‹ De la méthode d'observation: dans son application aux sciences morales et politiquesChapitre 43 sur 181 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

répète depuis Bacon et Descartes, qu'il n'y a de connaissances réelles que celles qui reposent sur des faits observés, il est tout aussi certain d'autre part que pour observer utilement, notre esprit a besoin iFune

théorie quelconque Il faut que nous rattachions à

un principe les phénomènes qui se passent à la portée de nos sens^ sans quoi nous ne pourrions ni combiner, ni même retenir les observations isolées qu'ils nous suggèrent, et nous n'en retirerions aucun fruit. » Peu de mots suffiront pour montrer combien ces objections ont peu de réalité. Sans doute les facultés de l'esprit humain sont en jeu dans l'observation, et elle ne devient fructueuse que par leur concours; que nous affirmions sur un simple coup d'œil ou après mûr examen, nous faisons toujours acte d'attention et de mémoire, cela est évident, mais là n'est pas la question. Sans doute encore, un principe induit des faits observés nous sera d'une aide puissante dans de nouveaux efforts vers la vérité. Alors en effet nous géfiéralisonSj nous procédoris synthétiquement ^ mais où est la nécessité de poser le principe avant les faits ? Comment le système qui les exclut ou en tient peu compte nous servira-t-il à les constater, à les rapprocher, à les comparer? Nous le cherchons en vain.

Insistons sur cette manière incomplète et défectueuse d'entendre la méthode ; nous ouvrons le livre,

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fort intéressant du reste, d'un savant professeur de l'école de droit de Paris', et nous y Usons qu'on a cjfiffféré r utilité de la méthode d observation^ en la présentant comme l'unique moyen d'arriver à la connaissance dans l'ordre moral, et qu'on lui fait sa part véritable quand on la considère : « 1 "" comme moyen dii*€i't d'anîver à la connaissance, 2" comme une occasion indirecte d'arriver à d'autres moyens de connaissance, savoir les formes mêmes de l'intelligence, le^ vérités de raison qui une fois révélées et mises en action par robservaiion, prennent le pas sur elle et lui servent de guide et d'appui dans les expérimentaiians nouvel/es. » Mais en vérité si la méthode qui nous mène directement à la connaissance, nous fournit de plus des moyens indirects de connaître, qui sont mis en action par l'observation et deviennent la base à' expérimentations nouvelles, il est bien clair que nous procédons toujours par la voie de Vexpérience cl nous ne voyons pas l'utiUté de la distinction éta* blie par l'auteur.

Dans un avertissement qui précède le$,priwipes dh droit par M. Thiercelin^, nous lisons que tout écrivain qui ^ pour objet d'euseigner doit choisir entre la mé-

). Oudot, Science et Conscience du Devoir» t. l, p. 24. 2. Bibliothèque des Sciences morales et poiitiques, 2* édition, librAÎriô Giii!l«iimtii , 4895.

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thodé analytique et la méthode synthétique, et que c'est cette dernière qui convient exclusivement aux sciences morales ; le physicien, le chimiste, le naturaliste, adopte au contraire la méthode analytique; toutes les sciences d'observation procèdent analytiquement depuis Bacrm , parce qu'elles ont pour objet d'arriver à des lois naturelles inconnues , et y parviennent en induisant le général du particulier , par la force dune croyance à C universalité et à la permanence des lois de la nature, qu'aucun fait bien observé jusqu'ici n a jamais ni contredites ni ébranlées ; mais le moraliste ne procède pas ainsi; à la différence du savant, il saisit par intuition la loi morale toujours certaine. Il ri a pas à la découvrir^ elle brille de tout son éclat. » C'est là à nos yeux une erreur fondamentale. On n'arrive dans l'ordre moral par intuition qu'à des données qui n'ont point le caractère de la certitude, puisqu'elles donnent lieu à des débats interminables,

comme le montre cet écrit tout entier. Qu'importe, par exemple, que l'esprit saisisse spontanément le rapport de justice entre les êtres, comme le rapport de grandeur entre les corps ? Il n'en est pas moins vrai que les règles morales qui dominent les sociétés, puisent en elle-même leur certitude et sont en conséquence reconnues par l'observation des faits. Voyez ce qui se passe pôtir la pudeur. Nul doute qu'il n'y

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ail là une régie flÉLcde; mais coamienl se révèletr€Jle à rhomme? ÉvidemnieDt, par le progrès social. Ces peopbdes sauvages qm lireol absolument nues depuis des siècles, ne la connaissent pas et ne la connaitront jamais assurément par leur intuition propre. Mais chez d'autres, le sentiment s'est éveillé par une circonstance quelconque, et les a amenés à couvrir certaines parties du corps; puis l'on est arrivé ainsi par d^és à Tusage des peuples civilisés. Qu'y a-t-il en ceci d'absolu? Tout est manifestement dans les faits qui se sont développés et ont suscité une induction élevée à l'état de loi sociale; eh bien! il en est au fond de même pour tout. Sans doute, les résultats qui sortiront de l'observation, se trouveront conformes à ces rapports primitifs, essentiels, constituant la nature même des choses; mais pour les constater, vous ne procéderez pas autrement dans l'ordre moral que dans Tordre physique, et il n'y a nullement lieu à faire, comme l'entend l'auteur, un partage rigoureux de l'analyse et de la synthèse entre les deux grandes catégories dont se forme le domaine de l'esprit humain. Nous pourrions multiplier les citations de ce genre, et montrer ainsi quelle influence les habitudes dialectiques exercent sur le jugement, et combien les meilleui^s eî^prits ont do peine à s'y soustraire. Mais ceci suftU^et tout lecteur attentif restera ihqppé de cette soite

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