A LA DISTRIBUTION DES PRIX DU VAL-DE-G RACE
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Messieurs,
Ce iv’est pas sans émotion que je me trouve appelé pour la première fois à prendre la parole dans cette solennité, au milieu de cette enceinte que j’ai abordée naguère avec inquiétude, dans la lice du concours, d’ou je suis sorti enfin heureux et honoré de vos suffrages. La mission qui m’est confiée aujourd’hui est une faveur pour moi , puisqu’elle me place en présence de vous tous, maîtres, collègues ou élèves, et me confère l’honneur d’occuper, pendant quelques instants, votre bienveillante attention.
Je vous parlerai, Messieurs, de la chirurgie sous le point de vue général de la Méthode analytique et de son application spéciale à la pathologie ainsi qu’à la thérapeutique chirurgicales.
Si l’origine de l’art en démontre l’unité dans les temps anciens, aussi bien que la restauration des sciences médicales dans les temps modernes prouve que l’alliance de la médecine et de la chirurgie est désormais inséparable, si l’une s’appuie sur l’autre, si elles s’aident mutuellement, si enfin elles tendent toutes deux à progresser ensemble, elles ne peuvent cependant marcher dans la même voie, sans être embarrassées de leur trop lourd bagage. Il y a utilité d’une séparation de biens entre elles, tout à fait à l’amiable et avec libre arbitre. De là le partage entre la médecine et la chirurgie.
C’est donc, Messieurs, l’étendue infinie des^connaissances médicales qui en justihe la divisibilité; et comme les forces de l’esprit humain ne sauraient atteindre les limites de l’art , comme aussi l’aptitude propre à chacun l’entraine de préférence, soit vers la médecine, soit vers la chirurgie, il a fallu encore les deux grandes divisions de la pathologie générale en pathologie interne et pathologie externe.
Il s’agit pour nous de la pathologie externe , cette grande branche de la chirurgie qui se subdivise encore en clinique chirurgicale et en médecine opératoire. Disons d’abord qu’il convient de substituer la dénomination de pathologie chirurgicale à celle de
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pathologie externe, puisqu’il suffit de savoir que des affections internes, telles que les calculs vésicaux, cer tains épanchements dans 'Hle crâne, dans la poitrine,
etc., sont du domaine de la chirurgie, de même que des maladies éruptives, comme la variole , la scarlatine, dépendent de la médecine et ainsi de la pathologie interne ou médicale. La place qu’occupe la pathologie chirurgicale dans l’art de guérir, et l’importance de son étude ou de son enseignement, exigent des notions préliminaires sur les sciences naturelles, et sur les sciences médicales, l’anatomie surtout et la physiologie, la pathologie et la thérapeutique générale, la pathologie médicale, la clinique chirurgicale enfin et la médecine opératoire.
Or, en pathologie, il existe une infinité de parties distinctes qui ne sauraient être appréciées à leur valeur et resteraient confuses ou ignorées, si elles n’étaient classées avec ordre, avec méthode. Et en effet. Messieurs, sans la méthode, il n’y a point de maîtres, point d’élèves, point d’enseignement, point d’études possibles ; par la méthode, au contraire, les faits se présentent nettement, les idées se lient et se transmettent sans efforts ; la méthode conduit ainsi à l’esprit d’observation et développe les facultés acquises ; la méthode enfin est le sauf-conduit du travail difficile, comme le guide éclairé du travail intelligent.
Je ne veux pas en venir. Messieurs, à discuter la valeur des diverses classifications des maladies chirurgicales $ ce serait plutôt la matière d’une première leçon que le sujet d’un discours ; et d’ailleurs, j’ai commencé par là le cours dont je suis chargé dans
notre école du Val-de-Grâce. Je ne veux pas non plus aborder la question si élevée de la philosophie et de l’histoire de la chirurgie, il y aurait trop de difficultés dans une semblable entreprise. Mais j’ai en vue simplement de vous parler de la pathologie chirurgicale d’après la méthode analytique, et en examinant tous les éléments qui constituent la nature , les causes , les signes , la terminaison et le traitement des maladies chirurgicales. Cette étude me sera plus facile, puisqu’elle ressort de l’enseignement des pathologistes qui en ont tracé les règles, ou formulé les applications (i).
Et d’abord, Messieurs, se présente la nomenclature des maladies chirurgicales sous toutes les formes, et avec tous les noms, d après le siège, les causes ou les signes-, d’après un lieu d’origine, un nom de peuple ou un nom de pays, comme le mal napolitain, le mal des Barbades ; ou encore d’après un nom d’homme, comme le mal vertébral de Pott; d’autres fois certaines ressemblances ont déterminé les désignations de cancer, polypes 5 soit aussi la forme, la couleur, soit enfin, avec plus de raison, la nature même des lésions a servi à les appeler fractures, luxations, etc. Ces dé-
(1) Je dois l’hommage reconnaissant de ce travail à une thèse de mon excellent maître et ami, le professeur Jules Clnquet.
nominations si diverses nous démontrent combien elles sont souvent défectueuses, insuffisantes ou arbitraires ; mais force est de les connaître et de les admettre, parce quelles sont consacrées par le langage. Le néologisme ne les changera pas, ou du moins ne les fera pas oublier, malgré ses louables efforts et ses avantages, devant figurer pour mémoire et comme synonimie de certaines affections, telles que les maladies des articulations nommées aussi arthrites chroniques, tumeurs blanches, artropalhies, etc.
L’étymologie, du reste, n’est pas toujours juste non plus, quoique grecque ou latine, ou parce quelle est souvent barbare, et il est bon cependant de ne pas la rayer du souvenir.
Il importe, avant tout, Messieurs, dans l’appréciation d’une maladie chirurgicale, d’en indiquer et d’en préciser le siège, soit fixe, soit variable; commun à tous les tissus, à toutes les régions, une plaie, un ulcère ; ou relatif à tel tissu, à telle région, le phlegmon, les hernies; ou spécial, comme la cataracte. Inutile de dire combien la connaissance des rapports anatomiques est essentielle ici.
On assigne ensuite à la maladie ou à la lésion la classe nosologique dont elle fait partie.
Certaines affections sont endémiques, la plique en Pologne, le goitre dans quelques vallées des Pyrénées et des Alpes. D’autres sont épidémiques, l’ophthalmieen Egypte, en Belgique, etc., quelques-unes même eon