CHAPITRE XXV
ques-uns disent parfois à la vérité la souveraineté nationale; mais qu'importe? La souveraineté suppose des individus soumis, car autrement de qui celui ou ceux qui en sont investis seraient-ils souverains? On n'entend pas apparemment que tous sont souverains de tous. Aussi est-il bien évident que pour ceux qui emploient ce terme : le peuple souverain, pour ceux du moins qui ne reculent pas devant les conséquences extrêmes d'une théorie, il signifie en réalité que c'est le tour pour les classes populaires de soumettre au lieu d'être soumises.
Un écrivain distingué, M. de Barante ' , nous dit : «La souveraineté du peuple, est un principe incontestable^ mais un principe abstrait qui n'a pas plus (T existence i^éelle^ que le contrat social, » Mais dirons-nous, qu'est-ce donc qu'un principe qui n'a pas d'existence réelle? La vérité est que ce n'est pas un principe, mais bien une de ces vues métaphysiques admises en dehors des faits existants et auxquelles il ne faut plus donner le nom de principes. Les apologistes ne s'aperçoivent pas qu'au fond il y a là simplement protestation d'une doctrine contre une autre; quand le prétendu principe de la souveraineté du pouvoir qu'on fait venir du ciel sera tombé dans l'oubli, et il est assurément sur la route, l'autre le suivra
i. Études historiques et biographiques, 2 vol. in>8*.
de près et cessera d'être mis en avant. Tout c^ étalage d'abstractions politiques sera remplacé par la nature des choses qui veut que le pouvoir qui régit la société en découle, qu'il soit formé dans son sein et avoué par elle. La souveraineté ainsi entendue n'a rien d'absolu. Elle n'est plus cette souveraineté du nombre si absurdement nommée souveraineté du peuple, dit M.Guizot^ elle devient temporaire; elle se déplace et se localise. Elle est tour à tour dans une assemblée constituante vis-à-vis de la nation, et dans le prince vis-à-vis de l'étranger. Un débat qui semblait ne pouvoir prendre fin sur le terrain où l'on s'était placé aura un terme.
VI. — Mais nous n'en sommes pas là, tant s'en faut, et l'on voit en quelle interminable lutte nous entrons ici. Dans sa rigueur, la théorie du droit divin ne saurait comporter aucune atteinte violente à l'égard des pouvoir existants, puisqu'ils viennent de Dieu; mais à l'aide de distinctions habiles, l'école théologique est arrivée à la justification des actes les plus contraires à son principe, car c'est elle qui au moyen âge a renouvelé cette doctrine de l'antiquité qu'il est permis de tuer les tyrans y doctrine précieusement
i. Mémoires f t. I.
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recueillie par certaine écde politique de notre temps; car il était impossible que les deux fanatismes ne se rencontrassent pas sur le terrain du régicide. De son côté, cela est évident, la théorie de la souveraineté du peuple, devait mener au fameux droit dinsurrectien érigé même en devoir dans le cours de notre révolution. Il en est une déduction logique irrésistible; toutefois, nombre de ses adhérents reculent à le poser nettement, car c'est là au fond, on le sent bien, une négation absolue de la société politique. L'embarras est grand, d'autant plus qu'admettant d'un côté le droit d insurrection, on ne peut pourtant pas de l'autre ne pas armer, dans l'intérêt de l'ordre, le pouvoir du droit d empêcher l'insur' rection.
VIL — Comment ne pas voir qu'il sera impossible en ceci d'aboutir à un résultat de nature à rallier les esprits, tant qu'on n'aura pas renoncé à chercher un droit absolu dans ces grands conflits qui naissent de circonstances très-diverses entre la société et le pouvoir qui la gouverne? Les révolutions sont fondées sur des griefs réels ou bien se font par de futiles motifs. Les peuples ont parfois à s'en féliciter, plus souvent à les maudire; il est évident qu'il y a des révolutions bien faites ^ commencées à propos, conduites
avec prudence, conformes dans leur but à la loi du progrès social ; des révolutions cpii ne devancent pas les mœurs publiques, l'état de l'opinion, mais les saisissent dans leur point vrai. Au contraire il en est d'autres, et les exemples ne nous manqueraient pas dans notre histoire contetmporaine, qu'on peut véritablement dire absurdes. Voilà ce qu'il faut constater par un examen attentif pour en déduire des règles, des principes qui nous manquent tout à fait dans l'état présent de la science.
En ces conflits donc, laraison, Téquité sont tantôt du côté des citoyens qui dans leur résistance contre l'illégalité se rangent sous la bannière d'un Hampden, tantôt du côté du gouvernement, luttant contre l'aveugle esprit de faction qui, à la voix d'un Marat, entraîne les masses, lutte lamentable où parfois se perdent rÉtat et la liberté. Le malheur, c'est qu'il n'y a ici aucune juridiction supérieure où le différend puisse être apporté. Un recours légal est ouvert aux citoyens pour les questions d'intérêt privé ; il n'y en a point pour les questions d'ordre public. Le contentieux ad-^ ministratif existe, mais le contentieux politique n'existe pas. Peut-être est-ce un perfectionnement réservé à l'avenir. En attendant, la force décide.
Laissons là enfin le droit absolu. Il n'y a pas le droit d'opprimer d'un côté non plus que le droit de