De la méthode a posteriori expérimentale et de la généralité de ses applications
2. Les recherches auxquelles je fais allusion sont expérimentales ; en les disant exactes, je parle de l'interprétation des expériences et non de celles-ci, ne m'étant jamais départi de la règle de ne chercher à interpréter des expériences qu'après avoir acquis la conviction de leur exactitude. En insistant sur la nature expérimentale de mes recherches, je veux prévenir l'erreur qui naîtrait du sens trop général qu'on prêterait à ma pensée en l'étendant à des recherches dans lesquelles l'expérience n'interviendrait pas : effectivement, plus d'un exemple pourrait être cité où faute de l'avoir consultée, la durée des méditations loin d'avoir favorisé la manifeslation de la vérité a fortifié Terreur chez le penseur.
3. Après m'être efforcé dans toutes mes recherches d'acquérir une appréciation parfaite du degré de certitude que je pouvais attacher aux inductions théoriques déduites de mes observations, ou de mes expériences, je sentis peu à peu l'avantage de subordonner toutes les sciences dont le but est la connaissance du concret, à un principe qui, dès l'enfance, j'ose le dire, m'avait frappé, c'est que les corps ne nous sont connus que par leurs propriétés, leurs qualités, leurs attributs, leurs rapports, ou en d'autres termes, par des abstractions, puisque ces propriétés, ces qualités, ces attributs, ces rapports sont en définitive les parties isolées par l'esprit d'un ensemble, d'un tout.
4. Le mot fait, signifiant ce qui est, ce qui a été, ce qui sera, exprime l'idée du réel, de la certitude.
D'après le principe que nous ne connais-
sons les corps que par leurs attributs, ces attributs sont des faits, et ces faits, étant des abstractions, il en résulte que nous ne connaissons LE CONCRET QUE PAR l' ABSTRAIT.
Conclusion, parfaitement conforme à celle (Y un de ces esprits aussi difficiles que naïfs, qui m'ayant demandé des explications sur ce dont il avait entendu dire des propositions que je viens de résumer, les traita d'émanations de la métaphysique, science prétendue, à laquelle il ne croyait pas depuis longtemps, parce qu'en cela, disait-il, à l'exemple de saint Thomas, sa croyance se bornait à ce qu'il voyait et à ce qu'il touchait; je ne sais si je le persuadai, en lui faisant remarquer que nous étions parfaitement d'accord, puisqu'il devait à deux sens, la vue et le toucher, la connaissance des deux propriétés essentielles à la matière, /'ÉTENDUE et /'IMPÉNÉTRABILITÉ.