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CHAPITRE XIX

(SUITl)

Y. LA MORALE DE l'iNTÉRÉT, — TI. LA MORALE DU SACRIFICE. — TH. LE DBTOIR. — VIU. LA RBUGION NATURELLE. — IX. LA RELIGION SANCTION DE LA MORALE. — X. LE CHRIS- TIANISME.

y. — Parmi les divers systèmes exposés parles philosophes relativement à la morale, il n'en est point qui ait plus séduit les esprits, en France surtout, que celui auquel on a donné le nom de morale de l'intérêt bien entendu. Ce système est devenu, dans ces derniers temps, un point d'activé controverse. Gomme de rai« son les apôtres du sensualisme, de Y industrialisme l'ont préconisé ; les adversaires des théories *matérialistes l'ont combattu.

« L'homme réduit à la sensation, dit Damiron S

i. Essai sur VHistoire de la Philosophie en France au cHœ-neu- ^ièMsiéeU.

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n'a que la matière pour but moral. Son corps et pour son corps tout ce qui en intéresse le bien-être, les organes avec les choses qui leurs sont bonnes ou mauvaises, c'est là ce qu'il doit se proposer dans toutes ses volontés. Se conserver avant tout et puis se procurer tous les plaisirs que permet la conservation de soi-même, étudier dans ce dessein l'univers et ses lois et à l'aide de la science, travailler à son bonheur, tel est son devoir supérieur et sa grande règle de conduite. »

La morale de l'intérêt c'est donc l'égoïsm'e pur, réduit en principe et devenu la base de la vie. Or, la recherche du bonheur individuel estrcUe véritablement la condition de l'homme ici-bas? C'est ce que dément certes une étude attentive des choses humaines. L'homme, cela est évident, n'est destiné à être ni heureux ni malheureux. Que parlez-vous de bonheur, cette ombre fugitive qui s'échappe toujours sous sa main au moment où il croit la saisir ! Non l'homme n'est pas destiné à être heureux puisqu'il ne l'est jamais en réalité quelle que soit la situation où il se trouve placé. Il travaille et se repose, et ce repos passager du corps et de l'esprit après le travail paraît être pour lui ce qui approche le plus du bonheur ; mais au fond il est toujours entre le désir et la satiété. Il aspire toujours à quelque

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chose de mieux que la somme de bien-être auquel il est arrivé par de pénibles efforts , et l'ennui, l'incurable ennui le saisit au sein des prospérités qu'il avait rêvées. C'est cet état de l'âme qui se révèle constamment à l'observation et dont, les écrits de philosophie chrétienne, surtout le beau hvre de \ Imitation de Jésus^Christ, ont souvent présenté la vive et fidèle peinture.

VI. — L'homme travaille donc, et l'objet de son travail, c'est une œuvre étrange qu'on appelle la civilisation, œuvre imparfaite comme lui, où le mal se mêle au bien en des proportions diverses. Qu'il cherche dans cette élaboration sociale à laquelle il prend part, une certaine somme de bien-être personnel, cela doit être ; que fréquemment ce désir dépasse de raisonnables limites et dégénère en une disposition à sacrifier tout à soi, il faut reconnaître qu'il en est ainsi; mais quand le moraliste à l'humeur satirique et morose exagérant la remarque, voit là le seul mobile des actions humaines, il est dans le faux. L'humanité se montre à l'observateur impartial sous d'autres aspects. 11 distingue en elle ce que nous appellerons le sens vital auquel s'oppose sans cesse le sens moral; le premier répond à l'instinct de conservation et mène à l'individuahsme ; au second se luittache la

sociabilité qui se résume dans le dévouement à ses semblables. La morale d^ l'intérêt est due à une fâcheuse prédominance du sens vital; mais la société tout entière repose sur le sacrifice. La vie de la famille n'en est-elle pas une constante pratique ? Elle ne se soutient que pai'ce qu'elle est un concours de forces qui s'entr'aident avec une réciproque abnégation. Ce besoin de se dévouer, lien sympathique sur lequel se fonde la grande confraternité humaine, se décèle à chaque pas qu'on fait dans l'existence sociale. Il se manifeste à son berceau par l'hospitalité, cette vertu des âges primitifs; il se développe et grandit avec elle. Il est l'origine de ces sublimes élans qui jettent dans un hôpital la sœur de charité pour y soigner des plaies hideuses, et parmi les déserts le missionnaire désireux de faire un meilleur sort à quelque peuplade sauvage. Laissons une sèche analyse prétendre qu'après tout on satisfait son penchant dans de tels actes, qu'on est encore personnel en les accomplissant. Soit, nous voulons bien que ce soit pour son bonheur qu'un généreux citoyen se précipite au sein des flammes, afin d'arracher au risque de sa propre vie un enfant, un vieillard infirme qu'elles vont dévorer. Il est clair que cette assertion, qui n'est au tond qu'une subtilité, ne contredit en rien la thèse que nouB soutenons. « Peut-être, dit u ce sujet un

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