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La découverte d'acides gras absolument fixes

à la température de l'eau bouillante et incapables de s'y dissoudre, leur solubilité dans l'alcool et Téther et la solubilité de la potasse et de la soude dans l'eau et l'alcool, me permirent de faire des études tout à fait nouvelles sur l'action des dissolvants. Je montrai, par exemple, comment, avec des dissolvants différents, on parvenait à réduire un sel défini à ses principes immédiats.

179. L'insolubilité dans l'eau des acides stéarique et margarique me permit de montrer comment un acide peut rougir le tournesol sans agir sur la matière rouge de ce réactif (144).

180. Je montrai, heureusement pour l'analyse organique immédiate, que l'alcool et l'éther appliqués à des matières azotées, telles que la fibrine, l'albumine, les tendons, etc. en séparaient des matières grasses préexistantes à leur contact, de sorte qu'il n'était point exact d'admettre la formation de ces matières grasses par les réactifs ainsi que l'avaient prétendu Berzelius et Gmelin.

181. Je me trouvai bien d'observer le principe prescrit par la méthode telle que je la concevais, de ne me livrer à l'analyse élémentaire des principes immédiats qu'après avoir acquis la conviction de les

avoir obtenus parfaitement purs, ou aussi voisins de l'état de pureté que faire se pouvait. J'ajouterai que si mes analyses élémentaires ont été jugées exactes, c'est grâce au soin que j'avais apporté à leur exécution. Ainsi une expérience faite à blanc me donna la mesure des erreurs que je pouvais commettre.

482. La conséquence des cimpositions définies que j'assignai à des espèces d'origine organique que les êtres vivants présentent à l'état de mélange ou de combinaison indéfinie mit en évidence que je m'étais prononcé avec raison contre l'opposition que Berzelius avait élevée en 1819 dans la 1" édition de son Essai sur la théorie des proportions chimiques , entre les composés de la natiu*e minérale qu'il disait être essentiellement définis dans la proportion de leurs éléments et les composés de la nature or« ganique qu'il prétendait ne pas l'être.

183. C'est encore conformément à l'esprit de la méthode que je ne me pressai pas d'émettre une opinion définitive sur la manière dont on peut se représenter la composition immédiate des matières grasses que j'avais examinées. Je ne le fis qu'après avoir fait l'analyse élémentaire de leurs principes immédiats obtenus dans un état parfaitement défini

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de pureté, et c'est alors que je me prononçai pour l'opinion qui aujourd'hui est, je crois, universellement adoptée.

C'est que dans les principes immédiats qui sont réductibles en acide gras et glycérine^ ces deux espèces chimiques sont unies àl'état anhydre, et que dans la cétine l'acide margarique et l'acide oléique sont unis à un carbure d'hydrogène qui par la saponification fixe de l'eau pour constituer VéthaL

Cette manière de voir établissait les plus grandes analogies entre les corps gras saponifiables et les éthers,

184. Je ne puis finir ce résumé sans faire remarquer que mon opinion sur la nature des corps gras saponifiables ainsi envisagée reposait sur Vobservation suivante.

C'est la grande probabilité que dans une matière chimique complexe qui donne sous l'influence de réactifs différents, et sous l'influence de forces physiques diverses, les mêmes espèces chimiques, ces espèces préexistent dans la matière complexe qui a été modifiée.

Le travail que je viens de résumer me conduisit à deux sujets assez généraux pour que je les traite séparément sous la dénomination de

§ 3. Méthode des lavages successifs.

§ 4. Compositions équivalentes.

§ 3. Méthode des layages successifs.

185. Existe-t-il une méthode précise de reconnaître si une matière soluble dans des liquides doit être considérée comme une espèce chimique pure?

Je réponds : Cette méthode existe, c'est celle des lavages successifs^ au moyen de laquelle, de 1815 à 1818, je suis parvenu à séparer d'une manière absolue quatre espèces de sels provenant de la neutralisation par l'eau de baryte du produit de la distillation du liquide aqueux obtenu de savon de beurre décomposé par Tacide tartrique ou phosphorique.

Ces quatre sels, dont jusque-là les acides étaient inconnus, comme les sels mêmes,étaientlebutyrate, le caproate, le caprate debaryte,et un sel double formé de butyrates de baryte et de chaux. Cette dernière base provenait de la réaction du sous-carbonate de chaux des filtres sur une portion de butyrate de baryte.

186. Supposons que pour dissoudre complètement un poids A des sels de baryte, il fallût 100 parties d'eau. On traitait A successivement par Teau, en en

employant 40 parties chaque fois, puis on faisait évaporer les 10 lavages, séparément bien entendu.

Si la matière A eût été une espèce chimique pure, on aurait eu 10 solutions qui auraient donné la même espèce de cristaux.

Mais ce ne fut pas le résultat du produit renfermant les acides volatiles du beurre neutralisé par la baryte. On obtint des lavages bien différents.

On réunit les résidus qui semblaient avoir les mêmes propriétés, et en les soumettant à la même méthode on finit par obtenir les 4 espèces de cristaux précités.

Le problème résolu par cette méthode fut compliqué du fait suivant, c'est que le caproate de baryte cristallise en lames au-dessous de 25* et en aiguilles au-dessus.

187. La moindre réflexion suffit pour montrer la généralité de cette méthode reposant sur la grande probabilité que des sels mélangés, ou plus généralement des matières mélangées d'origine quelconque, entièrement solubles dans l'eau, se déferont sous l'influence du dissolvant employé conformément à la méthode que je viens de rappeler, et si un mélange ne se défaisait pas par un liquide employé en premier, il y a bien des probabilités qu'il

RECHERCHES CHIMIQUES. Idl

se déferait avec d'autres. Ou encore si le mélange se composait de sels, on pourrait changer la base si le problème concernait la séparation d'acides, ou changer Tacide s'il s'agissait de séparer des bases unies ou mélangées.

188. La méthode des lavages successifs est parfaitement applicable à la question de savoir si un corps simple a été obtenu à l'état de pureté.

Si ce corps est susceptible de former un acide en s'unissant avec quelque matière, on unira cet acide à un alcali soluble et on soumettra le sel aux lavages successifs.

Si ce corps forme une hase, c'est celle-ci qu'on unira à un acide susceptible de former un sel soluble que l'on soumettra ensuite aux lavages successifs.

Il est évident que l'on aura d'autant plus de pro« habilité pour admettre que le corps simple a été obtenu à l'état de pureté, qu'on aura soumis ses combinaisons à un plus grand nombre d'essais.

§ 4. Compositions équivalentes.

189* Afin de mettre le lecteur à même d'apprécier l'importance que j'attribue aux compositions équivalentes^ rappelons que tout résultat d'expérience consigné dans mes Recherches sur les corps gras d'origine animale est, non la moyenne d'un nombre plus ou moins grand d'expériences analogues, mais l'expression vraie d'une expérience faite avec Tintention de la rapprocher autant que le sujet le comporte d'une expérience normale ou parfaite.

Comme on le verra dans le paragraphe suivant (§ 5 concernant Vespèce chimique) dès mes premières études, je ne dis pas de chimie, mais de minéralogie, ridée de l'espèce exactement définie me parût la base de la science; dès lors ayant admis que la propriété de l'espèce dans les corps composés dépendait de trois ordres de considérations : la nature des éléments y leur proportion et leur arrangement, je n'ai jamais perdu de vue la nécessité de réunir toutes les lumières possibles pour arriver à

la connaissance de cet arrangement, et en recon-

19i t>ftEMIER GROUPE.

naissant que ce troisième ordre de considération est le plus difficile, parce qu'il peut prêter beaucoup à rhypothèse, il me sembla que la meilleure marche à suivre dans la science était de travailler sans cesse à le présenter comme un but plus ou moins éloigné, et que dès lors les compositions équivalentes des principes immédiats organiques données avec fidélité, étaient la meilleure manière de préparer la venue d'une science plus avancée que la science actuelle.

190. Je montrai donc tous les avantages qu'il y avait à énoncer les compositions équivalentes d'une espèce chimique complexe quelconque, compositions qui, en définitive, présentent autant d'équations diverses que l'on peut concevoir d'arrangements moléculaires divers d'une composition élémentaire dont les élé* ments sont donnés en nom et en proportion*

Exemple :

Stéarine = acide stéarique + glycérines

Margarine = acide margariqae + gljrcérine > anhydre.

Oléine = acide oléiquc + glycérine )

. ( acide margariqae )

Céline = j 1 "*■ c*'**"'® d'hydrogène.

Équations que vous pouvez multiplier en exprimant chacun des composés en composés binaires de la nature inorganique.

Au point de vue critique, au point de vue du con-

trôle^ caractère de la méthode a posteriori expert-^ mentale^ les compositions équivalentes présentent un moyen aussi simple que précis de contrôler une analyse. Je cite un seul exemple.

Les éléments de l'acide stéarique anhydre et ceux de la glycérine anhydre, pris proportionnellement aux quantités d'acide stéarique et de glycérine anhydres obtenues de 10(T parties de stéarine, doivent représenter cette composition, si la stéarine est réellement formée d'acide stéarique et de glycérine anhydres.

Je n'en dirai donc pas davantage.

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§ 5. Définition de l'espèce chimique.

491. Après avoir dit que toutes nos notions de la composition chimique de V espèce composée rentrent dans des considérations de trois ordres :

La nature des éléments^

Leur proportion y

Leur arrangement;

Après avoir insisté sur l'importance de Varrangement et montré comment, sans sortir du domaine des faits, il est possible, au moyen des compositions équivalenteSf de mettre cette importance en relief et d'accélérer le moment où il serait possible de prononcer sur Tarrangement des molécules ou des atomes pour la composition d'une espèce chimique donnée, j'ai insisté sur le grand avantage de ces compositions au point de vue critique, le contrôle de l'exactitude d'une analyse élémentaiî^e.

Je vais compléter l'exposé de mes idées sur l'importance de V arrangement des éléments en les présentant, autant que possible, dans Tordre chronologique.

id2. Mon point de départ a été la distinction, au point de vue cristallographique, du spath d'Islande et de Varragonite.

Une circonstance dont je vais parler me donna l'occasion de reconnaître entre la pyrite jaune de fer (bisulfure de fer jaune) et la pt/rite blanche de fer (bisulfure de fer blanc) une différence analogue à celle qui distinguait le spath d'Islande de Vatragonite. La distinction cristallographique des deux pyrites était faite par Hauy, et l'identité de leur composition chimique (sauf l'arrangement des éléments) résultait de mes recherches.

Mais la difficulté pour que ces résultats passassent dans la science tenait à cette circonstance que Haiiy avait été conduit par l'étude des cristaux des deux pyrites à considérer le mispickel commeVidenr tique de la pyrite blanche, résultat ^ue je ne pouvais admettre poiu* deux raisons : l'identité des éléments des deux pyrites unis en môme proportion que j'avais reconnue, et la différence de composition entre la pyrite blanche et le mispickel.

En effet, l'analyse de ce minéral, que je publiai avec l'assentiment de Haiiy, lui assignait la composition définie équivalente à protosulfure de fer'\' arsenic, composition qui fut confirmée par Stromeyer

qui la présenta sous la forme de bisulfure de fer + ctrgéniure de fer (1).

193. En 1815, je disais dans un supplément aux Éléments de physiologie végétale et de botanique de Mirbel (tome !•', page 459) : « Pour étudier et décrire c( les principes immédiats, il faut en faire autant d'esa pèces que Ton en rencontre qui diffèrent les uns a des autres; et V analyse de ces principes prouve que a leurs espèces doivent être distinguées par leurs pro- « PRiÉTÉs plutôt que par leur composition^ car la gomme « arabique contient, suivant MM. Gay-Lussac et Thénard, la même proportion de carbone d'hydrogène et (i d'oxygène que le sucre de canne »

Plus tard, Gay-Lussac reconnut Tidentité de composition et de proportion entre les élémenls de Tacide acétique et du ligneux.

(1) Voir la preuve de ce que j'aYance, 30" Yoiume des Annales des Mines y p. 851, dans une note sur le fer sulfuré blanc, portant le nom de Laurent-Pierre de Jussieu^ aide-naturaliste-adjoint au Muséum d'histoire naturelle. Cette note rédigée par HaUy du moins quant au fond prouve ce que j'avance. Hatiy ne reconnut la différence du mispikel d'avec la pyrite blanche que deux ans après que je lui eusse communiqué mes analyses. J'ajouterai que je fus fort étonné lorsqu'on 1815, H. Davy étant à Paris, me félicita de ce travail dont il avait appris, en Angleterre, toutes les circonstances.

Toujours préoccupé de Timportance de Varrangement des éléments dans les combinaisons, je demandai, dans une note imprimée au Bulletin de la Société philomatigue^ si la coloration des solutions aqueuses des chlorures métalliques, quand elle était identique à la couleur des sels à base d'oxyde des mêmes métaux, n'était pas, sinon une preuve, du moins une analogie qui rendait probable la transformation de ces chlorures en chlorhydrates d'oxyde, lorsqu'ils étaient dissous par Teau; dans tous les cas, je m'élevais contre la proposition de considérer toutes les solutions de chlorures métalliques comme de purs chlorures; et pour justifier mon opinion, je disais qu'en versant du proto-chlorure d'antimoine dans l'eau, il se produisait un précipité de poudre d'Algaroth dans lequel il y avait certainement beaucoup d'oxyde, et qu'on ne pouvait se refuser à considérer ce même précipité redissous par une nouvelle addition d'eau comme une solution de chlorhydrate d'oxyde ou comme un chlorhydrate de chloroxyde d'antimoine.

Cette explication est conforme à la manière dont j'ai considéré la solution d'azotate de bismuth dans un excès d'eau, ajouté à la petite quantité de ce liquide qui avait réduit Tazotate neutre en eau '\- acide azotique et en précipité de sous-^zotate de bismuth,

solution qui pour renfermer tout Tacide et toute la base de l'azotate neutre, ne représente pourtant pas de Vazotate neutre , mais bien de Veau aiguisée d'acide azotique tenant en solution du sous-azotate de b%smuth{\ ).

494. Enfin après avoir montré que deux poids égaux d'albumine liquide, dont Tun a été coagulé par la chaleur, évaporé dans le vide sec, donne un résidu égal en poids à celui de Talbumineséchée dans le vide sans avoir été coagulée, et que cependant l'albumine coagulée estinsoluble dans l'eau, tandis que l'autre y est soluble, j'ai considéré les deux albumines comme différant par ^arrangement de leurs molécules.

J'ai montré la même différence entre le tendon sec et le tendon réduit en gélatine par l'eau bouillante.

J'avais donc signalé depuis longtemps le phénomène expérimental qu'on a appelé longtemps après mes observations isomérisme, c'est-à-dire le fait que présentent des corps qui, formés des mêmes éléments unis en mêmes proportions, diffèrent plus ou moins les uns des autres par leurs propriétés.

(l) Dictionnaire des sciences naturelles, tome 5, page 110 du Supplément (1816).

§ 6. DéfiDition des forces qui interviennent dans les actions

chimi<iaes.

195. La chimie est la science la plus complexe de toutes celles qui ressortissent de la philosophie naturelle, si on en excepte les sciences relatives aux êtres vivants.

La chimie seule réduit la matière en espèces^ types définis :

/ N « , . . , . /éléments,

(rt) Par leur composition chi-\

< proportion»

mique * • *l

\ arrangements

/ix « ,. , , , , (physiques;

[o] Par l'ensemble de leurs pro- 1 , . .

,, , (chimiques.

pnétés. . • . ; , ^.

\ organoleptiquesi

La chimie étudie les ««pèce^dans des circonstances fort diverses.

Avant tout, à l'état où elles n'éprouvent aucun changement; c'est la forme, ladensité, la couleur, etc.

Lorsqu'elles changent ^état relativement à la cohésion de leurs molécules. En effet la plupart peu-

soi . PREMIER GROUPE.

vent exister sans altération, à l'état solide, à Tétat liquide, à l'état de vapeur ou de gaz.

Lorsqu'en s'unissant entre elles, elles forn^ent des espèces complexes.

Enfin, si elles sont composées, lorsqu'elles éprouvent des changements^ qu'elles se simplifient , et la simplification peut aller jusqu'à la réduction des composés en leurs éléments.

196. Faisons remarquer que depuis les modifications qu'une espèce chimique éprouve dans l'état de cohésion de ses molécules, jusqu'à Tétat extrême où l'espèce composée se réduit en ses éléments, il y a là une série de faits relatifs à des changements que ne présente pas l'étude des espèces vivantes, aussi le mot individu donné aux êtres qui représentent chacune de ces espèces, exprime bien une /condition de permanence de nature que ne présente pas l'étude des espèces chimiques, non-seulement lorsqu'elles se décomposent, mais encore lorsqu'elles se combinent avec d'autres.

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