‹ De la méthode d'observation: dans son application aux sciences morales et politiquesChapitre 146 sur 181 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

dans laquelle tombent les personnes qui croient que le progrès de la démocratie, que sa victoire définitive doit avoir pour conséquence le triomphe des théories républicaines. Ce n'est point là en réalité la tendance vers laquelle marche alors la société; mais plutôt elle incline vers le pouvoir monarchique plus ou moins pondéré. La raison en est fort simple. La société, dans ses inégalités conditionnelles, est bien vite alarmée par le progrès démocratique. De sa nature, en effet, la démocratie ne s'arrête guère, il faut qu'on l'arrête ; comme elle est une force qui procède du bas en haut, il ne se peut qu'elle ne soit pas subversive ; si on la laissait libre dans son action, elle irait infailliblement jusqu'à l'anarchie, mortelle à la société (LUI). En de telles circonstances, un pouvoir qui concentre en soi une grande force de compression devient indispensable. r4'est ce qui explique la facilité avec laquelle se fonde toujours le despotisme à la suite des troubles qui ont profondément, au nom des intérêts populaires, agité un pays. Ils ont commencé par la liberté et finissent d'ordinaire par l'oppression.

'« Quand, après de longues commotions et d'interminables dissensions civiles, la société haletante, éperdu î, cherche, pour en finir, un refuge dans le pouvoir ab >olu, comme le firent les républiques italiennes du

moyen âge, alors d'ordinaire les amis de la liberté taxent de bassesse et de lâcheté cette désertion des principes, cet abandon de toutes généreuses tendances ; mais ce sont eux la plupart du temps qu'ils devraient accuser; eux qui ont si souvent, par leurs inflexibles théories, poussées jusqu'à la violence, amené les situations fatales d'où la société ne sort qu'en saisissant la forte main qui se tend vers elle ; eux qui ont précipité le pays dans une série de révolutions successives, sans songer que la société se lasserait de ces changements si funestes pour elle, et que plutôt que de vivre dans un tel ordre de choses, elle préférerait retourner aux forêts qui furent son berceau !

L'expérience a souvent montré combien il est difficile d'organiser d'une manière solide la république dans un pays considérable par l'étendue et la population.

Un contemporain éminent à divers titres, M. Hippolyte Passy , dans un mémoire sur la diversité des formes de gouvernement , lu en 1 855 à l'Académie des sciences morales et politiques, belle étude où l'auteur s'est placé au point de vue de l'observation et qui ne saurait être trop méditée, montre comment, en un grand pays, les éléments naturels de décomposition du corps politique dont le gouvernement a à paralyser l'essor, nécessitent impérieusement une ac-

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