CHAPITRE XII. lOf
k morale est tvès^difftcile à fixer (introd. p. xxv), puis il ajoute que l'État n'est pas précisément institué pour faire régner la vertu, mais qu'iV 71e j)eui se pas-ser d'elle: que la vertu est la fia de iÉiai comme de l'indimdy. A. la bonne heure, mais qu'est-ce que la
vertu de l'Etat ? On voit tout ce qu'il y aurait à dire à ce sujet, sans être probablement plus avancé. Car « il y a en politique, dit l'auteur, certaines antinomies (le terme est de Kant), qu'il est dans la destinée de l'homme de discuter toujours sans pouvoir peut-^tre fumais leti résoudre dé finit ivenfent » (t. I, p. 1 05). Plus loin , discutant cette thèse que la morale doit s'accommoder aux circonstances, M. Janet reconnaît qu'on est là entre deux difficultés. « Si vous ramenez tout aux circonstances, vous donnez gain de cause au machiavélisme, si vous ne concédez rien au machiavélisrme , vùus faites laie politique abstraite et inap^ plicable. Les esprits droits et honnêtes peuvent s'y perdre. » Nous le reconnaissons parfaitement. Pour tout concilier, M. Janet admet qu'il y a, selon la formule vulgaire, circonstances et circonstances, et que lu morale peiU changer selon certaines circonstances , mais non selon toutes; telle est la conclusion de Fauteur. Essayons de sortir de cette impasse et d'arriver à un résultat, parla séparation de faits que distingue, en réalité, profondément leur nature propre.
Non certK» la pofibque n*esl pas fondée sur ce qu'on est ciHneini d^ppdisrlemaMarélisfne: eUe n'a pas pour bases essenlîeDes la lidence et la firaude, car la tie puUkjue aussi ïÀen que la vie pmée se règle prinûtiTHnent sur la justice. •• La politique n'est pas seulement une sdoiee d^obsenratioa, mais encore une écofe de Justice, t» dit avec raison un écrivain distingué *. Mais il y a ici une importante distinction à Eure; les principes de moralité qui résultent de Tobservation dés faits polit igyes pour la conduite des États ne sont pas les mêmes que ceux qui résultent de l'observation des faits sociaux pour la conduite des individus. La réflexion (ait facilement comprendre qu'il doit en effet en être ainsi. La volonté individuelle a d'autres mobfles, et elle tend à d'autres fins que la volonté de l'être collectif qu'on appelle l'État Les rapports de citoyen à citoyen ne sauraient être les marnes que ceux du citoyen à l'État. Il appartient à l'individu d'agir conformément au libre arbitre ; mais le lîùre arbitre de VEtat, si Ton peut associer ces deux termes, est bien souvent, quelle que soit la forme du gouvernement, entravé, annulé, remplacé par une inflexible nécessité. En nombre de cas, la morale privée commandera de pardonner une offense, et la morale politique de la punir. Les Athéniens avaient
1. M. Lanfrcy, Esscd sur la Révolution française, in-S», p. 58.