CHAPITRE in
CRITIQUE DE L'ENSEIGNEHENT AGRICOLE CONFORMÉMENT AUX CONCLUSIONS FORMULÉES PRÉCÉDEMMENT (55^2). '
313. L'ENSEIGNEMENT AGRICOLE Comprend deux parties : l'agriculture pratique^ Vart; et V agronomie^ la science»
L'art peut être enseigné de diverses manières, et sans donner lieu à aucune restriction en admettant que renseignement ne sorte pas de la simple pratique.
Dans l'état actuel de nos connaissances on ne peut enseigner Vagranomiey la science^ sans remarques préalables, si l'on veut éviter les mécomptes, en éta-
St6 ENSEIGNEMENT RELATIF.
blissant d'une manière précise ce que peut être en réalité, au point de vue de la science, V enseignement de l'agrùnomie.
314. Jj art agricole peut être enseigné diversement ; il me suffira de parler de trois modes différents pour qu'on prenne une idée juste de la manière dont je l'envisage.
A. Enseignement dans une ferme modèle,
315. L'enseignement de l'art agricole^ le plus simple et le moins coûteux, est donné dans une ferme-modèle. Le but qu'on se propose est d'exploiter le domaine de la manière la plus avantageuse eu égard à la localité. Non-seulement les élèves se livrent à la pratique des opérations agricoles, mais une comptabilité dont on les charge est un excellent moyen de leur donner une idée exacte des dépenses et des recettes; et ce contrôle qu'on leur apprend à pratiquer, rattache l'enseignement de la ferme-modèle à la méthode a posteriori expérimentale telle que je la déftnis (7, 11, 54, 94, 284, 333).
B. Enseignement dans une ferme expérimentale.
316. Une ferme expérimentale diffère beaucoup d'\me ferme^modèle : dans celle-ci l'élève ne voit que
la pratique jugée la meilleure par le cultivateur pour la culture du sol de. la ferme qu'il exploite, tandis que dans la ferme expérimentale Télève livré à des expériences comparatives relativement à la culture d'une même plante, ou à celle de plantes diverses, juge par lui-môme des pratiques préférables à d'autres.
L'enseignement ne coûte rien pour ainsi dire dans la ferme-modèle j tandis que dans la ferme expérimen" idle la dépense s'élève d'autant plus que les expériences comparatives sont plus multipliées.
G. Enseignement dans une ferme mixte.
317. Les deux enseignements y sont donnés simultanément, mais ils peuvent l'être en proportions diverses.
D. Enseignement donné par un instituteur,
318. On a parlé d'enseignement donné par un instituteur qui, disposant d'un petitterrain, apprendrait à ses élèves à greffer, leur donnerait des leçons de culture maraîchère, des conseils sur la conservation et le bon emploi du fumier, qui de temps à autre les conduirait dans des fermes ou dans les
champs, et agrandirait ainsi son enseignement en
St8 ENSEIGNEMENT RELATIF.
leur parlant des préparations de la terre, des ustenrsiles et des machines agricoles.
Je ne ferai qu'une réserve à ce mode d'enseignement, c'est que l'instituteur ne sortira pas de la pratique, par excès de zèle ou d'ambition, qu'il ne prétendra pas à l'enseignement de l'agronomie en recourant à la physiologie et aux sciences physicochimiques.
n est entendu que je ne parle que des instituteurs qui n'auraient pas fait d'études spéciales agronomiques, comme celles qui sont prescrites à l'instruction des élèves agronomes du Muséum d'histoire naturelle.
319. Je ferai remarquer combien je suis éloigné de toute distinction absolue, car en distinguant la ferme modèle de la ferme expérimentale comme extrêmes, j'admets la ferme mixte; mais la distinction des deux premières fermes aie grand avantage d'avoir prévenu toute discussion sur l'utilité des fermes ex^ périmentalesy car en posant en principe l'utilité de l'expérience dans l'éducation, la vraie question que l'on peut traiter, la distinction faite, est de savoir s'il y a plus d'utilité à dépenser de l'argent pour instruire davantage dans la ferme expérimentale qu'à n'en pas dépenser du tout dans une ferme modèle
pour instruire! bien moins que dans la première. La conséquence générale à laquelle j'arrive est toujours conforme à ce que j'ai dit des définitions dans la science entre une propriété générale et les objets concrets auxquels s'applique la définition (87, 88, 89, 90, 91).
320. Je restreins l'enseignement de l'agronomie à ce que le professeur peut démontrer au moyen de principes incontestables, et môme encore à ce quine pouvant l'être parfaitement, donne lieu cependant à des raisonnements fondés qui conduisent à une conclusion d'une grande probabilité; mais je rejette tout ce qui est vague et purement hypothétique.
Ij agronomie comprenant deux parties, Véconomie végétale et Véconomie animale, exige un ensemble de connaissances considérables rentrant dans l'étude des êtres vivants, à savoir la botanique, la zoologie, l'anatomie et la physiologie. Si l'agronomie n'a pas le caractère d'une science spéciale, semblable en cela à la médecine, comme celle-ci encore elle n'en est pas moins scientifique, et en définitive elle exige en outre la connaissance des corps minéraux, celle des climats et de la météorologie d'une manière toute particulière, vu la nécessité où se trouve l'agriculteur de confier ses semences à la terre et les
plantes qai en proviennent à l'atmosphère jusqu'à leur maturité.
321. C'est cette dépendance où se trouve le cultivateur du climat et des météores qui distingue surtout l'agriculture de l'industrie, puisque celle-ci, bornée à la connaissance de la matière minérale ou de la matière organique privée de la vie, élabore ses produits d'une manière continue dans des lieux fermés, et disposant à son gré des forces physiques, elle gradue l'intensité de chacune sans s'inquiéter des agents atmosphériques qui sont en dehors de ses usines/1).
Economie végétale.
322. L'agriculture diffère donc de l'industrie en ce que le cultivateur est dépendant du sol et de l'état météorologique de l'atmosphère à partir du moment où il confie ses semences à la terre jusqu'à celui de la rentrée de la récolte dans ses greniers : mais là n'est pas toute la diiiérence; l'indus-
(1) Voir les considérations de M. Gheyreul sur renseignement agricole en général^ et sur l'enseignement de l'agronomie au Muséum d'histoire naturelle imprimées en 1869 par le ministère do l'instruction publique et encore U Journal des Savants^ mars 1848.
triel n'éprouve jamais une grande difficulté à choisir la matière première qu'il se propose de modifier, tandis que le cultivateur est exposé à Terreur dans le choix des graines à semer qui sont bien sa matière première. Si Buffori a dit dans les mathématiques il n'y a que ce que nous y avons mis (289), il est bon de faire remarquer au lecteur que la graine s'est faite sans nous y et que des probabilités plus ou moins fortes plus ou moins faibles, seules nous guident pour prévoir la valeur de la plante qu'une graine pro* duira.
323. A une époque où l'on s'occupe de l'enseignement agricole, c'est une nécessité de rechercher avant tout à reconnaître les difficultés qu'il peut présenter afin d'aviser au moyen, sinon de les détruire absolument, du moins de les atténuer autant que possible; à cette condition seulement on verra ce qui reste encore à faire avant d'arriver à fonder une institution agricole qui, par les connaissances précises, positives et vraies qu'elle répandrait, serait comparable par son utilité aux facultés spéciales du ressort de l'université.
324. Cette réflexion me conduit immédiatement à insister sur les faits de corrélation qui s'ofirent à
%n raSEIGNEMENT RELATIF.
l'observateur dans tous les cas de cultures, et qui, malgré leur importance extrême, présentent tant de difficultés dans leur appréciation particulière, que jusqu'ici on a omis d'en tenir compte lorsqu'on a envisagé l'enseignement agricole au point de vue le plus général. En outre on néglige, toujours ou presque toujours, de les prendre en considération dans des sociétés et des réunions agricoles où surtout« par un motif quelconque, on distingue des personnes en praticiens et en théoriciens ^ et cependant n'en point parler, c'est renoncer à rattacher à sa véritable cause^ l'explication de l'infériorité de l'enseignement agricole tel qu'il est donné généralement, relativement à l'enseignement médical.
325. Pour peu qu'on ait suivi avec quelque atten* tion pendant plusieurs années les discussions qui s'éjèvent au sein d'une société d'agriculture, on finit par attribuer le défaut de s'entendre à ce qu'avant toute discussion, on a négligé de s'expliquer sur les points suivants compris implicitement dans le débat :
1^ Sur la structure physique du sol au point de vue de sa perméabilité ou de son imperméabilité à l'eau;
â* Sur la nature chimique du sol, en tenant
àCRIGULTURE. 8»
compte de la nature spéciale des parties de ténuité diverse;
A rechercher, autant que possible, si ce sol renferme les principes matériels nécessaires à la végétation des plantes qu'on veut y cultiver,
Et en supposant qu'il les renferme, voir s'ils y sont dans des états physique et «himique susceptibles de donner à la plante tout ce qu'elle doit prendre à ce sol durant sa culture ;
3*" Sur les eaux souterraines susceptibles de contribuer à la végétation, parce qu'elles arrivent par imbibition à la couche arable.
4** C'est après cet examen physique et chimique du sol que l'on statue :
a) Sur la question de Vamendement^ à savoir si le sol en exige un, et, en ce cas, ce qu'il doit être;
b) Sur la question de V engrais.
Je le qualifie de complémentaire; par la raison que si le sol en a besoin pour la culture d'une plante donnée, il appartient à l'agronome de voir celui qu'il convient d'ajouter en ayant égard à la nature et à la rapidité avec laquelle il est susceptible de céder sa matière utile au développement naturel de la plante.
5** Sur l'action du sol relativement à l'engrais, car mes expériences ont appris que des sois divers peus
33i ENSEIGNEMENT RELATIF.
vent avoir des actions fort difiFérentes sur un même engrais.
6» Sur l'influence de l'altitude du lieu, du climat, de rétat météorologique, de la pluie et des vents.
326. Pour peu qu'on ait réfléchi aux conditions nécessaires à la végétation d'une plante envisagée au point de vue agronomique, on reconnaît qu'il n'est pas un seul des éléments que je viens d'énumérer qui ne soit capable d'agir dans le développement de cette plante; là existe donc une corrélation de faits nécessaires à prendre en considération, si l'on veut envisager d'une manière scientifique y c'est-à-dire d'une manière à la fois précise et positive, la culture des plantes entreprise avec Vintention d'en tirer le meilleur parti possible.
327. J'attache une si grande importance aux idées que je viens de développer que je vais donner des exemples propres à montrer clairement la nécessité de prendre en considération la corrélation des faits concernant la végétation, en prévenant que ma prétention n*est pas de croire que je les ai tous énumérés.
a) Je suppose dans un climat donné des graines d'un bon choix, se plaisant dans un sol moyen.
entre le perméable et Timperméable et une atmosphère moyenne eu égard à la pluie et à la sécheresse.
Dans ces conditions les graines germent bien et la récolte est très-bonne.
Maintenant voyons les circonstances où la récolte sera moins bonne.
à) La saison est pluvieuse, les plantes souffrent.
c) La saison est sèche, elles souffrent encore.
d) Que la même graine soit semée dans un terrain léger ou imperméable ou peu perméable et que
! l'atmosphère soit moyenne, la récolte sera moindre i qu'en a).
e) Dans le terrain perméable, si l'atmosphère est f! pluvieuse, la récolte pourra être bonne; mais qu'elle
soit sèche, elle sera mauvaise.
f) Dans le terrain impermé'able, si l'atmosphère est pluvieuse, la récolte sera mauvaise; si elle est
!t! sèche elle pourra être bonne.
st^ 328. Ces exemples suffisent pour montrer claire-
itf ment les faits corrélatifs entre les terrains perméa-
^ blés, imperméables et moyens, et les temps pluvieux,
o"^ moyens et secs; et comment en négligeant la corré-
lation des faiis^ il est facile en agriculture de tirer
'^- des conséquences erronées d'un seul fait considéré
f d'une manière absolue.
C'est pour ne pas compliquer ma thèse que je passe sous silence les conclusions des faits chimiques, me bornante celle des faits physiques.
329. Dans le peu que je viens de dire (325, 326, 327 et 328), on verra sans doute assez d'idées précises et positives, clairement exprimées, pour qu'en se reportant aux traités généraux d'agriculture concernant l'enseignement, et aux discussions élevées dans les réunions agricoles, on acquière la certitude que presque toujours ces idées ne sont pas prises en considération, et parce qu'à mon sens elles sont fondamentales, en n'en tenant pas compte, on s'explique la cause de l'infériorité de l'enseignement agricole relativement à l'enseignement médical que j'ai signalée (323, 324).
En effet, que l'on veuille bien suivre les études de rélève en médecine dans la série des cours divers auxquels il est astreint pour passer ses examens, et si ces sciences laissent à désirer dans leur état actuel, on verra que toutes les parties dont chacune se compose sont étudiées et qu'il existe une série de propositions qui peuvent toujours être présentes à l'esprit de l'élève en même temps que le concret auquel elles se rapportent. L'élève agronome, livré à l'étude de l'histoire du développement des plantes.
ne trouTe rien de précis à cet égard dans l'enseignement oral ou écrit, et s'il voulait la suivre luimême dans la nature il en verrait bientôt l'impossibilité à cause des circonstances mêmes oti se trouve la plante qu'il veut connaître.
Effectivement, cette plante, dont la graine a été confiée au sol, se développe progressivement, dans le lieu même oîi la main de l'homme l'a placée, et jusqu'à sa maturité elle subit les influences diverses du sol, de l'eau, de l'atmosphère et du soleil, bien différente en cela encore de la matière brute ou ïnorte, élaborée dans les usines de l'industriel sous l'influence des forces physiques dont il dirige l'action à volonté (321).
330. L'économie végétale est donc la partie faible de l'agronomie.
a) J'ai fait connaître en quoi elle diffère de l'industrie, et la raison de la différence (321, 322).
Jj'agriculieursigiisuv une graine dont il ne connaît qu'imparfaitement la qualité; abandonnée dans un sol qu'il ne connaît pas bien, elle se développe sous des influences atmosphériques étrangères à sa puissance.
"Uindusiriel agit sur une matière dont il connaît parfaitement les propriétés et il est sûr de les modi-
fier parce que , maître des agents physiques, il en régit la puissance comme il le veut.
6) J*ai montré la raison pour laquelle Véconomie végétale est restée bien au-dessous du degré scientifique auquel s'est élevée la science médicale (323... 329).
L'agriculteur n*a encore que des idées fort peu arrêtées sur l'assimilation à la plante des matières qui y pénétrent à l'état d'eau, d'acide carbonique, d'ammoniaque, d'oxacide d'azote, de matière saline, de matière organique issue des engrais ; il n'a rien formulé encore sur la corrélation des agents qui concourent à la végétation, et l'étude de cet ensemble d'actions dure des mois entiers sous des influences qu'il est loin de connaître dans leurs détails.
Le médecin sans doute est loin de connaître tous les principes actifs de l'économie animale dans leurs actions particulières et dans leur action générale; mais ces principes agissent dans des corps vivants, libres du sol ; sans doute ils dépendent de l'air pour la respiration et même de la lumière du soleil, mais ils se prêtent bien mieux à l'étude du médecin que les plantes à celle de l'agriculteur. Ils répondent au médecin par le langage de la douleur et par la parole, tandis que la plante est muette à tous égards.
Dans un tel état de choses, doit-on s'étonner que la pratique ait tant d'autorité en agriculture? Doiton s'étonner, lorsque la science agronomique est si bornée encore de la réserve des réponses d'un agronome vraiment savant à des questions qui lui sont adressées sur des cultures pratiquées dans un pays qu'il ne connaît pas et sans qu'on lui donne les éléments énoncés plus haut (325)? Et la réserve de l'agronome est justifiée parce qu'il sait que dans toute localité où une culture réputée avantageuse existe depuis longtemps, résultat d'un grand nombre d'essais dont le souvenir s'est effacé, elle a sa raison d'être. Il a donc plus de motifs de chercher à s'en rendre compte que de proposer de les modifier. Gonséquemment, avant de répondre, il doit s'enquérir si les questions qu'on lui adresse portent sur des cultures nouvelles ou sur des cultures pratiquées depuis longtemps.
Économie animale»
331. L'économie animale, au point de vue qui intéresse l'agronomie, se présente sous cinq rapports fort distincts :
Le premier rapport a trait à la production même de l'animal le plus propre à l'usage auquel l'agriculteur le destine; le produit dépend du choix des pro-
ducteurs, mâle et femelle, choix que Ton appelle aujourd'hui sélection, et qui appartient au domaine de l'expérience.
Le deuxième rapport a trait h V élevage de tous les animaux domestiques de la ferme, y compris Tengraissement pour ceux qui doivent aller à la boucherie ou servir d'aliment.
Le troisième rapport a trait aux maladies des animaux de la ferme ; il es! du ressort de la vétérinaire.
Le quatrième rapport a pour objet de prévenir les maladies par des mesures émanées de l'hygiène.
Enfin le cinquième rapport a trait à la connaissance des animaux, utiles et nuisibles aux plantes cultivées, ainsi qu'aux animaux de la ferme. La connaissance des végétaux parasites capables de nuire à ces plantes aussi bien qu'à ces animaux est pareillement de son ressort.
Évidemment c'est en consultant le naturaliste que l'agriculteur peut acquérir des connaissances aussi importantes que précises relatives aux cinq rapports que je viens de définir.
332. Les connaissances relatives à Véconomie animale en agronomie qui rentrent dans les cinq rap-
ports précédents, présentent, en généralité, en
nombre et en précision, un caractère scientifique que ne présentent pas encore aujourd'hui les connaissances agronomiques du ressort deVéconomie végétale. Si rétude de la médecine de l'homme a jeté de vives lumières sur la médecine des animaux, la vétérinaire est loin d'avoir reçu sans rien donner. Car l'étude véritablement philosophique, la médecine comparée, est aussi avantageuse à Tune qu'à l'autre, non pour assimiler l'homme aux animaux par la simititude des symptômes des organes malades, mais pour observer au contraire l'influence du moral de l'homme sur le physique et constater alors ce qu'il y a de semblable et de différent entre la brute et lui ; car chez l'animal malade, il y a douleur et instinct de la conservation sans doute, mais que de phénomènes moraux peuvent apparaître chez l'homme malade qui n'apparaissent pas chez l'animal! que de différences mêmes présentent les hommes d'après leur caractère et leurs opinions religieuses ! Évidemment la différence n'est-elle pas extrême au lit de la mort entre l'homme qui croit à l'anéantissement de son être, et l'homme convaincu qu'une partie spirituelle de lui-même survivant à sa dépouille mortelle a la pensée consolatrice de retrouver dans un monde meilleur les êtres chéris qu'il a perdus?
333. L'intime liaison des faits compris dans ce petit ouvrage sur la méthode a posteriori expérimefi' taie donne à des généralités l'expression de principes propres à montrer clairement les vrais éléments des connaissances humaines en les déduisant de la méthode la plus sévère puisqu'elle est caractérisée par le contrôle expérimental.
Pourquoi cette expression de contrôle expérimental y qui semble borner la méthode aux seuls faits du ressort des sciences expérimentales proprement dites?
C'est que la méthode a posteriori expérimentale
S5i CONCLUSION FINALE.
est fille de la chimie, science expérimentale par excellence.
Mais afin de prévenir toute équivoque, il faut remarquer qu'il ne suffit pas de faire des expériences de chimie pour être en droit d'assurer que Ton pratique la méthode a posteriori expérimentale^ il faut nécessairement remplir la condition :
Que des inductions théoriques suggérées par des expériences faites en premier lieu, ont été soumises à un système d expériences subséquentes et instituées avec Hntentioii de démontrer [exactitude de ces inductions.
Voilà le sens véritable de l'expression de contrôle expérimental.
D'où la conséquence
Que si ce contrôle expérimental des inductions a été omis dans des recherches expérimentales, même chimiques^ la méthode a posteriori expérimentale n'a pas été appliquée.
Cette définition une fois acceptée, s'étend à toutes les sciences dont l'objet est de recueillir des faits appartenant au monde concret^ avec la remarque que si le contrôle ne rentre pas dans le domaine de l'expérience proprement dite, on recourra à des faits
de nature à contrôler les inductions que Ton aura déduites des faits examinés en premier lieu.
Enfin, pour citer un ca^ extrême d'une méthode absolument correspondante à celle que je viens de définir, je rappellerai celle que prescrit Tarithmétique pour faire la preuve d'une addition, d'une soustraction, d'une multiplication et d'une division.
C'est en se plaçant à ce point de vue que l'on comprend l'esprit de la méthode a posteriori expertmentale en même temps qu'on en aperçoit clairement la généralité.
La méthode, en coordonnant les faits tels que je les ai définis (12, d3), arrive à donner des principes qui en retraçant la marche de l'esprit curieux de connaître les rapports établis entre toutes choses, mettent un terme à des distinctions oiseuses et à des classifications dont le vice réside dans une définition absolue presque toujours en désaccord avec les êtres concrets auxquels on a prétendu l'appliquer; classifications dont on a tant abusé et dont on abuse encore.
334. Quand on demande pourquoi l'enseignement de l'école n'a pas donné ce qu'on en attendait lorsqu'il s'agit d'éclairer la pratique de la vie dans une position quelconque, les considérations précédentes répondent :
L'enseignement des mathématiques pures, absolument abstrait, ne donne lieu à aucune question de ce genre; essentiellement vrai, si Tapplication trompe, la faute en est à la personne, et non à renseignement.