‹ De la méthode a posteriori expérimentale et de la généralité de ses applicationsChapitre 46 sur 103 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

DE LA DIFFICULTÉ D'APPLIQUER AU CONCRET LES CARAC- TÈRES DISTINCTIFS DE LA MÉTHODE NATURELLE ET LES ARTICLES D'UNE LOI.

123. Il existe un grand nombre de cas qui, régis par la méthode naturelle ou par les articles de la loi, sembleraient dans la pratique devoir ne présenter aucune difficulté, soit qu'il s'agisse d'appliquer la première à la classification d'une plante ou d'un animal que l'on ne connaît pas, soit qu'il s'agisse dans un procès civil d'appliquer les articles de la loi aux parties intéressées dans un procès civil.

124. J'ai parlé avec assez de détails de la méthode naturelle (40 à 55) pour mettre en évidences les difficultés qu'elle peut présenter dans son application, et dès lors j'ai l'espoir qu'en reprenant ce sujet, il me sera facile de montrer au lecteur les difficultés que présente l'application des articles de la loi dans les procès civils.

En revenant ainsi sur les difficultés de la méthode naturelle j'ai le même motif que j'ai exposé (85), pour revenir sur le mot fait. Ces répétitions sont donc refléchies, parce que, avant tout, je veux que mes idées soient comprises telles qu'elles sont, et que mon intention est d'être bien compris.

ARTICLE i.

Difficulté que présente l'application de la méthode naturelle.

125. J'ai donné une attention particulière à la méthode naturelle, comme le type d'un système de classification le mieux raisonné en principe, pour classer un très-grand nombre d'êtres concrets analogues, avec l'intention expresse de les distinguer entre eux en les groupant d'après leur plus grande ressemblance mutuelle.

126. Nous avons vu que pour atteindre ce but, elle avait réuni en genres les espèces douées du plus de ressemblance mutuelle, et qu'en cela elle avait reconnu que dès l'origine de la science botanique, cette règle avait été observée pour la formation des genres (38, 42).

Je rappelle que la méthode dite naturelle fut explicitement appliquée à la botanique avant de l'avoir été à la zoologie, et qu'elle ne s'est guère élevée au-dessus du groupe des familles de plantes (38).

Évidemment les caractères des familles et des genres, attributs communsà un grand nombre d'espèces, sont des abstractions, et en parlant rigoureusement il en est de même encore des caractères spécifiques, de socje que, pour les plantes comme pour les animaux, le concret n'existe que dans les individus.

127. Insistons sur ce fait; l'esprit humain trop faible pour embrasser l'ensemble des attributs d'aucun être qu'il veut connaître d'après un motif quelconque, trop faible encore pour connaître tous ces attributs en les étudiant chacun en détail et successivement, a forcément recours à des classifications; or, à partir du groupe espèce, formé de tous les êtres d'une même origine (35), il se voit obligé de recourir à la classification qu'il a élevée à la dignité de

science ! Mais, en résumé, la certitude manque, dans l'ignorance où nous sommes, et de l'importance réelle d'attributs abstraits que nous choisissons comme caractères, et de l'existence même d'attributs qu'il importerait de connaître pour bien classer les individus auxquels ils appartiennent.

128. La certitude exigerait, pour que la méthode naturelle fût parfaite dans l'association des êtres vivants, que Vexpression caractéristique d'un groupe (l'abstrait) comprît des êtres possédant tous ce caractère, et que parmi eux il n'existât aucun être qui serait doué d'un attribut susceptible d'établir quelque iour avec d'autres êtres plus de similitude qu'il n'en a avec les êtres auxquels, dès l'origine, la méthode l'a associé.

Mais ne connaissant pas tous les attributs d'aucun être vivant, cette certitude manque et, dès lors, nous sommes exposés à l'erreur (42). Rappelons les deux circonstances dans lesquelles la méthode naturelle peut être en défaut.

lre circonstance.

Lorsque le naturaliste, disposant de toutes les espèces qu'il veut classer, néglige de prendre en considération un attribut important, ou que, n'en pré-

voyant pas l'absence, la pensée ne lui vient pas de le rechercher avec les moyens dont il dispose, moyens qui lui permettraient d'arriver à ce but.

Cette circonstance est absolument la faute du savant et non de la science.

2e circonstance.

La connaissance d'un attribut important manque au naturaliste, soit que cet attribut appartienne à des espèces encore ignorées, soit, ce qui reviendrait au même, qu'appartenant à des espèces connues, l'état de la science ne lui permît pas d'en soupçonner l'importance, ou bien que, la soupçonnant, les moyens d'observer et d'expérimenter dont il dispose ne lui permissent pas de le reconnaître.

En tous ces cas, le naturaliste n'est passible d'aucun reproche aux yeux de la science.

Difficulté que présente V application de la loi dans les procès civils.

129. Ce défaut de correspondance parfaite entre l'expression de V abstrait avec le concret, représentant l'individu, n'existe-t-il pas dans des faits sociaux?

N'est-il pas un grand nombre de cas où un défaut de correspondance se fait sentir entre des expressions abstraites relatives à des êtres concrets, de sorte qu'il arrive, comme dans l'application de la méthode naturelle, des circonstances où des discussions s'élèvent par suite du désaccord ? En répondant affirmativement, je cite comme exemple une difficulté analogue dans l'application faite aux individus d'une société des articles d'une loi et même d'un simple règlement.

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