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CLASSIFICATION DES PLANTES ET DES ANIMAUX

31. Quand on remonte au berceau des sociétés humaines, on voit les hommes établir des distinctions entre les corps divers du monde où ils vivent, jugeant les uns indispensables et les autres plus ou moins nuisibles à leur bien-être. Une société, une fois fixée au sol, assurée contre le besoin de la faim et à l'abri des injures de l'air par des vêtements et des maisons , éprouve de nouveaux besoins, parmi lesquels il en est du ressort de l'intelligence. Après

des chants, des récits, des légendes, les arts se perfectionnent, la médecine commence, les beaux-arts multiplient leurs œuvres, la science, la philosophie et l'histoire se développent.

32. Un moment arrive où les minéraux, les plantes, les animaux fixent l'attention de la société, soit à cause de l'utilité dont ils peuvent être susceptibles, soit pour satisfaire au besoin de connaître la vérité scientifique, besoin impérieux pour certains esprits. C'est ainsi que nous sommes conduits à étudier les trois règnes de la nature qui constituent l'histoire naturelle.

33. La conviction une fois acquise que dans toutes les circonstances où l'homme se trouve, il sent la nécessité de distinguer pour connaître, lors même qu'il ne tend qu'à éviter d'être dupe, on conçoit l'intérêt réel de l'histoire naturelle et particulièrement de la botanique et de la zoologie, dont l'objet spécial est la connaissance des diverses espèces de plantes et d'animaux; elle ne satisfait pas seulement la science du naturaliste, mais le poëtc et l'artiste la recherchent parce qu'ils trouvent en elle des modèles du beau; et après avoir fixé l'attention du

philosophe, elle devient pour lui un sujet de méditation en présentant à son esprit les harmonies les plus grandes comme les plus nombreuses et les plus variées (1).

34. Parce qu'il n'existe aucune branche des connaissances humaines offrant à l'observation autant d'êtres concrets à distinguer que ceux qui le sont par le botaniste et le zoologiste, on peut dire que l'examen de la manière dont le naturaliste a procédé dans le classement des espèces vivantes pour les distinguer les unes des autres, en les groupant cependant d'après le principe de leur ressemblance mutuelle, est l'étude la plus utile à laquelle on puisse se livrer lorsqu'il s'agit de juger ce dont l'esprit humain est capable en fait de classification d'objets concrets.

35. Dès que le mot espèce a été appliqué aux êtres rivants, il a désigné des êtres d'une même origine, c'est-à-dire issus d'un même père et d'une même

(1) Voir le rapport de l'auteur au ministre de l'instruction publique jsur son coun du Muséum de 18G6, page 27, alinéa (68), L'univers défini par Platon on animal un et visible.

mère. Ne voulant pas compliquer le sujet des incertitudes qui se rattachent à la question de la fixité ou de la variabilité de l'espèce, je n'entends parler que d'espèces réellement différentes par leur origine.

36. On sait que la classification des plantes, comme celle des animaux, se compose d'espèces réparties en groupes de différents ordres, dont les attributs, communs aux espèces d'un même groupe, vont en diminuant de nombre à mesure qu'on s'élève du genre, comprenant les espèces plus semblables entre elles qu'avec toutes autres, jusqu'à l'embranchement, le groupe le plus général après le règne.

Les groupes sont donc, en allant de l'espèce au règne :

Le genre, formé de plusieurs espèces; La famille, formée de plusieurs genres; L'ordre, formé de plusieurs familles; La classe, formée de plusieurs ordres; L'embranchement, formé de plusieurs classes.

37. Dès 1825 (1), j'ai fait remarquer la différence (t) Journal des savants, 1825, p. 501.

existant entre la classification des animaux et celle des végétaux, en ce qui concerne les groupes supérieurs au genre. En effet, l'homme, par la perfection de son organisation, servant de terme de comparaison pour subordonner les animaux entre eux, la classification de ceux-ci réunit si naturellement les groupes supérieurs, en commençant par les classes, que les naturalistes modernes sont unanimes sur le mérite de la classification des animaux d'Aristote.

38. Le règne végétal n'offrant rien de semblable, on conçoit comment les botanistes, avant les zoologistes, ont distingué explicitement une méthode naturelle d'une méthode artificielle, en formulant une classification des plantes conformément à la première.

A ce sujet, je crois avoir établi sans contestation (1) que la méthode naturelle, appliquée à la classilication des plantes comme distincte de la méthode artificielle, a porté particulièrement sur le groupe famille. De sorte que, si des genres ont été réformés à l'origine de cette application, il en est beaucoup qui

(1) Histoire des connaissances chimiques, tome V, page 158.

ont été conservés. La différence réelle entre les deux méthodes appliquées est que, dans les groupes familles, les espèces réunies par la méthode naturelle ont plus de ressemblance mutuelle que n'en ont les espèces réunies par la méthode artificielle dans les groupes supérieurs aux genres,

A. — Méthode naturelle en botanique.

39. Les noms de Bernard et d'Antoine-Laurent de Jussieu sont inséparables de l'institution en botanique de la méthode naturelle; et l'idée de faire dépendre l'importance des caractères de leur moindre variabilité plutôt que du nombre d'attributs semblables communs a été généralement considérée comme une pensée heureuse d'Antoine-Laurent de Jussieu.

Incontestablement, le progrès existe en passant de la classification artificielle des plantes dans le système sexuel de Linné à l'établissement des familles naturelles des de Jussieu, par la raison que les botanistes français ont eu égard à plus de propriétés caractéristiques que Linné n'en avait admis, et qu'ayant en outre attaché le plus d'importance à celles qui éprouvent le moins de variation dans la vie des plantes, c'est une cause d'homogénéité, si je peux ainsi parler, pour leur classification. Cependant

la critique la plus impartiale est obligée de convenir que la classification des plantes d'après la méthode naturelle des de Jussieu, jusqu'à nos jours, a éprouvé plus de modifications qu'on ne pouvait s'y attendre, et qu'à ce point de vue, toutes les espérances que ses fondateurs se promettaient n'ont point été réalisées.

40. Que serait-il arrivé si elle eût répondu à leur espérance?

C'est que le temps n'y aurait guère apporté d'autres modifications que celle-ci :

1° Les genres seraient devenus plus nombreux en espèces, parce qu'on en aurait découvert de nouvelles.

2° Des genres nouveaux auraient été formés au moyen de nouvelles espèces.

Et, si ces genres nouveaux n'étaient pas entrés dans des familles anciennes, ils en auraient constitué de nouvelles plus ou moins distinctes des anciennes.

Voilà des changements qui, au point de vue de la méthode à posteriori expérimentale, auraient été une solide confirmation de la méthode naturelle*

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