‹ De la méthode d'observationChapitre 119 sur 195 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Il ne s'agit point dans ce travail de faire de la théologie. Nous procédons relativement aux faits religieux comme nous avons procédé relativement à tous les autres. Nous les recherchons, nous les constatons ; nous en tirons, s'il y a lieu, des inductions. Ce qui frappe tout d'abord en cette matière, c'est la tradition constante, universelle, qu'il y a eu dans le passé des communications directes entre le créateur de toutes choses et sa créature privilégiée, celle qu'il a dotée d'intelligence et de raison ; que Dieu s'est primitivement révélé à l'homme. Les témoignages en sont consignés dans les annales de tous les peuples : « Le genre humain, dit l'abbé Bautain*, a cru partout et toujours que Dieu a révélé aux hommes, en divers temps et de diverses manières, par un langage extérieur, oral ou écrit, certaines vérités qui sont audessus de la raison humaine.» Dans le fait comment l'homme aurait-il pu se passer à son berceau d'une sorte d'enseignement primitif qui ne saurait avoir une origine terrestre? Sans doute nous voyons chaque jour l'esprit humain se distinguer par d'importantes découvertes; mais elles ne sont après tout que le perfectionnement de découvertes précédentes. Le progrès dans le présent, dans l'avenir, repose toujours sur un progrès dans le passé; remontant ainsi

i. Les Lois, etc., p. 126.

él>6 bÊ LA MÉTHODE D*OBSERVATION.

dans Téchelle des âges, vous arrivez à de certaines notions premières pour lesquelles il semble qu'il a indispensablement fallu un révélateur, car elles présentaient, qu'on y songe, au début de la société, des difficultés incomparablement plus grandes que toutes les acquisitions postérieures , quelque importantes qu'elles soient. C'est au reste une croyance traditionnelle chez les peuples que ces notions sont arrivées à l'humanité par un intermédiaire envoyé de Dieu. Toutes les anciennes annales font mention de ces personnages mystérieux qui ont commencé l'œuvre sociale. Ce sera un Hermès ou un Manco qui viendra d'une contrée étrangère et lointaine apporter des lumières nouvelles. La science naît-elle des ténèbres par elle-même ; la civilisation se fait-elle à l'origine par ses forces propres ? Il est permis d'en douter quand on voit de nos jours encore un si grand nombre de peuplades plongées depuis des siècles dans une barbarie héréditaire et qui attendent pour en sortir l'action extérieure, religieuse ou scientifique, d'une race plus avancée (XXXVI).

« Il y a eu, dit heureusement à ce sujet, un contemporain*, un fait primitif, extérieur et supérieur à l'homme, qui a donné l'impulsion originelle à la société et à la pensée humaine. Quel que soit le nom

i. M. de Laprade, Questions d^art et de morale, p. 97.

Page 1