‹ De la méthode a posteriori expérimentale et de la généralité de ses applicationsChapitre 85 sur 103 · GROUPE B · texte numérisé non relu

GROUPE B

Du verbe.

20. Le verbe exprime une relation entre un substantif et une qualité, une propriété, un attribut ou une manière d'être soit permanente, soit passagère.

Le verbe, dans toute la généralité du mot, exprime donc Y être ou V existence d'un substantif. La possession d'une propriété, d'une qualité, d'un

attribut par un substantif, la manière dont un substantif exerce ou souffre une action.

21. Par là même que le verbe exprime la relation d'un attribut avec le substantif, il ne peut appartenir au concret, dès lors il appartient à Y abstrait.

22. Il n'existe à mon sens qu'un seul verbe, le verbe être, et je regrette, au point de vue philosophique, qu'il ait besoin pour être conjugué du verbe avoir, et que dès lors il ne soit pas, comme le verbe esse, sum, des Latins, susceptible de se passer de tout auxiliaire. En réfléchissant à cette prédominance d'un verbe exprimant I'être, Yexistence d'un substantif chose et personne ! n'est-il pas fâcheux qu'il lie puisse être conjugué qu'avec le verbe avoir, et que celui-ci dont la signification, quelle qu'en soit l'importance, ne s'élevant pas à celle du premier se conjugue pourtant sans auxiliaire, sauf le futur de l'infinitif qui, comme le verbe être lui-même, est dit devant avoir!

Le verbe être et le verbe avoir servant à conjuguer tous les autres verbes, on les a nommés tous les deux auxiliaires, et on le conçoit sans peine. Cependant la réflexion me semble ne pas justifier cet usage à l'égard du verbe être, par la raison que le

sens propre du mot auxiliaire est la subordination de ce qui aide à ce qui est aidé; et cette idée de subordination ne s'accorde pas avec la prépondérance qu'on accorde au verbe être quand on le considère comme verbe unique.

23. Les verbes, autres que le verbe être, sont toujours attributifs, ils comprennent ainsi le verbe être et V attribut dans un seul mot. Par exemple, Y enfant joue est une expression équivalente à Y enfant est jouant.

Mais on se tromperait de croire que le verbe être ne peut jamais être attributif; car il l'est réellement dans cette phrase citée par de Sacy : Dieu est avant tous les siècles.

Conformément aux idées que je viens d'exprimer je dirai il y a :

Un verbe simple, être, souvent attributif

et Des verbes complexes toujours attributifs.

24. Jusqu'ici je n'ai point été en désaccord avec de Sacy, et je m'en félicite à cause de la profonde estime que je porte à sa mémoire; mais on lit, page 9 (1), dix lignes que je vais reproduire textuel-

(1) De ses principes de grammaire générale. Édition de Tan VIII.

lement avec l'intention de dire les raisons pourquoi je ne puis les adopter, car leur désaccord avec les opinions qui m'ont fait prendre la plume est évident : « Tout mot qui renferme en lui-même le sens « du verbe être et d'un attribut, est donc un verbe. a Je nomme ces verbes verbes attributifs ou con- « crets, parce qu'ils renferment un attribut joint à « l'idée de l'existence. Le verbe être qui n'exprime « que l'idée de l'existence avec relation à un attria but indéterminé se nomme verbe substantif ou aôs- « trait. »

25. Par la raison que j'admets parfaitement l'expression de verbes attributifs, qui fait allusion à Y adjectif, et qu'à mon point de vue tout adjectif est une propriété, une qualité, un attribut, et en outre que cette propriété, cette qualité, cet attribut fait partie d'un ensemble représenté par un substantif, cette propriété, cette qualité, cet attribut, séparé par l'esprit d'un ensemble, est une abstraction ; dès lors le mot attributif ne peut être l'équivalent du concret qui est le substantif, dès lors l'union du verbe être avec un attribut ne donnera jamais l'idée d'un substantif ou du concret; mais appliqué à un substantif, le verbe attributif exprimera l'existence de ce substantif wecYattribut que lui-même indique.

Par la même raison, si j'admets avec de Sacy que le verbe être est abstrait, je ne peux dire avec lui qu'il est substantif puisque ce mot est l'expression du concret,

26. Je m'estime heureux de ces observations, quel que soit le jugement qu'on en porte, parce qu'elles montrent clairement que le système d'idées scientifiques que j'applique à la grammaire n'est point irréfléchi, qu'il n'est point banal et qu'il est précis, quand il donne clairement les raisons pour lesquelles j'adopte des expressions de Sacy et que je repousse, comme y étant absolument contraires, d'autres expressions qui, selon lui, seraient synonymes des premières.

article 5.

Participe,

27. Conformément à son nom, le participe tient de deux mots; du verbe et de Y adjectif:

1° Du verbe; comme lui il peut exprimer Y être, Y avoir, la possession, une action, et il a encore le régime du verbe.

2° Il tient de Y adjectif, en ce qu'il exprime la qualité d'une personne ou d'une chose.

De Sacy disant qu'il renferme toujours la valeur d'un adjectif-conjonctif, il peut avoir comme les adjectifs des genres, des nombres, des cas; et renfermant toujours l'idée d'existence, il peut avoir des temps*

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