‹ De la méthode d'observation: dans son application aux sciences morales et politiquesChapitre 157 sur 181 · IV. LE LUXE · texte numérisé non relu

IV. LE LUXE

I. — Née ou tout au moins définitivement fondée au dix-huitième siècle, l'économie politique devait dès le début adopter une marche plus conforme à la véritable méthode. C'est en effet l'observation de la société qu'elle a pour base dans ses premiers travaux, notamment dans ce livre resté classique \ et qui a valu à son auteur, Adam Smith une si haute renommée. Ceux qui sont venus après l'illustre Anglais se sont attachés à suivre ses errements et sont arrivés à d'importantes solutions. Peut-on dire toutefois que la science se soit complètement soustraite à l'esprit de

1. Inquiry into the nature and causes of the Wealth of nations,

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système, qu'elle n'ait pas, elle aussi, incliné parfois vers les thèses abstraites, vers les discussions oiseuses? Non certes, et de là sans doute ces dissentiments profonds qui subsistent sur divers points entre les maîtres. Les traités d'économie politique se succèdent ; le nombre en est aujourd'hui considérable; tous sont discordants entre eux à certains égards. Il y a quarante ans, un écrivain qu'on peut consulter encore avecfruit, Ganilh, disait * en général des écrits spéciaux sur l'économie politique : « Si quelques-uns sont d'accord sur quelques points, ils sont contraires sur d'autres, et presque tous diffèrent sur le plus grand nombre, tellement qu'on ferait de vains efforts pour les concilier, les ramener à des points communs, et en déduire une doctrine générale. » Depuis cette époque, d'autres écrivains sont entrés en lice; J.-B, Say, Rossi, Mac-CuUoch, Storch,Mill, etc., ont publié leurs traitée Les choses ont-elles notablement changé ? L'accord est-il enfin rétabli? Il est facile de voir qu'il n'en est rien, et l'on sait combien ces dissidences ont été fatales en jetant dans l'esprit de nombre de personnes du discrédit sur la science elle-même, néanmoins si importante et si utile, et assurément trop peu cultivée dans notre pays.

« L'économie politique a ses doutes, ses mécomp-

i. Tks ^sternes d'économie politique, t. I, xix.

tes, ses abîmes, disait, il y a quelques années, M. Louis Reybaud *, et nous transcrivons les lignes suivantes, publiées tout récemment par le même écrivain*: « L'économie politique, chacun en convient, n'est pas* une science achevée; il lui manque un élément moral pour ennoblir sa fécondité matérielle; elle vise d'une manière trop absolue à rendre les hommes plus heureux, pas assez à les rendre meilleurs ; elle est un instrument trop exclusif de satisfaction terrestre. Après avoir indiqué par quels moyens se forment, se produisent les richesses, elle ne suit pas d'une manière assez attentive leur répartition, leur distribution; on pourrait lui demander un peu plus d'entrailles (LXIII). » L'auteur se place dans cette observation critique à un point de vue qui se rapporte plus selon nous à l'art social ou gouvernemental qu'à la science même. Tout récemment un publiciste, dont nous n'adopterions pas sans doute toutes les doctrines, mais que nous considérons comme très-compétent néanmoins, M. Darimon, écrivait à ce sujet les lignes suivantes à propos d'un document émané du ministère de l'instruction publique : « Quoi qu'en dise M. le ministre de l'instruction publique, Téconomie politique est loin d'être une science faite

i . Introduction au Journal des Économisies.

2. Études sur les Réformateurs^ etc., 7« édition, i 864, 1. 1, p. 269.

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