‹ De la méthode d'observationChapitre 192 sur 195 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

produit du libre arbitre humain; mais l'observation montre que ces éléments variables se compensent et s'effacent par la reproduction fréquente des mêmes faits, de manière à laisser voir en définitivele rapport primitif de cause à effets qu'on n'avait pas reconnu d'abord.

D'où il suit que pour observer dans Tordre moral, il faut recueillir et comparer des séries de faits analogues, et qu'on approchera d'autant plus de l'exactitude rigoureuse dans les résultats que les séries auront été plus étendues *.

Sur l'observation ainsi comprise et pratiquée, se fonde la méthode expérimentale d'après laquelle on constate les faits et on en tire des inductions, à l'inverse de la méthode dialectique, qui admet, en dehors des faits, des principes d'où l'on déduit des conclusions.

La première mène à la certitude et à la vérité, la seconde au doute et à l'erreur; celle-là termine la discussion, celle-ci la rend interminable; c'est parce que les sciences physiques ont définitivement adopté sur les traces de Bacon le procédé inductif, qui n'admet la loi ou le principe qu'après une longue et patiente étude des faits, qu'elles ont été tant avancées ; c'est parce que les sciences sociales n'ont pas assez

\. Traité de statistique, p. 145.

complètement abandonné la marche contrak^e ou l'esprit de système qu*elles n'ont pas fait un égal progrès.

Il appartient à notre siècle d'y arriver, par l'application définitive et complète de la méthode d'observation aux sciences morales et politiques.

Cette application est généralement réalisable, bien qu'elle ne soit pas sans difficulté, parce qu'il est dans les tendances de l'esprit humain de préférer au travail de patientes rechercHos qu'elle exige» les décisions promptes, mais dès lors aussi conjecturales, qui ne demandent qu'une étude superficielle des faits.

Les faits sous ce rapport se rangent en deux catégories distinctes. La première comprend ceux qui consistent en des données simples qu'on peut aisément énumérer et rapprocher, et auxquelles s'applique spécialement la statistique; dans la seconde rentrent ceux qui ne présentent pas ce caractère, mais qu'une étude analytique peut néanmoins ramener à des données comparatives sur lesquelles se fonde l'expérience.

Les faits bien observés et les principes qui se dégagent de la vaste élaboration des faits, voilà donc là science dans l'ordre moral aussi bien que dans l'ordre physique. C'est le double fondement sur lequel

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reposent les diverses branches de la connaissance humaine appartenant à cet ordre. Nous ramenons à cinq groupes principaux les faits qui s'y rapportent, et de là les sciences dénommées philosophie^ morale, législation^ politique et économie politique. Ces groupes de faits doivent rester distincts, et les sciences qui en découlent ne seront pas, bien que souvent connexes, confondues entre elles ; chacune aura son domaine particulier où l'observation puisera des principes qui ne seront pas ceux d'une autre, car c'est ainsi seulement que la scieace pourra être bien faite.

Enfin tous les faits seront généralement soumis à la loi de conservation sociale, qui deviendra de la sorte une base soHde d'appréciation, et un sûr criterium de leur valeur morale.

Ces données générales, nous les avons justifiées en parcourant tout le domaine de la science sociale, abordant les plus importantes questions que présente à l'examen une rapide excursion. L'avantage de la méthode s'est trouvé démontré par l'application même, bien que sommaire, que nous en avons faite. Nous jetons ainsi l'ancre^ suivant l'expression du comte de Maistre, parmi les incertitudes humaines; nous arrivons à cette conclusion : qu'en un point quelconque de la science, on peut tout au moins entrevoir

une solution prochaine et définitive, si Ton pénètre résolument dans la voie nouvelle, si Ton abandonne ces vues abstraites, ces idées préconçues sur lesquelles s'établit un débat sans issue possible, pour adopter l'observation sage et prudente qui mène en toutes choses à la vérité.

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