CHAPITRE XXIX
et il y aurait un grand péril à la considérer comnïe telle. Quelques lois ont été formulées; une riche moisson de faits et d'observations a été réunie ; mais sur bien des points encore règne une épaisse obscurité. Cela tient à deux causes qu'il est bon de signaler, parce qu'elles constituent un écueil contre lequel une foule de bons esprits sont venus se heurter. La première est une infidélité trop commune à la méthode employée. L'économie politique a fait appel à la méthode des sciences naturelles, à cette méthode d'observation que Bacon a immortalisée, et à laquelle la science doit tous ses progrès depuis trois siècles ; et cependant il n'y a pas de livres où l'on rencontre plus d'idées préconçues, plus de théories métaphysiques que dans les ouvrages des économistes : la seconde cause, qui découle de la première , est une confiance trop aveugle dans certains faits observés; par suite d'une tendance qui remonte aux créateurs de la science, on s'habitue trop facilement dans l'école à ériger en principes hors de toute discussion des observations tirées de faits accidentels et qui souvent sont en voie de se transformer ou de disparaître. Ces deux défauts ont été funestes à l'économie politique; ils ont arrêté tous ses progrès ; ils en ont fait comme une sorte de scolastique pédantesque *. »
i . La Presse, n" du 20 septembre 1864.
306 DE lA MÉTnODE d'OBSERVATION.
Voici une grave accusation. Les considérations qui vont suivre montreront qu'elle est fondée à beaucoup d'égards. On dit assez généralement que l'économie politique a pour but de montrer comment se produit et se distribue la richesse, qu'elle est la science de la richesse, et il a été impossible jusqu'ici de s'entendre tout à fait sur ce que c'est que la richesse(LXIV). Ainsi^ la science est définie, mais elle n'a pas pour tous le même objet. Certains en excluent ce que d'autres y font rentrer. A. Smith veut que la richesse réside seulement dans les objets matériels, et J.-B. Say, l'un de ses plus habiles disciples, nie que les actes purement intellectuels puissent être producteurs de richesse * ; postérieurement l'opinion contraire a été étabhe par Dunoyer dans un important ouvrage - ; l'auteur entend que la leçon donnée par un professeur soit tout aussi bien un produit que le vase sorti des mains du potier ; c'est là un produit immatériel sans doute qui ne concourt, si l'on veut, à la richesse qu'indirectement, mais qui y concourt enfin. Beaucoup d'économistes, Mac CuUoch entre autres, s'étant rangés à cette opinion, la cause des produits immatériels semblait gagnée. Mais en ces derniers temps, M. Mill, que nous avons déjà cité dans ce travail comme^phi-
i. Traité d'Économie politique, t. I.