CHAPITRE XII. m
dément inquiète, quand elle se sent menacée d'une subversion prochaine, alors surgit une volonté puissante et libératrice qui change en un tour de main l'organisation politique, fonde un véritable ordre légal, qu'accepte avec acclamation la nation reconnaissante, et contre lequel protestent seuls quelques esprits isolés, au nom de théories dont les masses ne s'inquiètent guère. Telle avait été au dix-septième siècle l'œuvre de Cromwell, en Angleterre. Telle fut, à la fin du dix-huitième, en France celle de Napoléon, dans cette journée du dix-huit brumaire, qui ouvrit, pour notre pays, une ère de gloire et de bonheur publics, dont la mémoire grandira toujours dans l'estime de la postérité. On entendra, à la vérité, ça et là tel de ces défenseurs obstinés des principes appeler du nom de crime cette journée célèbre. Ainsi, les membres des conseils qui aidèrent Napoléon à l'accomplir, furent aussi bien que lui de grands coupables; mais les mêmes personnes n'useront plus de ces termes accusateurs, s'il s'agit de crises toutes semblables, mais où parait intervenir la puissance populaire. Les meneurs du 1 août, par exemple, deviendront des héros de la liberté. La contradiction est-elle assez frappante? Vous flétrissez un acte qui a tout sauvé, et qui a été salué par d'universelles acclamations, et vous en honorez un autre qui a tout perdu, et qui fut accueilli, les
contemporains en font foi, par un sentiment' profond et géhérâl de consternation (XVIII ).
Disons donc que l'atteinte à un véritable ordre légal est criminelle, non celle à un état dé choses qui n'en porte point les caractères. De jour en jour, l'expérience rendra la distinction plus facile. Déjà même on peut dire que là société, dans sa masse, ne s'y trompe guère ; elle a, on Ta bien vu, un sûr instinct c^ui l'avertit à cet égard, et lui fait discerner avec certitude, parmi les machinations, les intrigues des partis qui la perdraient, lêûoup d/État décisif qui doit la sauver. Ce sentiment vrai des circonstances qui manque souvent aux plus habiles, lui fait rarement défont à cet égard.
On reconnaît ainsi comment la confusion de la politique et de la morale n'est bien souvent qu^un texte de réflexions banales et vaines. Noiis ne dirons donc pas, ne craignons pas de le répéter, que la fin justifie les moyem dans la direction politique, que le succès est tout et que la moralité n'est rien. A Dieu ne plaise! les faits bien étudiés ne mènent pas à de telles conclusions. Nous disons simplement que la politique n'est pas la morale, que le devoir moral se sépare parfois du devoir politique. On prend pour base en cette matière les règles de la morale privée, faute de ces règles de la morale politique que l'observation fera découvrir, d'où il résultera qu'il n'y aura plus deux