âgée que M°° X... présente aussi des accès analogues mais moins violents, un /rére a de temps en temps, paraît-il, des élancements douloureux dans la plante du pied.
Antécédents personnels de la malade peu chargés : névralgies faciales peu intenses et douleurs névralgiques du côté du sciatique droit.
L’affection actuelle a débuté à l’âge de vingt ans dans le cours d’une grossesse. La malade faisait ‘alors une traversée sur mer et se promenait sur le pont du bateau quand brusquement elle
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ressentit une douleur très violente au niveau de l'articulation métatarso-phalangienne du ‘quatrième orteil droit, douleur exacerbée par la marche et génant celle-ci.
Depuis lors des accès sont survenus fréquemment et surtout après la marche avec les mêmes caracteres.
Le pied à ce moment ne présente ni gonflement, ni rougeur ; le pied parfaitement conformé ne présente pas de troubles de la sensibilité, pas plus du reste que le reste du corps où l’on ne trouve aucun stigmate d'hystérie.
La malade porte des chaussures larges et n’a Jamais suivi aucun traitement, le repos suffisant en général à calmer ses douleurs.
Dupcay. Presse médicale, novembre 1899.
Homme de trente-trois ans. Depuis cinq ou six mois il a des phénomènes douloureux du côté du pied gauche, allant toujours en s'aggravant. Ses antécédents personnels et héréditaires ne présentent pas grand intérêt, notons cependant qu’il est de souche arthritique par son père; il n’a jamais eu de rhumatisme articulaire aigu, mais a souffert à plusieurs reprises de lumbago, il est sujet aux migraines et de plus est hémorrhoïdaire. Au demeurant, bonne santé habituelle.
Il y a huit mois, il tomba avec son cheval et dans cette chute le pied gauche fut meurtri par l’étrier. Le pied resta quelque temps gonflé et douloureux, vraisemblablement du fait d’une légère entorse
C’est deux ou trois mois après cet accident que survint, sans autre cause, dans le même pied, une douleur d’abord peu intense, puis allant toujours en s’aggravant. Le siège de cette douleur est bien localisé : au niveau de la face plantaire, en un point correspondant à l'articulation métatarso-phalangienne du quatrième orteil.
Au début, la douleur se produisit toujours après la marche
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ou la station debout prolongée. Mais depuis un mois environ, elle apparaît par le simple port de la chaussure, sans qu'il appuie le pied sur le sol; et bien qu'il porte des chaussures tres larges, lacées ou à boutons, il a l'habitude de laisser ses bottines à demi lacées ou boutonnées, et lorsqu'il va dans le monde, il lui arrive souvent, dès qu'il peut se soustraire à la vue, étant à (able, par exemple, de déboutonner ou de délacer ses chaussures pour diminuer l'intensité de la douleur. Celle-ci en effet s’atténue d’abord, puis cesse complètement et pour un certain temps, par l'enlèvement complet de la chaussure.
La crise douloureuse ainsi provoquée dure ‘plus ou moins longtemps ; elle se prolonge de plus en plus depuis le début, aujourd’hui il est dans l'impossibilité absolue de marcher une heure:de suile, même avec des bottines larges.
A l’examen local on ne constate aucune déformation appréciable ni des parties molles, ni du squelette, tout au plus le quatrième orteil a-t-il une légère tendance à prendre lPapparence d’une griffe. La pression à la face dorsale du pied au niveau de l’articulation métatarso-phalangienne est indolore, mais la pression à la face plantaire du quatrième métatarsien est douloureuse, De même si, par une compression latérale de Pavant-pied, on rapproche les unes des autres les têtes métatarsiennes, on réveille la douleur de la-façon la plus nette. Du reste, d’après le dire du malade, la douleur provoquée par les chaussures semblerait être due au rapprochement des têtes des métatarsiens (american fashion).
Pas de trouble de sensibilité du pied, pas de troubles circulatoires, pas de lésions trophiques.
OBSERVATION 10 (résumée)
PÉRaIRE Et MaLzy. Revue de chirurgie, Paris 1899 (Obs. 1)
M. F. D..., étudiant en médecine, âgé de trente ans, se présente à la consultation le 15 juin 1897, se plaignant de troubles considérables de la marche, il ne peut avancer qu’en s'appuyant
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sur les talons toute pression, de la partie antérieure de la plante des pieds sur le sol est tres douloureuse,
Au début de la marche la douleur est imperceptible, puis au bout de quelque temps, sous les influences les plus diverses (fatigue, nature du terrain), cette douleur s’accroît et devient rapidement intolérable, le malade est alors obligé d'enlever ses chaussures et pour ce faire il porte des chaussures analogues à celles des bicyclistes.
A l'examen on constate que le pied a une apparence normale à droite et à gauche, toutefois on note une disposition en griffe des orteils avec déviation en dehors de ces mêmes orteils. La douleur spontanée est nulle, à La pression on localise la douleur à l’extrémité antérieure des cinquième, quatrième, troisième et deuxième métatarsiens.
L'examen radiographique montre une subluxation de la tête des troisième et quatrième métatarsiens en bas et en dedans, une déviation latérale des métatarsiens et une déformation des têtes métalarsiennes. La déviation latérale de métatarsiens est reproduite en vraie grandeur par la projection radiographique, la déviation en bas peut être appréciée par la mensuration, sur l'épreuve elle-même, de la longueur des métatarsiens comparée avec celle d'un pied sain.
Comme antécédents personnels on relève une fièvre typhoïde à l'âge de dix-sept ans, suivie d’uue attaque de rhumatisme aigu qui dura quinze jours, blennorrhagie qui se compliqua de polyarthrite intéressant les deux genoux et le poignet gauche.
Peu de temps après, il s’aperçut que le quatrième orteil du pied droit était douloureux au moindre faux pas.
Il y à deux ans, à la suite de fatigue dans la marche, le pied gauche fut le siège d’un gonflement douloureux très accentué, et depuis, la douleur a persisté et, chaque fois que le malade pose le pied à terre, il ressent une douleur très vive; on considère ces accidents comme étant de nature rhumatismale et on les traite en conséquence.
Après avoir pris connaissance des travaux de S.-K. Morton, nous pensons que le malade est atteint de métatarsalgie rhuma-
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tismale; ses antécédents personnels et héréditaires nous confirment dans cette idée. Nous éliminons l’idée d’une affection imaginaire chez un neurasthénique, les épreuves radiographiques et les pressions douloureuses, jointes à l’impossibilité de la marche, étant suffisamment probantes.
Nous proposons au malade de tenter l’ablation des têtes métatarsiennes douloureuses, nous réservant de faire ces opérations successivement et de ne tenter de nouvelles résecüons qu’autant que la première serait suivie de résultats satisfaisants. Nous enlevons successivement la tête du quatrième métalarsien droit, puis les quatrième et cinquième têtes mélatarsiennes gauches et enfin les deuxième, troisième et cinquième extrémités métatarsiennes droites.
L'examen histologique des fragments a été pratiqué par M. Pilliet qui trouva des signes d’ostéite condensante sans inflammation active proprement dite; les travées osseuses sont irrégulières, ondulées, très serrées, les espaces de Havers très réduits.
Les résultats des opérations sont satisfaisants : la station debout et la marche sont maintenant de plus longue durée et possibles sans appui; le malade marche sans craindre, comme avant, les aspérités du pavé.
Péramme et Mary. lbidem, obs. 3.
M. B.., dix-neuf ans, typographe, se plaint de douleurs siégeant au-dessous de chaque pied. Le début de lPaffection remonte à quatre mois. Subitement il ressentit des douleurs violentes sous chaque face plantaire, après avoir dansé pendant deux nuits. Les douleurs se sont produites pendant la marche; il était obligé d’enlever souliers et chaussettes et de se mettre les pieds à terre; ces douleurs siégeaient exactement au niveau de chaque tête métatarsienne. Depuis cette époque, les douleurs
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ont augmenté et la marche est presque impossible; les douleurs plantaires augmentent à la suite de marches forcées.
Comme antécédents personnels, scoliose dans l’enfance dont il ne reste presque plus trace actuellement, blennorrhagie il y a un an, guérie rapidement. Bonne santé habituelle.
Père rhumatisant, mère vivante et bien portante, deux frères bien portants, une sœur atteinte d’une affection des annexes.
Les douleurs accusées par le malade siègent sur la plante des pieds, au niveau des deuxième, troisième et quatrième têtes métatarsiennes droites, la flexion augmente les douleurs; au pied gauche, les troisième et quatrième têtes métatarsiennes seules sont douloureuses.
La radiographie montre pour le pied droit une déviation des deuxième, troisième et quatrième métatarsiens, et au gauche une déviation des troisième et quatrième métatarsiens, et des têtes métatarsiennes plus volumineuses.
On résèque la tête du quatrième métatarsien droit, guérison rapide et parfaite.
OBSER VATION 12 (résumée)
Nicolas Grannerrasio. Revue de chirurgie, 1900.
Jeune fille âgée de quinze ans.
Parents vivants et bien portants, n'ayant jamais eu aucune maladie des os et des articulations, pas de rhumatisme, pas de syphilis, pas de tuberculose.
Deux frères bien portants.
Dans ses antécédents héréditaires on ne note rien de très particulier. Dans la première enfance, pas de rachitisme, ni de scrofule. Scarlatine guérie en dix jours.
Réglée à quatorze ans régulièrement.
Bonne santé habituelle.
Il y a deux ans, en sautant un fossé, elle s’appuya avec force, sans le vouloir, sur la pointe du pied gauche, qui supporta ainsi tout le poids du corps. Elle éprouva alors une forte
rose.
douleur localisée à l'articulation métatarso-phalangienne du second orteil du pied gauche, cette douleur se calma spontanément et la malade put rentrer chez elle,
En marchant, la douleur augmenta et ne cessa qu'avec le repos absolu. Puis au bout de cinq jours la douleur reparut au même siège, se propageant en haut, vers le nerf tibial antérieur, douleur accrue par la marche à tel point que la malade marchait sur le bord externe du pied.
On n’observa pas de tuméfaction de l’orteil.
Lorsque la jeune fille marche beaucoup, la douleur arrive à son paroxysme et s'irradie alors jusqu'au niveau de la rotule en suivant le trajet du tibial antérieur. On ne retrouve pas de douleur analogue en une autre partie du corps, les articulations sont parfaitement libres.
Pas de stigma tes d’hystérie. Sensations thermiques et douloureuses normales, pas de troubles trophiques.
La douleur cesse avec le repos absolu, mais reparaît avec la marche.
On décida la malade à l'opération et on pratiqua la désarticulalion du second orteil avec résection de la tête du métatarsien correspondant, la guérison s’effectua rapidement et la malade fut parfaitement guérie de son affection, la douleur n'a plus reparu. La tête métatarsienne détachée se montre normale dans sa conformation extérieure, mais l'examen histologique nous révele des lésions d’osféite condensante.
OBSER V ATION 13 (inédite)
Due à l’obligeance de M. le docteur DurourT, médecin consultant à Vichy.
Mn: X.. trente-deux ans, trois enfants. Rhumatisme subaigu des poignets et des genoux vers l’âge de quinze ans qui n'a pas reparu depuis lors. — Santé générale excellente.
Elle souffre d’une douleur intermittente du pied gauche depuis
+ dix ansenviron. Les caractères de la douleur sont les suivants:
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début au-dessous et à la base du quatrième orteil, augmentation progressive avec irradiation sous la plante du pied, mais le foyer aigu n’est pas dans la plante, il est nettement dans l'orteil luimême. La sensation éprouvée est comparable à une déchirure.
Si M°*° X... peut se déchausser et mettre le pied à plat sur le sol, la douleur cède immédiatement. Si elle ne peut se déchausser, la douleur envahit toute la plante du pied, remonte dans le mollet, derrière le genou, et enfin derrière la cuisse en suivant le trajet du sciatique. Si alors elle quitte sa chaussure, la douleur ne disparaît pas aussitôt, elle ne peut poser son pied à terre que sur le talon, et il y a une sensation de meurtrissure qui persiste une heure ou deux.
L’intensité des phénomènes est telle qu'il est arrivé à M°° X... d'entrer dans une allée pour quitter sa chaussure, seul moyen de soulagement.
L'examen local n’a jamais rien révélé; ni rougeur, ni tuméfaction; pas de contracture, l’orteil reste absolument souple pendant l’accès, aucune modification de la sensibilité au contact.
La fréquence des accès est très variable, ils reviennent tantôt deux fois par mois, tantôt tous les jours, ils sont généralement provoqués par la marche, mais peuvent apparaître même au repos avec une chaussure serrée. M®° X.. ne peut porter de chaussures serrant le cou-de-pied, si peu que cela soit; elle a dû renoncer absolument aux bottines et ne porter que des souliers très découverts. Il faut d’autre part que le cuir en soit extrêmement souple; c’est ainsi que les chaussures vernies provoquent plus facilement les accès que les chaussures mates. Âvec ces précautions, les accès sont moins fréquents, ils persistent cependant toujours.
OBSERVATION 14 (personnelle)
M. X..., trente-huit ans, boucher. Père vivant, arthritique, mère vivante et bien portante ; une sœur qui prend des crises de suffocation avec sensation de constriction à la gorge, surve-
nant à la suite d'émotions, crises liées sans nul doute à l’hystérie.
Dans les antécédents personnels du malade nous retrouvons l’arthritisme signalé déjà chez le père ; il y a deux ans, attaque de rhumatisme subaigu localisé au gros orteil droit et qui dura quinze jours, cédant progressivement à la médication salicylée. Bonne santé habituelle du malade qui est marié et père d’un jeune garçon de cinq ans bien portant. Le malade se plaint d’être migraineux, et d'autre part, dit qu’il est très nerveux, s'emportant facilement. Léger degré d’alcoolisme du fait de la profession, pas de syphilis.
L’affection actuelle a débuté subitement, et à l’occasion d'un léger traumatisme. Le malade, montant précipitamment en voiture, manqua le marchepied et dans ce mouvement la partie antérieure du pied gauche fut tordue sur le rebord du marchepied, tout le poids du corps portant sur le bout du pied. A ce noment le malade ressentit une douleur très vive et analogue, dit-il, à celle produite dans la torsion d’un doigt.
La douleur persiste cinq minutes avec ce caractere d’extrème acuité et s’amenda petit à petit dans la position assise durant le trajet en voiture.
Le malade crut s'être fait une entorse et n’y attacha pas grande importance jusqu'a son arrivée à la maison.
Là en effet, voulant quitter les souliers qu’il avait aux pieds pour prendre des galoches qu’il portait habituellement, il ressentit une douleur analogue à celle qu’il avait eue en montant en voiture, et vive à tel point qu’il crut prendre une syncope, c’est à ce moment que nous vimes le malade,
A l'inspection, on ne constate, loco dolenti, ni rougeur, ni chaleur, ni gonflement des tissus, non plus qu’ecchymose récente ou ancienne, Le pied paraît bien conformé et par comparaison avec le pied droit on ne constate rien d’anormal, pas d’affaissement de la voûte plantaire.
La palpation révèla un point douloureux localisé à la racine du troisième orteil, mais irradiée un peu du côté du quatrième et même du cinquième orteil, les mouvements de l’avant-pied
J. FRAISsE. 5
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provoquent de même un certain degré de douleur. Pas d’œdème non plus que de crépitation ou de mouvements anormaux.
On élimine donc d’emblé: l'idée d’une entorse ou d’une fracture. En interrogeant le malade on apprit qu’il avait eu deux ans auparavant à ce même endroit une douleur assez vive qui disparut spontanément par la simple flexion des orteils et ne reparut pas. Cette douleur survint à l’occasion du port de chaussures neuves, qui n’avaient pas été brisées etqui serraient assez fortement le pied. Depuis aucune douleur ne reparut jusqu’à ce jour.
Le malade fut examiné au point de vue nerveux, les signes du tabes furent cherchés systématiquement : le malade avait ses réflexes patellaires normaux, pas de signe d’Argyil, pas de Romberg. Pas de troubles de la sensibilité à la piqüre ou au tact. Pas de neurasthénie, le malade est au contraire très gaide caractère et plutôt jovial et c’esten plaisantant qu'il raconte sa mésaventure qu'il met sur le compte des souliers qu'il n’a pas l'habitude de porter.
Nous lui recommandons en effet le port des galoches et en même temps un léger bandage compressif fait avec une bande de flanelle. Le malade se trouva bien de ce traitement et n'eut plus de douleur, il put reprendre ses occupations habituelles dès le lendemain, et nous le revimes trois semaines après tout à fait guéri mais ennemi déclaré des chaussures serrées, Nous ne püûmes non plus, à notre grand regret, le décider à se laisser radiographier le pied.
OBSERVATION 15 (inédite)
Due à l’obligeance de M. X. Dgronc.
M. C..., cinquante ans, arthritique, ayant présenté à diverses reprises des poussées articulaires subaiguës : il y a douze ans. gonflement du coude gauche disparaissant au bout de quinze jours; il y a huit ans, poussée articulaire dans le genou
Terre
droit, immobilisant le malade pendant près d’un mois. N'a jamais été atteint de fluxion articulaire franche du côté des pieds.
En 1898, étant en promenade depuis une heure, sur un terrain plat, il ressentit brusquement, sans cause appréciable, une douleur violente comparable à un éclair dans le pied gauche, à point de départ exact au niveau de l’interligne métatarso-phalangien du troisième orteil. Pendant quelques secondes, la douleur fut atroce, puis elle céda petit à petit perdant son caractère tres aigu pour devenir supportable ; il persista néanmoins de la gène et de l'engourdissement pendant une heure environ, La marche fut reprise, quoique avec appréhension, mais sans douleur appréciable.
Cet incident s’effaça de la mémoire, quand un mois et demi après, il se reproduisit dans les mêmes conditions, en se levant d’un fauteuil. Notons en passant que le malade avait l'habitude de porter presque constamment des. galoches où le pied était très à l'aise et que ces divers incidents doulouleux apparurent à l'occasion du port de chaussures un peu justes et auxquelles il n’était pas habitué.
Ces crises se produisirent des lors à des intervalles variables tous les mois ou tous les quinze jours, parfois plus fréquemment; surtout, nous dit le malade, lorsque le temps est humide ou froid.
Actuellement, janvier 1901, la crainte de ne pouvoir revenir chez lui, après une promenade par exemple, oblige le malade à s'abstenir de certains plaisirs, tels que la chasse notamment. Cependant, jamais les douleurs ne persistent au delà de quelques minutes. Jamais on n’a constaté de gonflement ni aucune espèce de réaction locale inflammatoire. A l'examen les orteils paraissent normaux, et aucune lésion appréciable ne peut être incriminée, l'examen radiographique n’ayant pu être pratiqué.
Pas de stigmates hystériques ou nerveux.
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OBSERVATION 16 (personnelle)
Mr X..., sœurhospitaliere. Rien àsignaler dans les antécédents héréditaires, aucun membre de la famille n’est atteint de rhumatisme,
Rien non plus dans les antécédents personnels, la malade jouit d’une bonne santé habituelle, mène une vie fort régulière, n’a jamais eu de rhumatisme ni aigu, ni chronique. La malade vient à la consultation de M. le professeur Poncet pour des douleurs qu’elle ressent depuis seize mois dans le pied gauche.
La douleur qu’elle ressent est très vive, atroce, forçant la malade à s’arrêter dans sa course ; elle s’est produite la première fois à l'occasion d'un léger surmenage, alors que la malade était obligée de monter fréquemment des escaliers, Au moment où la douleur est apparue pour la première fois, la malade ne se souvient pas s'être fait d’entorse ou tordu le pied, toutefois elle portait alors des chaussures à semelles peu épaisses et assez flexibles. Cette douleur, que la malade dit analogue à celle produite lorsqu'on se tord la cheville ou lorsqu'on appuie fortement sur un doigt, survient par accès journaliers se produisant toujours à la même heure, quelquefois même bi-quotidiens ; la marche ne semble pas avoir d’action provocatrice sur ces accès, car ils se produisent même au repos; toutefois, la malade dit avoir remarqué que la douleur était beaucoup plus vive lorsqu'elle marchait; d'autre part, cette douleur très vive, angoissante, cède quelques instants après l'enlèvement de la chaussure, et c'est presque instinctivement que la malade dit enlever sa chaussure et à n'importe quel endroit, car elle en cueille toujours le plus grand bénéfice. La malade, d’autre part, localise très nettement sa douleur à la racine du troisième orteil, entre la tête du troisième et du quatrième métatarsien.
A l'examen local on ne note rien d’appréciable en ce moment-ci, pourtant la malade dit avoir eu un peu de rougeur et de gonflement au niveau de la région douloureuse, lorsque cette douleur était très vive et répétée souvent. On note, d’autre part,
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un peu de dislocation de l’avant-pied à ce niveau, la malade du reste se rend très bien compte de cela elle-même, elle dit que les doigts de pied sont très mous et qu’en comparant l'avantpied malade avec celui de l’autre côté absolument sain, elle reconnaît fort bien qu’il y a quelque chose d'anormal.
La palpation au niveau de la tête du troisième métatarsien réveille la douleur.
L'examen radiographique est pratiqué et nous montre d’une façon extrêmement nette la déformation des trois têtes métatarsiennes du milieu (v. planche p.33), celle ducinquième métatarsien l’est également, mais à un degré beaucoup moindre; d'autre part, fait extrêmement important, on note une déformation plus accusée des têtes des deuxième et troisième métatarsiens et comme une espèce de chévauchement de ces deux têtes déformées ; c’est à ce niveau du reste que la malade localise très nettement sa douleur. En outre de ces déformations des deuxieme, troisième et quatrième têtes métatarsiennes, nous ne notons pas de déviation des métatarsiens qui offrent leur longueur et leur direction habituelle. Mais en analysant de plus près la radiographie, on voit d’autre part qu’au niveau des
déformations des têtes métatarsiennes, l'image radiographique
est plus floue, plus pâle, ressemblant assez à l’image fournie dans les cas d’ostéite que l’examen anatomo-pathologique a révélé être de l’ostéite raréfiante et nous l’admettrions volontiers dans le cas qui nous occupe, sans toutefois l'affirmer, car la vérification n’a pas été faite, la malade ayant seulement suivi le traitement médical et hygiénique dout elle a recueilli le plus grand bénéfice.
La malade, en effet, sur les conseils de M. le professeur Poncet, se fit faire des chaussures à semelles larges et rigides, où le pied était tres à l’aise et depuis les douleurs ont beaucoup diminué de fréquence et d'intensité; d’autre part, la malade n’accuse plus les phénomènes vaso-moteurs qu’elle avait autrefois et qui se traduisaient surtout par de l’engourdissement du pied et une sensation de froid qui cédèrent à quelques séances
d'électricité.