CHAPITRE XXTI
pour la société. Essayons de faire sortir de l'examen attentif des faits, sur quelques points importants, de fécondes inductions sur lesquelles s'édifieront avec le temps des principes irréfragables.
Quiconque observe dans tous les temps et dans tous les pays la société politique, est amené à reconnaître qu'elle est en définitive un état de compétition que d'habiles institutions et la prudence des gouvernants peuvent seules empêcher de dégénérer en lutte ouverte. Cette compétition est dans la nature des choses, elle naît d'abord, comme nous l'avons fait remai^uer plus haut, de cette sorte d^ disposition contradictoire dans laquelle se trouvent placés ceux qui la forment, entre la raison qui commande de subir la règle et la propension à s'en affranchir. Puis viennent ces inévitables distinctions sociales dont l'organisation gouvernementale est bien forcée de tenir compte et qui consacrent entre les individus un partage fort inégal des avantages de l'association. Enfin les passions, l'ambition et la cupidité avec leurs fatales influences sur bien des âmes deviennent une source de dissentiments qui ne sera jamais tarie.
Là est l'origine de ces classifications que présente partout le corps politique. Il s'y forme des rangs supérieui^ où viennent se grouper sous le nom d'aristocratie ou d'oligarchie les familles qui forment la tête
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de la civilisation; on comprendra tout le reste sous la dénomination de démocratie, et ces termes impriment un caractère décisif à la lutte. En France, cette première classe a été complètement détruite par la Révolution et a laissé aux prises les deux portions subsistantes de la nation, la bourgeoisie et le peuple, politiquement égales, mais socialement distinctes, car c'est la nature même des choses qui veut qu'il en soit ainsi. Le même mouvement tend à se propager dans toute l'Europe ; situation nouvelle dans le monde et dont ne s'inquiètent pas assez les personnes qui s'occupent de l'application des théories politiques. Que pour durer la forme du gouvernement doive s'adapter aux faits politiques si divers que présente chaque nation à l'époque où on la lui donne, c'est assurément ce qu'on ne saurait contester. Ce principe a été admis dans tous les temps ; mais dans la pratique, de nos jours, on a vu constamment l'esprit théorique faire, sans plus se soucier des faits que s'ils n'existaient pas, des constitutions de cabinet qui n'ont ainsi qu'une existence éphémère. On compterait plus de cent de ces actes depuis la fameuse coostitution de notre première Assemblée nationale. La plupart se copient sans avoir égard à l'état de choses qu'il s'agit de régler. Voyez ce qui se passe à la suite de nos troubles sanglants. La république est inaugurée.