‹ De la méthode d'observationChapitre 100 sur 195 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

s'accomplir. Mais que nous montre l'observation? Que nous sommes là tout d'abord en présence de faits physiologiques, de faits qui appartiennent si bien à l'ordre naturel que les animaux les présentent, en quelque degré, aussi bien que l'homme ; seulement les animaux n'en ont pas conscience ; ils n'ont que l'instinct qui n'est que la volonté inconsciente ^ tandis que nous, nous sommes dotés de la raison qui est la volonté consciente. De là vient qu'il y a entre eux et nous un abime que le matérialisme ne pourra jamais combler. Or, dans l'examen de ces faits, le physiologiste fidèle à la méthode scientifique, s'arrête (XXXIII) ; il ne s'enqijiert pas de leur origine ; il ne se demande pas comment peut s'établir cette relation de l'organe cérébral avec l'acte moral qui résulte de sa mise en jeu, il se borne à la constater. Pourquoi le philosophe veut-il absolument se rendre compte d'un mystère que tout démontre être inpénétrable à la raison ? Qu'importe d'où proviennent les idées? Qu'importe que l'anatomiste ne les trouve pas sous son scalpel? Qu'importe que le métaphysicien croie y parvenir par d'ingénieuses transformations? Quelle que soit leur origine, elles sont ! elles sont dans l'esprit humain ; leur manifestation est inhérente à l'exercice de ses facultés; l'expérience démontre la certitude de cette proposition.

i60 DE LA MÉTHODE D'OBfiERVATlON.

Acceptons donc les idées comme des faits auxquels s'appliquera la méthode. Suivons-en avec patience la génération; tâchons d'en saisir Tenchainement. Voyons s'élaborer la pensée à l'aide de ces matériaux recueillis de façon tout expérimentale; quel vaste champ à l'exploration psychologique !

Ne cessons de le redire, il en est de l'âme comme de Dieu. Il faut en finir de toutes ces prétendues explications sur sa nature, sur son origine, et, le principe admis, sur le mode d'après lequel s'établit sa relation avec le corps. Il est impossible qu'on s'entende jamais à ce sujet. Voulez-vous savoir ce qu'est l'âme, vous retombez au milieu de vingt opinions qui se contT'edisent. Pour ceux-ci ce sera une substance matérielle (école ionique), mais distincte pourtant de la matière. Pour d'autres ce sera la vie même (animisme de Stahl). Où siége-t-elle? dans le système nerveux, dans une glande du cerveau, vous dira-t-on, tour à tour. S'agit-il de l'action réciproque de l'âme et du corps, ouvrez Leibnitz, vous en trouverez une explication complète dans son fameux système de Y harmonie préétablie. Mais c'est lui pourtant qui a fait avec candeur l'aveu suivant : « Après avoir établi ces choses, je croyais entrer dans le port; mais lorsque je me mis à méditer sur l'union de l'âme et du corps, je fus rejeté comme en pleine mer, je ne trouvai

Page 1