‹ De la méthode d'observation: dans son application aux sciences morales et politiquesChapitre 99 sur 181 · CHAPITRE XVIU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIU

mêfiie présente certaines vertus, par exemple, la fidélité à ses engagements, une confraternité dévouée jusqu à la mort. La société se maintient par le bien, elle se dissout par le maL Tout ceci est révélé par une constante expérience.

(( Qu^il y ait, dit excellemment à ce sujet M. GuizotS un bien et un mal moral, que Thomme soit tenu d'éviter le mal, d'accomplir le bien, voilà une croyance naturelle, primitive, universelle. L'homme est ainsi fait qu'elle se développe en lui spontanément par le seul cours de la vie, dès la première apparition des faits auxquels elle se doit appliquer, bien longtemps avant qu'il se connaisse, et puisse savoir ce qu'il croit, n On peut dire que ce sentiment du bien et du mal en l'homme, tient et se relie à l'instinct social, il en est une conséquence nécessaire.

Il est si vrai que l'état normal de la société, c'est le bien, et que les lois qu'elle institue dans son sein sont destinées à le maintenir ou à le ramener, à assurer son triomphe sur le mal, que lorsqu'elle n'y parvient pas complètement, quand c'est le mal qui l'emporte, oh ! alors, elle est invinciblement amenée à admettre un état de choses ultérieur, existant par delà la vie actuelle, et où sera inauguré le règne du bien, infructueusement poursuivi ici*bas. 11 faut qu'elle y parvienne dans ce

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monde ou dans un autre. Ces deux modes d'existence sont essentiellement liés dans l'esprit et se manifestent partout et toujours ; c'est là une croyance instinctive de l'humanité contre laquelle ne sauraient prévaloir les sophismes imaginés par les philosophes.

Eh ! mon Dieu , quand on parcourt de l'œil la terre, quand on considère toutes les misères, toutes les souffrances qui s'y succèdent avec une désolante régularité, comment ne serait-on pas contraint dépenser qu'un autre ordre de choses doit succéder à celui que nous avons sous les yeux ! Ceux qui subissent tant de maux ici-bas tendent les bras et lèvent les yeux vers le ciel. Ils réclament, ils espèrent quelque chose de mieux que la vie présente. Oui! il enfant une autre au malheur immérité, à la vertu opprimée. C'est pour la conscience une loi d'équilibre moral dans les destinées humaines qui se révèle à l'observation et qu'on essaierait en vain de renverser.

IV. — Que n'a-t-on pas dit sur l'origine du mal ? En vérité, la plus simple observation montre qu'il est le résultat rigoureux du libre arbitre de l'homme ; on a nié, il est vrai, et l'on nie encore le Hbre arbitre dans les écoles ; mais est-il une thèse qui soit plus démentie par les faits? on peut dire que l'histoire entière du genre humain témoigne de la liberté qu'a l'homme

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de choisir entre les impulsions de sa volonté. Gomment même le mal existerait-il si l'on n'était pas libre de Taccomplir ? Quant à nous, jusqu'à ce que les hommes aient solennellement déclaré qu'ils ne sont que des automates, qu'il n'y a en eux rien qui puisse dominer les instincts, les passions, nous dirons qu'ils sont moralement libres. Mais une telle déclaration est-elle supposable? Non, l'humanité ne saurait la faire sans donner un complet démenti à sa nature morale et intellectuelle. Elle a le sentiment profond que dans l'état sain de corps et d'esprit, la liberté est un fait irrécusable. Sur ce grand fait tout repose en réalité dans l'ordre social; si vous le mettez à l'écart, c'est, pourrait-on dire, l'état de civilisation qui devient à beaucoup d'égards l'état de barbarie.

On sait tout ce qui a été écrit pour concilier les deux principes de la prescience infinie de Dieu et de la souveraine liberté de l'homme. C'est un de ces thèmes d'où naissent des disputes sans terme à l'issue desquelles chacun garde son opinion, celui-ci repoussant la liberté morale et tombant dans le fatalisme et la prédestination, celui-là admettant exclusivement le libre arbitre humain et arrivant ainsi à la dénégation absolue de toute action providentielle. Il y a quelque chose de mieux à faire que de vouloir empêcher une contradiction que la raison ne saurait

éviter, c'est d'accepter à la fois, sans s^mqiâéter des discussions subtiles la liberté humsnie et la pirescienoe divine, les laissant se concilier le mieux pyQssîble, et td est le parti que prend en définitive l'humanité. Elle procède ainsi de même que relativement à l'imcompréhensible rapport de la matière avec le corps, de Tâme avec l'esprit ; elle ignore mais elle croit.

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