CHAPITRE XYIII
Telle a été en effet la prétention, assez peu justifiée de tous les systèmes. Ecoutez Gassendi, l'habile adversaire de Descartes, l'apologiste ingénieux de l'épicuréisme : De cette philosophie essentiellement corruptrice au fond découlera pour lui la plus belle morale ; il n'est pas jusqu'à Spinosa, le profond dialecticien, qui n'ait fait un véritable tour de force en déduisant des principes moraux de sa doctrine si manifestement incompatible avec le libre arbitre et dont la conclusion est qu'il n'y a réellement ni bien ni mal , tout au moins qu'on n'arrive ici qu'à une notion confuse où Ion chercherait vainement la règle précise du devoir. Jouffroy a consacré tout un livre qu'il intitule bizarrement : Cours de droit naturel *, à la morale ainsi considérée, selon les divers systèmes philosophiques. Que d'étranges conceptions s'entre-choquent dans cet exposé, et heureuse l'humanité que la morale ait des bases plus solides, que les règles qui président à la conduite naissent d'une sage expérience qui se rit de la vanité des systèmes, et les ignore même la plupart du temps!
Quoi qu'il en soit, il est résulté de ceci un dissentiment complet sur les principes. A peine, en effet, est-il une seule maxime morale qui ne soit admise par les uns et repoussée par les autres. Ainsi ceux qui
i. 2 vol. in-8o, 1834.
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entendent nous diriger dans la pratique de la tie, ne sont pas d'accord sur les règles qu'ils prétendent noos imposer. Ils varient sans cesse sur les fondements même de la science qu'ils se sont donné la mis^OH d'enseigner, de telle sorte que nous nous trouvons ainsi placés dans la situation de ce voyageur, k qui Ton montrerait plusieurs routes divergentes pour parvenir vers un point déterminé. Procédons d'autre façon. Quelque part qu'on observe l'homme, on le retrouve à Fétat de société. Cet état de société a des degrés divers et présente des conditions variées à Finfini; mais il existe. Ceci est un fait constant, et qui ne souffre point d'exception. La condition normale el . nécessaire de ITiomme, c'est Fétat social. Le plus simple examen montre qu'il ne lui est donné d'arriver au complet développement de ses instincts, de ses aptitudes, de ses facultés, que par la société ; donc la société est conforme à la loi de son existence; donc dire que Fhomme est, c'est dire que la société est aussi; un fait est la conséquence rigoureuse deFautre. Telle est l'induction importante à laquelle on est amené ici par l'observation.
IL — Il n'y a donc point à discuter ces questions tant débattues que Fhomme pouvait former ou ne point former la société, qu'il Fa créée de propos déli-