‹ De la méthode d'observationChapitre 157 sur 195 · CHAPITRE XXVI. S7i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI. S7i

L'influence française s'étendant en Europe, aussitôt des républiques s'improvisent partout ; il y a les républiques batave, helvétique, cisalpine, romaine, parthénopéenne. Plus tard, l'Amérique espagnole s'affranchit de la mère patrie, et voici que sur-le*champ des républiques s'établissent aussi partout. Sans doute, on a sous les yeux l'exemple de la puissante union anglo-saxonne du Nord. Mais quel rapport y a-t-il entre les populations? Aucun. Rien absolument ne se ressemble dans les contrées qu'on veut assimiler sous le rapport du gouvernement. Aussi les révolutions s'y succèdent sans cesse. Il y en a toujours une qui éclate sur un point ou sur un autre et la prospérité publique est arrêtée dans son cours. Tous les maux accablent la société. Quelles institutions devraient être adoptées pour s'accommoder aux mœurs, aux idées, à l'état social de ces pays? nous n'avons pas à le dire; mais ce qui est positif, c'est que nul ne s'est jamais enquis de ces faits primordiaux à l'autorité desquels les plus belles théories sont pourtant obligées de déférer et de se soumettre.

XL — Posons en fait que toute organisation politique, pour être solide et remplir son but, a ses conditions spéciales qui l'adaptent aux faits sociaux. Ainsi Montesquieu dit de la république ( démocrati-

que) : « U est de la nature de la république qu'elle n'ait qu'un petit territoire; sans cela elle ne peut guère subsister ^» L'histoire, en effet, justifie cette assertion. Quand la république a été appliquée sur une grande échelle, c'est qu'elle a reposé sur l'aristocratie ; l'aristocratie est, en effet, la base véritable de l'institution républicaine. Sur ce fondement, des républiques ont vécu grandes et prospères, telles Rome et Venise. La liberté dont les citoyens y jouissent est plus ou moins grande, autre question; mais elles traversent les siècles. Selon Denys d'Halicarnasse, quand le roi de Rome Servius TuUius eut fait sa fameuse division du peuple en tribus et en centuries, il considéra son ouvrage, et, dit-on, fut sur le point de se démettre de la royauté dès lors devenue inutile. Il regardait la république aristocratique comme fondée en fait. Elle ne tarda pas à l'être définitivement par l'expulsion des rois. Alors s'établit entre les deux éléments de la société romaine, le patriciat et le peuple, cette lutte qui remplit son histoire. Quand l'aristocratie eut été

définitivement vaincue, la république succomba et fit place à l'organisation impériale qui n'avait de commun

avec la précédente que de vaines dénominations. XIL — Telle est donc l'erreur presque générale

i. Esprit des lois, liv. VIH.

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