S66 TROISIÈME GROUPE
ARTICLE PREMIER
Contrasie simultané des couleurs et de leurs tons.
274. La méthode se révèle dans le dispositif même des expériences sur le contraste simultané des couleurs.
Ainsi on prend deux feuilles de papier identiques A et A', et deux autres feuilles pareillement identiques, égales d'étendue aux premières, mais en différant par la couleur, B et B'.
On juxtapose A' et B'et on place A à quelques centimètres de A', et B à quelques centimètres de B'.
La conséquence de ce dispositif est précisément conforme à la méthode, puisqu'il permet de constater le changement produit dans A' et B' en comparant facilement A' à A et B' à B.
On détermine ainsi :
i*" La loi du contraste de ton quand A et A' sont d'un gris clair et B et B' d'un gris foncé, ou d'une même couleur à des tons différents.
2* La loi du contraste simultané des couleurs qwnd A et A' sont d'une couleur et B et B' d'une couleur différente.
Le dispositif de ces expériences ne permet pas seulement la eomparùison^ qui est un vrai contrdlei mais
il permet encore, après qu'on a reconnu par Texpérience que les modifications des couleurs A' et B' sont données par la complémentaire de B', qui s'ajoute à la couleur de A' et la complémentaire de A' qui s'ajoute à la couleur de B', d'avoir la certitude de la loi du contraste simultané des couleurs.
Seulement il ne faut jamais oublier que les effets de coloration dus aux complémentaires étant faibles, une lumière trop vive ou trop faible, selon les cas, nuit à l'observation des modifications produites par la juxtaposition.
272. D'après les difficultés qui s'opposent à ce qu'un certain nombre d'esprits distingués comprennent clairement ce que le contraste simultané renferme de neuf, je vais examiner deux catégories de faits.
Première catégorie de faits.
Par le contraste des couleurs peuvent s'embellir ou se nuire, je ne parle pas des cas où l'on jugerait qu'elles ne gagnent ni ne perdent.
En opérant, comme je l'ai dit, il est aisé de juger si la juxtaposition de deux couleurs est avantageuse ou nuisible. Ce résultat est incontestable.
Deuxième cfttégorie de faits.
Ce qui est contestable ce sont les effets de certains arrangements de couleurs.
C'est la préférence donnée, par exemple, à l'association du bleu avec le rose, eu égard à l'association du blanc avec le bleu ou avec toute autre couleur;
C'est la préférence donné à l'association du blanc avec les couleurs dites simples, relativement à l'association du blanc avec les couleurs dites binaires, etc.
Je conçois parfaitement l'application du proverbe: Il ne faut disputer ni des goûts ni des couleurs quand il s'agit des faits de cette catégorie.
273. Je reconnais donc comment on peut différer de goût, mais ce que je veux combattre comme contraire à la vérité, c'est de juger des arrangements en alléguant un prétendu principe qui n'est qu'un absolu a priori.
Tous ceux qui ont lu le Timée de Platon savent l'importance donnée par le philosophe grec au principe des Semblables, Selon lui, nulle union possible entr<> des contraires sans un ou deux termes moyens.
Le principe des semblables a été appliqué par des artistes, §ar des écrivains qui ont traité du goût
RECHERCHES PHYSIQUES —PHYSIOLOGIQUES. t69
dans les arts, de la manière la plus arbitraire et la plus inexacte, lorsqu'ils ont posé en principe qu'il ne peut exister d'harmonie de contraste, parce que toute harmonie de couleur rentrait dans les harmonies que j'ai appelées d'analogues conformément au principe des semblables.
274. Gomment ai-je établi des harmonies d^analogués et des harmonies de contraste? C'est en recueillant ce que les hommes de tous les temps, de tous les pays ont admiré dans la nature vivante, les fleurs, les oiseaux, les coquilles et les insectes ; c'est en étudiant les œuvres des décorateurs, des artistes, etc., présentant des harmonies qui plaisent à tous.
Cette étude expérimentale montre que de tout temps l'association du rouge ou du rose avec le vert a paru belle. Léonard de Vinci a vanté l'association du jaune et du violet^ et Newton celle du bleu et de r orangé. Voilà donc la justification des harmonies de contraste, puisque celles dont je viens de parler se composaient de couleurs complémentaires présentant les associations les plus différentes possibles,