‹ De la méthode d'observation: dans son application aux sciences morales et politiquesChapitre 139 sur 181 · ÉtadeB historiques et biographiques, 2 vul. iQ-H · texte numérisé non relu

ÉtadeB historiques et biographiques, 2 vul. iQ-H

de près et cessera d'être mis en avant. Tout cet étalage d'abstractions politiques sera remplacé par la nature des choses qui veut que le pouvoir qui régit la société en découle, qu'il soit formé dans son sein et avoué par elle. La souveraineté ainsi entejadue n'a rien d'absolu. Elle n'est plus cette souveraineté du nombre si absurdement nommée souveraineté du peuple, dit M. Guizot*, elle devient temporaire; elle se déplace et se localise. Elle est tour à tour dans une assemblée constituante vis-à-vis de la nation, et dans le prince vis-à-vis de l'étranger. Un débat qui semblait ne pouvoir prendre fin sur le terrain où Ton s'était placé aura un terme.

VI. — Mais nous n'en sommes pas là, tant s'en faut, et l'on voit en quelle interminable lutte nous entrons ici. Dans sa rigueur, la théorie du droit divin ne saurait comporter aucune atteinte violente à l'égard des pouvoir existdLntSypuisçu'ils viennent de Dieu; mais à l'aide de distinctions habiles, l'école théologique est arrivée à la justification des actes les plus contraires à son principe, car c'est elle qui au moyen âge a renouvelé cette doctrine de Fantiquité qu'il est permis de tuer les tyrans^ doctrine précieusement

\. Mémoires j t. I.

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recueillie par certaine école politique de notre temps; car il était impossible que les deux fanatismes ne se rencontrassent pas sur le terrain du régicide. De son côté, cela est évident, la théorie de la souveraineté du peuple, devait mener au fameux droit dinsurrec-tion érigé même en devoir dans le cours de notre révolution. Il en est une déduction logique irrésistible; toutefois, nombre de ses adhérents reculent à le poser nettement, car c'est là au fond, on le sent bien, une négation absolue de la société poUtique. L'embarras est grand, d'autant . plus qu'admettant d'un côté le droit d insurrection, on ne peut pourr tant pas de l'autre ne pas armer, dans l'intérêt de l'ordre, le pouvoir du droit d empêcher l'insurrection.

VII. — Comment ne pas voir qu'il sera impossible en ceci d'aboutir à un résultat de nature à rallier les esprits, tant qu'on n'aura pas renoncé à chercher un droit absolu dans ces grands conflits qui naissent de circonstances très-diverses entre la société et le pouvoir qui la gouverne? Les révolutions sont fondées sur des griefs réels ou bien se font par de futiles motifs. Les peuples ont parfois à s'en féliciter, plus souvent à les maudire ; il est évident qu'il y a des révolutions bien faites, commencées à propos, conduites

avec prudence, conformes dans leur but à la loi du progrès social; des révolutions qui ne devancent pas les mœurs publiques, l'état de l'opinion, mais les saisissent dans leur point vrai. Au contraire il en est d'autres, et les exemples ne nous manqueraient ,pas dans notre histoire contemporaine, qu'on peut véritablement dire absurdes. Voilà ce qu'il faut constater par un examen attentif pour en déduire des règles, des principes qui nous manquent tout à fait dans l'état présent de la science.

En ces conflits donc, laraison, l'équité sont tantôt du côté des citoyens qui dans leur résistance contre l'illégalité se rangent sous la bannière d'un Hampden, tantôt du côté du gouvernement, luttant contre l'aveugle esprit de faction qui, à la voix d'un Marat, entraine les masses, lutte lamentable où parfois se perdent rÉtat et la liberté. Le malheur, c'est qu'il n'y a ici aucune juridiction supérieure où le différend puisse être apporté. Un recours légal est ouvert aux citoyens pour les questions d'intérêt privé ; il n'y en a point pour les questions d'ordre public, h^ contentieux administratif existe, mais le contentieux politique n'existe pas. Peut-être est-ce un perfectionnement réservé à l'avenir. En attendant, la force décide.

Laissons là enfin le droit absolu. Il n'y a pas le droit d'opprimer d'un côté non plus que le droit de

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