‹ De la méthode a posteriori expérimentale, et de la généralité de sesChapitre 2 sur 117 · Une discussion à laquelle j'assistai, sans · texte numérisé non relu

Une discussion à laquelle j'assistai, sans

y prendre part, entre des personnes qui par leurs éludes et leur position, semblaient parfaitement préparées à la soutenir fut pour moi une source d'observations et d'expériences bien instructives. Les dissentiments qui se manifestèrent d'abord me firent sentir combien une attention trop prolongée sur un même sujet et l'habitude trop exclusive d'une science spéciale mettent obstacle à ce que l'esprit qui s'y est livré soit accessible à des vérités auxquelles cette attention et cette habitude semblent avoir été étrangères.

Le reste de la discussion me convainquit de la rareté des idées qui dépassent en généralité des idées propres à chaque science spéciale, dans une réunion d'hommes oîi pourtant il semblerait qu'elles auraient dû dominer :

en effet, les vérités alors émises, parmi beaucoup d'erreurs, étaient étroites, communes, et toujours conformes à des manières de voir

professées dans les écoles, ou d'accord avec

celles de quelques savants dont volontiers on reconnaissait l'autorité, état de choses dont la triste conséquence était d'éloigner les esprits soumis à ces influences, d'idées générales et vraies que sans doute ils auraient comprises par une simple exposition si préalablement ils eussent été libres de toute prévention..

6. Ce débat prolongé agrandit singulièremeii^rhorixon que dès longtemps j'avais entrevu, lors des discussions soulevées par la mathésiologie entre Ampère, Frédéric Cuvier et moi (1). Autant une vue élevée qili, sans art et sans effort d'esprit, subordonne entre eux des ensembles de faits précis, nombreux et variés, a de charme pour moi, pénétré depuis si longtemps de la difficulté de rassembler des faits précis sur lesquels on puisse compter avec

(1) De 1815 à 1850. Histoire des connaissances chimiques^ lomc 1", pages 209 et suivantes.

la volonté de ne les unir que par des rapports naturels et incontestables, autant m'inspirent de dégoût des classiScations auxquelles ont présidé d'étroites, de vulgaires idées, ou si elles semblent élevées c'est qu'elles appartiennent au domaine de rhypothèse.

7. En tout temps je me suis plu à reconnaître le génie d'Ampère, et ce n'est pas sans effort d'esprit que j'ai pu m'expliquer sa ténacité, pendant les quinze dernières années de sa vie, à faire, défaire et refaire sa classification des connaissances humaines ; j'ai possédé seize tableaux écrits de sa main, témoignant de la manière la plus forte des modifications incessantes qu'il y apportait; un seul m'est resté, les quinze autres, à mon grand regret, ont disparu de cbe» mol par une cause que j'ignore encore,

La discussion dont je viens de parler reportant mon attention sur les débats prolongés

(lonl ia mathésiologie d'Ampère avait été l'objet avant qu'elle ne fût publiée, eut pour résultat la Distribution des connaissances humaines du ressort de la philosophie naturelle que je présentai à TAcadéraie des sciences les 17 et 24 de juillet de Tannée 1865. S'il serait inconvenant et ridicule d'en faire l'éloge , il m'importe d'insister sur l'intimité de sa liaison avec mes idées antérieurement publiées, et d'ajouter que si je ne tenais pas compte de mes nombreuses occupations et de leur variété, je ne m'expliquerais pas comment cette Distribution des connaissances n'aurait pas suivi immédiatemeiU la publication de mes lettres à M. Vitlemati (1856), tant la liaison est grande entre les deux œuvres!

Car acceptez la définition du mot fait et celle de la méthode a posteriori expérimentale^ acceptez l'opinion que les sciences naturelles dites de pure observation sont à leur première période de développement, que plus tard elles

doivent deyeniv sciences d'observation^ de raisonnement et d^ expérience ^ et sans cloute vous serez conduit à envisager ma Distribution des connaissances humaines du ressort de la philo • Sophie naturelle comme le complément nécessaire des idées antérieurement publiées que je viens de rappsler. La continuité de la pensée est donc évidente entre les lettres à M. Villemain et la Distribution des connaissances du ressort de ta philosophie naturelle.

12. J'aurais vivement désiré présenter les pensées dont cet ouvrage sur la méthode est Texpression dans Tordre chronologique oti elles ont occupé mon esprit, parce que plus que tout autre, cet ordre m*eût paru conforme à l'essence de ïdL méthode a posteriori expérimentale à laquelle ce livre est absolument consacré, mais la volonté d'être bref et précis, et d'un autre côté la conviction d'avoir trouvé une vérité générale dans les sciences expérimentales dont

je me suis occupé, ont diminué beaucoup ma répugnance à prendre la forme dogmatique, quand il m'a fallu exprimer des choses dont à mon sens l'exactitude est incontestable.

DIVISION DE L'ODVRAGE.

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