CHAPITRE XXVI
pour la société. Essayons de faire sortir de l'examen attentif des faits, sur quelques points importants, de fécondes inductions sur lesquelles s'édifieront avec le temps des principes irréfragables.
Quiconque observe dans tous les temps et dans tous les pays la société politique, est amené à reconnaître qu'elle est en définitive un état de compétition que d'habiles institutions et la prudence des gouvernants peuvent seules empêcher de dégénérer en lutte ouverte. Cette compétition est dans la nature des choses, elle naît d'abord, comme nous l'avons fait remarquer plus haut, de cette sorte de disposition contradictoire dans laquelle se trouvent placés ceux qui la forment, entre la raison qui commande de subh* la règle et la propension à s'en affranchir. Puis viennent ces inévitables distinctions sociales dont l'organisation gouvernementale est bien forcée de tenir compte et qui consacrent entre les individus un partage fort inégal des avantages de l'association. Enfin les passions, l'ambition et la cupidité avec leurs fatales influences sur bien des âmes deviennent une somxe de dissentiments qui ne sera jamais tarie.
Là est l'origine de ces classifications que présente partout le corps politique. Il s'y forme des rangs supérieurs où viennent se grouper sous le nom d'aristocratie ou d'oligarchie les familles qui forment la tète
Î72 DE LA MÉTHODE d'OBSERYATION.
que) : « Il est de la nature de la république qu'elle n'ait qu'un petit territoire; sans cela elle ne peut guère subsister *.» L'histoire, en effet, justifie cette assertion. Quand la république a été appliquée sur une grande échelle, c'est qu'elle a reposé sur l'aristocratie ; l'aristocratie est, en effet, la base véritable de l'institution républicaine. Sur ce fondement, des républiques ont vécu grandes et prospères, telles Rome et Venise. La liberté dont les citoyens y jouissent est plus ou moins grande, autre question; mais elles traversent les siècles. Selon Denys d'Halicarnasse, quand le roi de Rome Servius TuUius eut fait sa fameuse division du peuple en tribus et en centuries, il considéra son ouvrage, et, dit-on, fut sur le point de se démettre de la royauté dès lors devenue inutile. Il regardait la république aristocratique comme fondée en fait. Elle ne tarda pas à l'être définitivement par l'expulsion des rois. Alors s'établit entre les deux éléments de la société romaine, le patriciat et le peuple, cette lutte qui remplit son histoire. Quand l'aristocratie eut été
définitivement vaincue, la république succomba et fit place à l'organisation impériale qui n'avait de commun
avec la précédente que de vaines dénominations. XII. — Telle est donc l'erreur presque générale