CHAPITRE XXXI
progrès de la mécanique tendent à empêcher qu'il ne se divise. L'ouvrier de l'industrie ne peut y arriver, comme l'ouvrier agricole arrive à une fraction du champ sur lequel il travaille et se procure, en tout ou en partie, ce qui est nécessaire à la subsistance de sa famille. Il a un notable avantage, son toit lui appartient; de plus, le travail ne chôme jamais entièrement pour lui. L'autre, au contraire, vit de son salaire qui ne lui procure qu'indirectement sa subsistance; il loge chez autrui et subit de temps en temps ce cruel chômage que suivent de toute nécessité le dénûment et la faim ! Dans les conditions mêmes les plus favorables, il arrivera fréquemment au sein des villes que les charges de la famille ouvrière dépasseront le produit du labeur quotidien, qu'on pourra déterminer le point fixe où ce produit n'est plus pour elle l'équivalent des besoins les plus pressants. Tel est le spectacle que présentent les pays où l'industrie a pris le plus d'extension, l'Angleterre, par exemple, qu'on pourra considérer comme une grande fabrique de produits et de misères de toutes sortes.
XIV. — A ces maux quel remède opposer ? Il n'en est qu'un, l'assistance, qui devient d'une impérieuse nécessité , pour le présent tout au moins , l'avenir dût-il, comme on le croit, changer l'ordre de» faite et
la rendre inutile. Elle n'est point au reste assurément, dans le plus grand nombre de cas, ainsi que le prétendent certains économistes, une vaine dispersion de capital ; car elle maintient le travailleur dans sa position de producteur ; elle lui permet de rester un membre utile de la société, ajoutant à la production au lieu de devenir dans son dénûment absolu un simple consommateur du travail d'autrui. Voilà, en effet, ce qu'il faut bien comprendre ; quand nous créons une crèche pour le nouveau-né, un asile pour le petit enfant, nous assistons la famille en soulageant la mère des soins qu'exigeaient ces jeunes êtres, et qui l'absorbaient tout entière. Nous lui rendons le prix de sa journée qui vient accroître les ressources du pauvre foyer. L'assistance resserre les Uens de la famille que la misère tend à dissoudre, et c'est même le caractère que doivent avoir les institutions de bienfaisance qui seront approuvées si elles tendent vers ce but, réprouvées si elles vont en sens inverse; il y a là, comme nous avons essayé de le montrer autre part, un sûr crilerium pour les juger *. Telle est la fonction de l'assistance dans la société chrétienne; elle fait refluer en définitive sur les masses une portion des capitaux qui tendent toujours à s'agglomérer en quelques mains. Elle ressemble alors à ces canaux