‹ De la méthode d'observation: dans son application aux sciences morales et politiquesChapitre 29 sur 181 · CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IT

les sciences physiques, tant qu'elles ont été formées d'après les procédés de la raison appliqués à quelques faits mal étudiés, sont restées dans l'enfance, et qu'elles n'ont pris leur glorieux essor que lorsqu'elles sont définitivement entrées dans la voie de l'observation ? Encore un coup, pourquoi n'en serait-il pas de même pour les sciences morales?

Mais loin de là, nous nous obstinons à suivre les vieux errements ; nous imaginons des classifications nouvelles; nous ajoutons des définitions à des définitions, mais au fond qu'y a-t-il de changé? Peu de chose, il en faut convenir. En tête de chaque ordre de connaissances, nous trouvons toujours certaines vues de l'esprit essentiellement discutables, sur lesquelles s'appuie le raisonnement. La science se fait ainsi et se refait incessamment ; celui qui en construit à sa façon l'édifice et qui dédaigne et flétrit du nom de grossier empirisme la méthode d'observation (IV), parce qu'il ne l'entend pas bien, croit toujours être parvenu à mettre ses principes hors de discussion. Écoutez-le, chacune des propositions qu'il émet est de toute évidence; le mot est toujours au bout de sa plume ; il croit être arrivé, c'est sa ferme persuasion, à la certitude; mais sa certitude est bientôt remplacée par celle d'un autre; il l'avait cherchée,. oui, mais il ne l'avait pas rencontrée, et le savant qui lui succède.

dans la même voie, ne l'a pas plus rencontrée que lui.

Elle existe, toutefois, cela est clair; elle esîste même, dirions-nous, puisqu'on la cherche; mais on là cherche mal, et une longue suite de déceptions devrait enfin faire reconnsutre qu'on n'y saurait parvenir ainsi.

Mais faut-il donc repousser absolumeni, conîme moyen d'arriver à la certitude, la conscience et la raison, ces deux puissances de l'âme qui jouent un rôle à peu près exclusif dans les traités philosophiques? Non, sans doute. D est des vérités d'évidence (et ceci est encore d'observation) que nous nous approprions par cette voie et qui prennent la valeur de ces axiomes des sciences exactes qu'on énonce simplement sans les démontrer : telles, diverses propositions morales d'autant plus respectées qu'on ne songe seulement pas qu'elles puissent être mises en question. Mais que de précautions à prendre à cet égard ! il est trop vrai que la conscience et la raison deviennent souvent des guides trompeurs quand elles s'isolent entièrement de l'expérience : celle-là s'égare et se pervertit, celle-ci se fausse par l'abus de l'argumentation. Où est la conscience chez le sauvage abruti qui mange son semblable? Que fait de sa raison le colon civilisé que domine le préjugé de couleur?

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