CHAPITRE XXX
VIII. — Tel n'est pas l'avis de certains publicistes qui n'acceptent aucune transaction et veulent l'application de la donnée théorique dans toute sa rigueur (LXVIII). Néanmoins, une autorité réglementaire, une police est indispensable, et ceux-là qui poursuivent en principe à outrance toute réglementation sont bien obligés de l'admettre dans la pratique. L'action préventive est, en nombre de cas, absolument réclamée pour la sécurité même de là société, comme lorsqu'il s'agit par exemple de certaines industries nuisibles aux habitations contiguës. Voyez ce qui se passe relativement aux chemins de fer; quelques gi'ands crimes s'y sont commis, et il est tel qui est resté finalement impuni. L'attention s'est éveillée sur ce point. Il se pourrait que, par suite, fussent prises, relativement à ce mode nouveau de transport, certaines précautions spéciales propres à refréner l'audace des malfaiteurs. S'il, en résulte quelque gêne pour les particuliers, qui pourra se plaindre de mesures prises dans l'intérêt général? La réglementation hors de propos est assurément chose funeste ; mais l'observation montre aussi bien souvent que l'absence de toute réglementation ne l'est pas moins. C'est ce qu'on reconnaît en quelques pays, en Angleterre notamment, où, tandis que de ce côté du détroit se poursuit la campagne ouverte au nom de l'entier ren-
versement des gênes administratives, on introduit furtivement en certains points livrés jusqu'ici au régime de la liberté absolue des limitations et des règles reconnues nécessaires (LXIX).
Quand on pose avant tout le principe de liberté illimitée, il arrive qu'en présence des nécessités de l'ordre social, on est, à chaque pas, contraint de faire sur un objet ou sur un autre quelque concession qui le contrarie ou le renverse. Ici, ce sont des monopoles qu'il faut subir, comme la poste aux lettres, les chemins de fer, la fabrication des monnaies, l'éclairage public, sans parler de ceux qui sont institués dans un intérêt fiscal ou politique (les tabacs, les poudres, etc.) ; là c'est une prohibition à laquelle nul homme de sens ne refusera son adhésion ( la maison de jeux, la pièce de théâtre mal séante, le livre infâme, la réunion compromettante pour l'ordre public, etc.), il faudrait pour être dans le vrai faire le contraire de ce qu'on fait, à savoir, poser tout d'abord l'ordre social avec ses exigences impérieuses et s'attacher à les concilier autant que possible avec la liberté , c'est-à-dire la faire prévaloir dans toutes les circonstances où c^ serait véritablement sans utilité qu'on imposerait telle ou telle entrave aux rapports entre individus. Nous croyons qu'adopter cette marche et prendre ainsi pour base ce qui est en place de ce qui n'est