‹ De la méthode d'observationChapitre 132 sur 195 · CHAPITRE XXI. Si · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI. Si

bien établi qu'elle satisfait à des nécessités existantes, la société ne s'inquiète guère du pouvoir médiat d'où elle émane. Et voilà ce qui explique ce fait si constant de lois provenant de gouvernements odieux et flétris qui sont pourtant respectées, tandis que d'autres issues de gouvernements réguliers et avoués sont bientôt comme non avenues et tombent dans l'oubli. Il y a à cet égard une sorte de souveraineté sociale qui se joue de tous ces caractères auxquels doit se reconnaître la loi suivant le légiste et qui sont ses titres réels à s'imposer aux citoyens. Notre législation révolutionnaire abonde en faits de ce genre, et chacun en pourrait citer, sans qu'il soit par conséquent nécessaire d'entrer dans plus de détails.

IV. — Mais si la société s'inquiète peu de l'origine même de la loi, si elle est toujours prête à l'accepter quelle que soit la main qui la lui donne lorsqu'elle lui convient, c'est au contraire un constant objet de préoccupation pour elle que la situation de ceux qui ont dans son sein la mission de l'appliquer. Son vœu constant, c'est qu'ils forment un corps indépendant, profondément séparé du pouvoir politique. C'est la première, la meilleure garantie qu'elle puisse exiger contre les abus inhérents à l'exercice de la puissance publique. Voilà aussi pourquoi toutes ces juridictions

improvisées, les tribunaux révolutionnaires, les cours prévôtales, les commissions temporaires, tout ce qui en fait de justice a un caractère exceptionnel sera toujours odieux. C'est qu'il y a là au fond un grand mensonge, ce que la société a le plus en aversion, puisqu'elle est fondée sur le vrai, non sur le faux, sur ce qui est, non sur ce qui n'est pas. Ces juridictions dans le fait sont des auxiliaires de la politique; la justice vient ainsi en aide à des mesures auxquelles on veut donner une auguste apparence. Rien de plus odieux dans les massacres de septembre que ce simulacre de jugement au seuil de la prison , en présence des exécuteurs armés du sanglant arrêt. L'horreur qu'ils inspirent s'en accroît encore (XLIV).

Devant ces prétendus magistrats de Fouquier- Tinville , de quoi s'agit-il en réalité ? D'ennemis politiques dont on veut se défaire, comme le disait Robespierre de l'infortuné Louis XVI, non de coupables à juger ; et quand ils envoient des prisonniers à la mort, ces juges, ces jurés ne sont en réalité que des aides du bourreau.

Et voilà encore pourquoi un corps politique, une Assemblée législative, qui, de même que le long Parlement et la Convention nationale , s'érigent en tribunaux, impriment à leur mémoire une ineffaçable flétrissure. Rien au monde ne peut en faire une

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