CHAPITRE XVIII
de choisir entre les impulsions de sa volonté. Gomment même le mal existerait-il si Ton n'était pas libre de l'accomplir? Quant à nous, jusqu'à ce que les hommes aient solennellement déclaré qu'ils ne sont que des automates, qu'il n'y a en eux rien qui puisse dominer les instincts, les passions, nous dirons qu'ils sont moralement libr^es. Mais une telle déclaration est-elle supposable? Non, l'humanité ne saurait la faire sans donner un complet démenti à sa nature morale et intellectuelle. Elle a le sentiment profond que dans l'état sain de corps et d'esprit, la liberté est un fait irrécusable. Sur ce grand fait tout repose en réalité dans l'ordre social; si vous le mettez à l'écart, c'est, pourrait-on dire, l'état de civilisation qui devient à beaucoup d'égards l'état de barbarie.
On sait tout ce qui a été écrit pour concilier les deux principes de la prescience infinie de Dieu et de la souveraine liberté de l'homme. C'est un de ces thèmes d'où naissent des disputes sans terme à l'issue desquelles chacun garde son opinion, celui-ci repoussant la liberté morale et tombant dans le fatalisme et la prédestination, celui-là admettant exclusivement le libre arbitre humain et arrivant ainsi à la dénégation absolue de toute action providentielle. Il y a quelque chose de mieux à faire que de vouloir empêcher une contradiction que la raison ne saurait
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éviter, c'est d'accepter à la fois, sans s'inquiéter des discussions subtiles la liberté humaine et la prescience divine, les laissant se concilier le mieux possible, et tel est le parti que prend en définitive l'humanité. Elle procède ainsi de même que relativement à l'incompréhensible rapport de la matière avec le corps, de Fâme avec l'esprit ; elle ignore mais die croit.