CHAPITRE XM
ils ont donné l'être. Mais ceci regarde, comme on voit, les espèces animales et n'a aucun rapport avec la loi dans son acception législative. Quand donc on prend le mot dans son sens propre, quand on raisonne comme s'il y avait un code de lots naturel/es, quand on en appelle à ces lois, quand on les cite comme une autorité, quand on les oppose aux lois positives, on s'égare parmi les chimères ; de telles lois naturelles sont une pure invention ; il n'y a point un tel code de la nature dicté par l'étemel pour diriger tous les hommes vers leur bien commun. S'il existait dans le fait, à quoi bon un code civil qui ne pourrait qu'en être infirmé. Ce serait eûiployer un roseau à soutenir un chêne ; ce serait allumer un flambeau pour ajouter à la lumière du soleil.
C'est justement parce que ce code n'existe pas qu'il faut en faire un. Ainsi il est certainement facile de déduire de l'existence même de la famille l'obligation morale pour les parents de nourrir les enfants tant qu'ils sont jeunes, et pour les enfants de nourrir leurs auteurs quand ils sont vieux, mais où trouver la loi naturelle écrite à cet égard ? comme il n'y en a point, les prescriptions civiles viennent en aide à la société pour les cas où par une circonstance quelconque il y aurait dérogation à l'état ordinaire et normal de la famille.
En définitive, ce qu'il y a de naturel chez Thomme, ce sont des facultés ; l'exercice de ces facultés donne lieu à des droits que la société reconnaît et confère. Ils sont d'origine sociale, comme les lois qui les formulent. Voilà ce qu'il importait de bien établir. Ainsi l'homme a la faculté de s'unir sexuellement à une femme dès la puberté ; mais il n'a en France le droit de se marier qu'à vingt et un ans, et même ce droit n'est bien complet qu'à vingt-cinq ans. Cette condition d'âge peut varier selon les législations; la faculté est la même partout.
III. — Les lois dont on appelle l'ensemble droit ou corps de droit , en prenant le mot dans une autre acception, ne sont donc pas des faits naturels, mais des faits sociaux. C'est dans ce sens que Montesquieu les définit les rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses * .
On a contesté la justesse de cette application du mot rapport^ mais qu'importent ici de subtiles distinctions? L'origine mystique ( XLIII ) de la loi est écartée par le fait, et nous sommes ainsi placés sur le terrain de l'expérience ; nous voyons sortir la loi du sein de la société pour s'approprier à ses besoins; ceci