CHAPITRE I
connaissance humaine, c'est Tétude et l'analyse des faits, c'est cette investigation sage et patiente qui nous livre insensiblement le monde. Il est vrai que l'illustre philosophe s'arrêta peu à cette vue; ce ne fut alors, pour ainsi dire, qu'une lueur passagère au sein des ténèbres ; s'il s'y fût attaché, il eût ajouté à sa gloire celle de Bacon (I), et peut-être le mouvement scientifique du seizième siècle eût-il été avancé de trois mille ans. Mais la méthode lui manquait , il ne la créa point; elle est une découverte moderne dans l'ordre physique, une découverte dont l'application reste à faire dans l'ordre moral, bien que le célèbre chancelier ait établi que ce n'est pas seulement aux sciences naturelles, mais aussi aux sciences logiques, éthiques et politiques * que la nouvelle méthode doit s'appliquer. Mais, préoccupé surtout de la recherche des phénomènes naturels, il ne s'est nullement inquiété de réaliser cette difficile application.
Après lui, comme il vient d'être dit, se manifestera de temps à autre la pensée de créer dans l'ordre moral la grande école de l'expérience; mais cette pensée, si elle donne Ueu à des travaux partiels remarquables, parfois même à des œuvres de génie sur lesquelles nous aurons à revenir, n'exercera toutefois
(1) Voir les notes à la fin du volume.