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FIN

Not« I, page 3.

Tout a été dit sur ce grand génie; néanmoins nous ne pouvons nous dispenser de citer cette haute appréciation qu'en a faite madame de Staël dans son bel ouvrage de VAlk^ magne. Après avoir exposé les égarements dans lesquels une fausse méthode avait fait tomber la science au moyen ftge, Fauteur ajoute : « Un géant parut, c'était Bacon. Jamais les merveilles de la nature, ni les découvertes de la pensée n'ont été si bien conçues par la même intelligence. Il n'y a pas une phrase de ses écrits qui ne suppose des années de réflexion et d'étude; il anime la métaphysique par la connaissance du cœur humain; il sait généraliser les faits par la philosophie; dans la science physique, il 'a créé l'art de l'expérience. » (T. ni, p. 44.)

Note n, page 10.

C'est de même façon que Monteil, dans son travail historique trop vanté lors de sa publication et trop dédaigné peutêtre aujourd'hui, désigne par une seule parole chacun des cinq siècles dont il se propose de peindre Tétat social : le

quatorzième siècle, la féodalité; le quinzième, Vindépen-^ dance; le seizième, la théologie; le dix-septième, les arts; le dix-huitième, la réforme. « Voilà qui est bientôt dit, ajoute judicieusement M. de Barante, qui cite ce passage; rien ne serait plus commode que d'imposer ainsi un sobriquet à chaque siècle pour le résumer; mais, en procédant de la sorte, à force de vouloir faire entrer tout un cercle d'idées dans un seul mot, ce mot finit par ne plus rien signifier du tout.. » {Études historiques et biographiques, t. II.)

Note m, page 25.

M.Proudhon, qui, dans ces tristes loaximes^ n'a même pas le mérite de l'invention, car la première est de Brissot et la deconde de Sylvain Maréchal, est un des écrivains de ce temps qui ont poussé le plus loin l'abus de la dialectique. Il l'emploie non pour conclure, maïs pour nier. A ses yeux, rien d'absolument vrai, puisque l'argumentation pose en tout le pour et le contre. De là ces attaques, ces invectives embrassant toutes les doctrines, même les plus contraires ; étrange esprit dont^ Emile Saisset a dit qu'il est chose ténébreuse^ équivoque et insaisissable^ dont le vrai nom est le chaos, (Revue des Deux- Mondes, 4850.)

Note IV, page 29.

Les mots empirisme et expérience ont la même valeur éty* mologique, et l'on voit indifféremment employés dans les anciens traités les termes de méthode empirique et de méthode expérimentale. Toutefois, dans la pratique, il ne faut pas les confondre. Empirisme se dit particulièrement de l'observation incomplète, hasardée, limitée à quelques faits peu contrôlés, et qui par suite mène à Terreur. C'est donc le contraire de la véritable méthode.

KOTSS. 343

Nota V, page 31.

Assassin de Guillaume d*Orange, Tillustre fondateur de la république de Hollande.

Rien ne démontre mieux que Thistoire de ces meurtriers armés par le fanatisme religieux ou politique, les égarements auxquels les faux raisonnements, c'est^à-^dire ceux qui s'appuient sur de prétendus principes, sur de vaines conceptions métaphysiques, peuvent entraîner la volonté. Cette logique impitoyable qui les dirige dans leurs détestables actions est bien démentie par Texpérience, qui prouve que, presque toujours, elles ont un résultat diamétralement opposé à celui qu'en attendaient leurs auteurs. Au fond, il faut considérer ces tristes personnages comme des maniaques infatués de leur personnalité morose et concentrée, poursuivis par une idée fixe, et peut-être devrait-on les traiter comme tels au lieu de donner, par Téchafaud des martyrs, une sorte de satisfaction à Timmense orgueil qui les domine.

Note VI, page 37.

Citons à Tappui de Topinion que aous exprimons ici un imposant témoignage, celui de Téminent prélat actuellement préposé au diocèse de Paris. Mgr Darboy écrivait tout récemment {lettre pastorale de 1865) : « Il (le pontificat) ne ratifie pas tous les faits accomplis ; mais il n'ignore pas non plus que les faits accomplis par tout lin peuple traînent derrière eux des intérêts, et que ces intérêts considérables, qtuind ils ont duré qtielque temps, se nomment des droits. >

Note VXI, pag« M.

Il ne faut pas accepter cette assertion sans examen; H est bien vrai que certains mathématiciens et physiciens ont éi6

sceptiques, athées, matérialistes; mais beaucoup d'autres, dans tous les temps, se sont ralliés aux doctrines contraires. Si Laplace prétendait qu'il n'avait pas eu besoin de V hypothèse de Dieu pour construire sa mécanique céleste, il faut se rappeler que Newton, qui n'était pas un moins grand géomètre, découvrait sa tête toutes les fois que ce nom auguste était prononcé devant lui. L'observation montre en réalité que l'étude de la nature ne mène point à cette négation absolue de tout ce qui n'est point elle. La vérité, c'est qu'il y a chez ceux qui s'y livrent des idées arrêtées d'avance qui tiennent à leur éducation et sous l'influence desquelles ils sont placés et restent parfois toute leur vie; les sciences mêmes qu'ils étu* dient n'y sont la plupart du temps pour rien.

Nota VZn, page 46.

Voici le passage où se trouve explicitement contenue la donnée féconde : a Dusb visB sunt atque esse possunt ad inquirendam et inveniendam veritatem : altéra a sensu et particularibus advolat ad axiomata generalia atque ex iis prin* cipiis eorumque immota veritate judicat et invenit axiomata média ; atque hœc via in usu est Altéra a sensu et particularibus excitât axiomata ascendendo continenter, et gradatim ut ultime loco perveniatur ad maxime generalia; quœ via est vera sed intentata, » ( Novum organum aphorisme XIX. )

Nota ZZ, page 47.

a La justesse de l'oreille est aussi fréquente parmi les géomètres que la justesse de l'esprit est rare chez eux. » (Y. La-

prade de l'Académie française : Questions d'art et de morak, p. 61.)

Nota X, page 50.

Il n'est point de fait plus curieux relativement à Texercicc pratique du droit de la civilisation opposé au] droit de la barbarie, que celui que cite M. Léonce de Lavergne dans son remarquable essai sur l'économie rurale de l'Angleterre et de l'Ecosse (in-8", 4854). On avait fait d'inutiles efforts pour triompher, dans ce dernier pays, des habitudes farouches et antisociales des Highlands qui empêchaient tout progrés. A bout de moyens, on prit le parti de déposséder violemment les populations, de les arracher par la force à leurs sauvages retraites. Cette tentative eut lieu au commencement du siècle ; en 1808, lord Selkirk, secondé par quelques anciens chefs de clan devenus des membres de l'aristocratie régulière, obligèrent un grand nombre de leurs vassaux à émigrer pour le Canada. La marquise de Stafiford, héritière de plusieurs de ces chefs, avait construit pour les siens, sur le rivage de la mer, des maisons commodes, pourvues de tout et entourées de jardins. Un jour, il leur fallut descendre de la montagne et venir habiter le cottage; quelques-uns acceptèrent l'échange, mais beaucoup d'autres préférèrent déserter le pays. De 4810 à 4820, environ trois mille familles furent ainsi contraintes de quitter la contrée habitée par leurs pères : a quand elles résistaient, les agents de la marquise démolissaient leurs misérables habitations, et, sur quelques points, pour aller plus vite, on y mit le feu. » (P. 374.) Il ne manqua pas de gens pour attaquer, au nom du droite cette manière de procéder, mais le résultat a été une transformation complète du pays ; dans les hautes terres, de nombreux troupeaux de moutons, dans les basses, d'admirables cultures couvrent le sol, et les fils de ceux qui maudissaient la réforme, enrichis et heureux, la bénissent aujourd'hui.

NoteZI, page 69.

Le fond des choses est tellement le môme quHl se produit parfois des incidents qui ont la plus singulière conformité ; c'est ainsi qu'on voit, sous la Fronde, Guy-Joly Taccolyte du cardinal deKetz, et, en 4792, le girondin Grangeneuve, avoir également Tidée, dans leur dévouement absolu à la. cause qu'ils professent, d'un guet-apens oùils pourront périr, assurés que leur mort, attribuée par le peuple à la çotir^ amènera un soulèvement général par le quel sera déterminé le triomphe de cette cause.

Note Xn, page 74.

Les travaux de la société à! Économie sociale, fondée par M. Leplay, à la suite de sa grande publication, ont le même but, c'est-à-dire qu'ils consistent en des enquêtes d'une trèshaute valeur sur la vie ouvrière. Toutefois , l'utilité de ces monographies, comme on les appelle, nous parait limitée au point de vue de la science ; il ne faut pas les confondi'e avec les monographies des sciences naturelles où les faits, dans tmê même espèce^ sont identiques ; ici ils présentent toujours des données accidentelles, des éléments variables que la statistique ^ justement pour objet de compenser par ses moyennes.

Note XIXZ , page 82.

Nous devons signaler à ce sujet la création, à Paris, d'une Société de statistique due aux soins de M. A. Legoyt, ^habile et zélé chef de la division de statistique au ministère de l'agriculture, du commerce et des travaux publics. Cette société, formée à l'instar des sociétés étrangères analogue^, publie un bulletin mensuel , arrivé aujourd'hui à sa ciuquièine année,

où sont recueillis des documents d'un haut intérêt auxquels nous avons même fait parfois emprunt,

Not« ZIV, IM109 84.

Le long parlement en Angleterre, au dix-septième siècle, procéda absolument comme la Convention nationale un siècle et demi plus tard, s^emparant de tous les pouvoirs, violant toutes les garanties et déclarant que lorsque la révolution serait accomplie il rendrait le tout au peuple. (Hume, i^à/. de la maison des Stuarts^ t. IL )

Note XV, page 87.

« J'ambitionne de voir la France jouir de toute la liberté possible, je dis possible, parce que C anarchie ramène toujours un pouvoir af^solu, (Napoléon. Séance d'ouverture des chambres eu 1816.]

Note XVI, page 100.

Filangieri , auteur d'un ouvrage sur la législation qui a joui d'un renom mérité, dans l'autre siècle [la Scienza délia legislazione, Naples, 1784), comprend dans son traité jusqu'à un Cours complet d'éducation.

Nota XVn , page 108.

£n 1775 encore, Washington ne pouvait pas se croire en-^ tièrement affranchi de tous liens avec la mère patrie. II ma* nifestait hautement sa répugnance pour une séparation, et appelait les soldats ennemis troupes ministérielles; il ne voulait pas, disait-il lui-même, les appeler troupes du roi. Ce fut à la nouvelle que rAngleterre, repoussant la pétition qui avait été adressée au roi, se préparait h une guerre d'ex-

348 DE LA MÉTHOPE d'OBSERYATION.

termiaatioQ, que Washington renonça à toutes pensées d'accommodement. (Corn, de Witt, Étude sur la démocratie américaine,)

Note XYlIl, page 112.

Tout le monde est d'accord quand il s'agit de juger la République directoriale, triste période qui ne rappelle que ruine et corruption. Tout se perdait dans les mains inhabiles de ce gouvernement. Par bonheur, apparut alors, un homme qui a pu dire sans exagération, selon M. de Barante (Mélanges de politique et d* histoire) ^ que a la mission de sauver la France lui fut donnée.... L'opinion universelle le conjurait de chasser un gouvernement repoussé par tous les partis, d'établir l'ordre, de ramener la victoire, de faire cesser un régime d'oppression et d'exclusion. Ce ne fut point l'attentat d'un général ambitieux qui détruisit la République ; elle tomba en ruines entre les mains de ceux qui l'avaient fondée, constituée et gouvernée. » Tel est sur cette Révolution mémorable le jugement d'un homme d'un beau talent et d'un noble caractère, et dont le témoignage ne saurait être suspect. On peut l'opposer aux déclamations superficielles de notre école révolutionnaire.

Note XIZ, page 113.

Nous répondons ainsi à ce passage oii Chateaubriand reproduit une opinion souvent émise avant lui et dont on voit le peu de fondement. «Si, Ait-il '{Études politiques y préface), l'on sépare la vérité morale des actions humaines, il n'est plus de règle pour juger les actions. Si l'on retranche la vérité morale de la vérité politique, celle-ci reste sans base. » Nous disons, nous: elle a sa base propre qu'il faut savoir reconnaître et établir.

Note XX, page 113.

Jefferson, le fondateur du parti démocratique aux Etats- Unis, expose, dans ses écrits, cette théorie : qu'une génération n'a pas le droit d'en engager une autre. Or, s'il est vrai, comme rétablit Buffon, que tous les dix-neuf ans il se forme une majorité nouvelle parvenue à l'âge de raison et qui se substitue à la précédente dans tous les actes de la vie publique, il en résulterait que toute loi, toute constitution est nulle à l'expiration de ce laps de temps, que tout est à refaire ou tout au moins à confirmer. (Corn. deWitt, Etude sur la démocratie américaine,) Ou voit par ceci quel eût été l'avis de Jefferson dans la question du grand conflit américain. Assurément il eût pensé comme le Sud , ce qui ne veut pas dire qu'il n'eût pas agi comme le Nord.

Note XXI, page 110.

Citons à ce sujet les réflexions judicieuses d'un écrivain, d'un penseur distingué : M. Léo Joubert, rendant compte de l'importante œuvre historique de l'empereur Napoléon III, [Revue contemporaine ^ avril 4865), disait que « c'est une coutume, de notre temps, de parler sans cesse du progrès de l'humanité ou plus simplement du progrès; mais l'histoire ne connaît point cet être collectif l'humanité ; elle nous offre des races humaines fort inégales dans leur aptitude à la civilisation; quelques-unes restent indéfiniment plongées

dans la barbarie Bien loin, ajoute l'auteur, que l'idée

du progrès soit naturelle à ces races, elle leur est parfaitement inintelligible. C'est une idée qui est née dans notre race et qui, comme toutes les idées, n'est que la généralisation d'un fait. Ce fait, le voici : la civilisation créée par les Hellènes, il y a environ trois mille ans, s'est perpétuée jusqu'à nos jours, sans aucune interruption, quoique avec quelques

intenrallesde ralentissement et d'obscurité, s'accroissantsans cesse, s'éteadant des Hellènes aux peuples Italiques, des peuples Italiques aux Celtes et aux Germains, atteignant enfin les Slaves qu'elle n'a pas encore complètement conquis, et formant ce milieu intellecluel et moral, commun aux peuples de l'Europe ou d'origine européenne, et qu'on peut appeler la civilisation occidentale. Cette civilisation, sauf un petit nombre d'exceptions faciles à expliquer, ne s'est propagée jusqu'ici que parmi les peuples de race indo-germanique. Peut-elle s'étendre à d'autres races? c'est un problème que l'avenir résoudra. Quoi qu'il en soit, c'est dans cette civilisation et dans celle-là seulement que le progrès existe; sans prétendre qu'il soît indéfini, on peut croire qu'il n'est pas encore près de son terme. »

Note XXn, p. 120.

Jusqu'à M. Louis Blanc qui dit à ce sujet : « Non-seulement il est faux que la Terreur ait sauvé la France, mais on peut affirmer qu'elle éreinta la Révolution. » (JBist. de la Révolutiofij t. XII.)

Note XXm, page 136.

Kant soumet à la critique^ dans son célèbre écrit, Kritik der reinen Vemunft (1 781), l'ensemble de la connaissance humaine, et la partage en deux catégories, l'une à laquelle se rattachent les objets de la pensée qui nous arrivent par l'expérience, c'est l'objectif; l'autre qui se rapporte au sujet pensant, c'est le subjectif.. La raison applique le subjectif à l'objectif, et elle croit voir comme existant ce qui n'existe réellement qu'en elle, d'où il suit que nos idées abstraites n'ont de certitude que par la foi qui les accepte. Nous voici de la sorte sur les confins de l'idéalisme; nous y tombons pleinement

avec Fichte qui établit qu'il n'y a absolument pas autre chos« que les idées que nous ayons des objets, et pousse Tabsurde jusqu'à nier en quelque sorte TÊtre. Schelling présente les mêmes idées dans un sens moins absolu ; eniin Hôgel, généralisant ces principes, fonde une philosophie qui mène à ce résultat : que tout part du néant pour aboutir à Thomme, et qu'au-dessus de Thomme et au delà de la vie terrestre il n'est rien. Ce qu'il y a de singulier, c'est qu'Hegel se disait religieux, aussi bien que Kant ; mais pour arriver à cette conclusion, il faut pénétrer au travers d'une obscure phraséologie. M. Cousin, cette puissante intelligence, a écrit quelque part qu'il avait eu de la peine à comprendre Hégel lui expliquant son système dans un long entretien. Il n'est pas bien sûr, au reste, qu'il se soit toujours parfaitement compris lui-même. En réalité, on est souvent dans les nuages quand on parcourt les écrits qui se rattachent à cette philosophie hégélienne maintenant dépassée et dédaignée, et il arrive parfois que tels passages qu'on croit comprendre dans la langue originale ne sont véritablement compris que lorsqu'ils sont traduits dans la langue du bon sens net et précis, c'est-à-dire en français ; on les comprend en effet alors, mais pour en apercevoir l'inanité.

Note XXIV, page 136.

Hégel, aussi bien que Kant, est surtout frappé de ces antinomies que présentent les choses de ce monde. Un univers incréé confond l'imagination, et, d'autre part, on ne comprend pas qu'il ait pu être créé. L'étendue infinie est tout aussi incompréhensible que l'étendue finie. La nature de Dieu, autre abîme pour l'intelligence 1 Est-il esprit, comment a-t-il pu faire la matière? Est-il matière, comment a-t-il fait l'esprit? Puis encore l'antinomie du libre arbitre et de

l'action proYidentielle et bien d'autres; la contradiction est partout ; elle est dans la nature des choses et dans la nature de l'esprit. Soit. C'est une vérité d'observation de laquelle il faut induire simplement ceci, que nous sommes plongés icibas'dans un inexplicable mystère; mais, fonder sur Videntité des contradictions^ comme parle Hegel, un système philosophique, est absurde.

Note XXV, page 137.

A diverses époques, l'exagération des systèmes philosophiques a produit des systèmes mixtes formés de fragments divers empruntés aux uns et aux autres. Véclectisme, c'est le nom qu'on donne à cette philosophie, pour ainsi dire composite^ devait être légué au dix-neuvième siècle par le dix-huitième. On voit du reste comment, bien que partant de ce point de vue, juste au fotid, qu'il y a du vrai dans tous les systèmes, et rendant un service très-réel aux époques où la confusion des doctrines a livxé les esprits à de funestes tendances sceptiques, elle ne- saurait néanmoins être appelée à clore le débat. Sa marche est nécessairement vague et incertaine. Elle procède, pourrait-on dire, comme celui qui, pour arriver à un but déterminé, prendrait des routes iiuî se croisent. La division se maintient dans la sciçi|ce, chacun empruntant plus ou moins à son gré aux doctrines d!h(erses,. et comme on a affaire à tous les systèmes, oajdoj^eaùsisliteuf' procédé dialectique. On proclame l'avantagé dte^te^ méthbde- ^'observation; mais c'est l'autre qu'on me** la plupart du temps en pratique. Ce n'est donc point Tàserilier dans \k voie nouvelle..

Note XXVI, page 14i. ->..';

Quelquefois on appelle philosophie d'une science l'ensemble des principes généraux, des vérités fondamentales qui en res-

sortent; c'est une acception particulière qui pourra également s'appliquer aux sciences physiques.

Note ZXVn, page 144.

On agite beaucoup aujourd'hui dans les académies la question de la génération spontanée; elle est encore indécise; mais supposons qu'on parvienne à faire sortir quelque part la vie de l'eau fangeuse d'un marais, de la matière organique à l'état de putréfaction, sans en apercevoir le germe générateur, qu'importe? Tunivers entier n'en est pas moins fondé sur la génération régulière des êtres. Voilà le grand phénomène que cette découverte ne saurait anéantir. Comment arriver de Vatome vital à Vêtre pensant? N'est-il pas évident^ qu'il faut se jeter dans des suppositions cent fois plus monstrueuses que l'admission d'une cause première d'où proviennent les êtres créés? Le monde est donc d'une profonde sagesse quand il avoue cette cause, et jamais aucune théorie, aucun système ne vaudra cet aveu.

Note XXVm, page 147.

M. J. Simon dit (le Devoir^ P-81,) que, comme Locke l'avait pressenti, l'idée de Dieu est innée en nous, et ajoute : « Il est si vrai que rien ne pourrait nous donner l'idée de Dieu, excepté Dieu, qu'on a conclu directement l'existence de Dieu de l'idée que nous en avons, et cette preuve est invincible. » Descartes a dit aussi qu'il ne se pouvait que l'àme humaine eût inventé l'idée de Dieu. Un autre éminent penseur de notre époque, le P. Gratry, s'attache également à prouver l'existence de Dieu par l'idée de Dieu même (De la connais sance de Dieu, 2 vol. in-8°, 1853) ; mais ce n'est pas comme base d'argumentation que nous envisageons, quant à nous, cette

354 Dl LA MÉTHODE D'OBSERVATION.

idée universelle de l'existence de Dieu; nous la plaçons audessus et en dehors de toute argumentation.-

Moto ZXI3C, page 14B.

Le dualisme humain ressort d'un examen expérimental au point de vue purement physiologique. Ainsi, considérant Tétre vivant comme une substance issue d'un certain arrangement moléculaire, nous voyons que cette substance est dotée de Tinstinct; cette propriété lui est inhérente, et ce qu'il faut bien remarquer, c'est que l'acte instinctif d'après lequel le végétal fait incliner sa racine vers le sol humide où sa sève trouvera l'aliment qui lui est nécessaire est tout aussi puissant que celui qui fait que Tenfant, dès qu'il cesse d'être à l'état de fœtus, cherche le sein où il doit puiser la vie. Les deux êtres se ressemblent parfaitement jusqu'ici; mais, au bout de peu de temps, se manifestent chez ce dernier des actes qui n'ont aucune analogie avec l'acte instinctif et vont môme à la traverse. L'instioct du végétal reste indéfiniment le même; celui de l'enfant s'est transformé et est entièrement différent. On est donc invinciblement amené à reconnaître qu'il y a en lui un autre moteur.

Puis cette agrégation de molécules vitaks grandit et se développe, et successivement, par les sécrétions diverses qu'amène le fonctionnement des organes, il arrive qu'au bout d'un certain temps il ne reste plus une seule des anciennes. Gomment et à quelle époque s'en introduit la pensée dans ce travail de transformation moléculaire?

Il est tel cas pathologique enfin où l'entendement a toute sa vigueur, et c'est le cerveau qui lui seul est atteint. Votre voontô pensante n'est en rien altérée ; c'est lui qui est malade, et non pas vous en quelque sorte. Il est comme cet instrument défectueux qui se brise dans vos mains si tous voulez

absolumeot le faire fonctionner. Dans la vieillesse même, une sorte de lutte entre le principe pensant et son organe se manifeste de la manière la plus évidente. Vous sentez parfaitement que le principe a gagné avec les ans^ bien que Vorgane ait perdu. Votre jugement a plus de force et de solidité avec un appareil cérébral affaibli dans ses ressorts, jusqu'à ce qu*enfîn la décrépitude corporelle amène un état de choses où il ne peut véritablement plus vous servir à rien.

Mais nous rentrons ainsi, après tout, dans un mode d'argumentation qui n'a pas une grande utilité à nos yeux, puisqu'il ne peut, en réalité, que fournir un nouvel aliment à la discussion à laquelle il faudrait sagement mettre un terme.

Note ZZZ, page 149.

Nous avons nous-méme fourni contre la philosophie qui veut tout voir dans la sensation transformée un argument que nous rappelons ici pour mémoire. Si, disions-nous (voir VFssai sur V aveugle-né, couronné par l'Académie française), l'entendement n'est, de môme que tout le reste, qu'un produit de la sensation, comment se fait-il qu'il soit identiquement le même en des êtres chez lesquels la sensation fonctionne d'une manière si inégale? Voici un aveugle-né à qui manque tout un ordre de sensations ; voici un sourd-muet à qui en a été refusé un autre ; l'entendement est néanmoins parfaitement semblable chez tous deux à celui des individus qui voient et qui entendent; des facultés qui le constituent pas une ne leur fait défaut, et parfois même elles ont pris chez ces êtres si défectueux sous le rapport des sens une plus grande énergie. Voici encore une pauvre jeune fille qui est à la fois aveugk^ sourde-muette et sans odorat^ et à laquelle il ne reste que les impressions du toucher (voir notre Mémoire sur Laure Bridgman, des États-Unis, lu à l'Académie des sciences morales et

356 DE LA MÉTHODE D'oBSERYATION.

politiques en mai 1845), et qui, par une ingénieuse et patiente éducation, arrive à toutes les opérations d'un entendement complet et normal. Rien peut-il mieux montrer que la sensation ne saurait se confondre avec la pensée, qu'elle est simplement Tobjet auquel s'attache la pensée ?

Note XXXI, page 150.

Auteur de divers ouvrages où il se montre fougueux adversaire du christianisme. (Das Wesen des chrisimthuma^ Leipzig, 1843, etc.]

Note XXXn, page 152.

Auguste Comte, amené à s'attaquer à Arago dans la préface du sixième volume de son cours de philosophie (1842), disait : « Toute personne bien informée sait maintenant que les dispositions irrationnelles et oppressives adoptées depuis dix ans à C École polytechnique émanent partout de la désastreuse influence exercée par M. Arago. » Son éditeur, Bachelier, lui ayant demandé la suppression de cette note^ Comte s'y refusa. Alors le premier rendit juge du différend Arago luimême, qui voulut que la note fût publiée, ajoutant : « On sait que la mauvaise humeur du philosophe date de l'époque où M. Sturmfut nommé professeur d'analyse; or, avoir conseillé, dans le cercle restreint de mon influence, de préférer un illustre géomètre au concurrent chez lequel jV ne voyais de titres mathématiques d'aucune sorte^ ni grands ni petits, est un acte de ma vie dont je ne saurais me repentir. »

Note XXXin, page 150.

La prétention de nos panthéistes actuels est d'établir que la physiologie, dans l'état avancé où elle est parvenue, a dit le

dernier mot sur le grand problème de la pensée, et qu'elle se passe fort bien de Tàme pour Texpliquer. Mais il n'en est rien. La vérité est que le matérialisme et le spiritualisme se partagent tout au moins, même en France, les physiologistes. Depuis Bérard [Doctrine du rapport duphyrique et du moral^ pour servir de fondement à la physiologie intellectuelle, i823, iu-8**) jusqu'à M. Lélut [Physiologie de la pensée]^ la littérature médicale a produit nombre d'écrits remarquables ouvertement spiritualistes, etoùl'organe cérébral, loin d'être considéré comme la cause efficiente, l'agent producteur de la pensée, en est simplement présenté comme l'instrument, puisqu'il faut bien qu'il y en ait un pour qu'elle puisse se produire au dehors.

Note ZXXXV, page 187.

Hobbes, dans ^onLeviathan^ fait reposer la société politique sur un prétendu contrat entre le peuple et le souverain, d'après lequel le premier aurait renoncé à sa liberté naturelle^ qui ne produisait que du mal, et remis au souverain toute sa puissance pour en user et en abuser. C'est la doctrine à jamais flétrie d'un odieux despotisme. Locke admet le contrat, mais avec la stipulation d'obligations réciproques dont l'inobservation invalide le contrat. Rousseau repousse l'une et l'autre théorie, et invente un autre contrat par lequel tous s^ engagent envers tous. Le traité n'existe à ses yeux que par cette convention libre des associés.

Le vice de ces théories, c'est de s'appuyer sur une fiction. On ne trouve en quelque contrée que ce soit nulle trace de ces contrats, qui n'existent que dans l'imagination de leurs auteurs. L'essence des contrats est dans le consentement libre des parties intéressées; comment verrait-on là rien de pareil? Une constitution elle-même n'a dans le fait aucun caractère

contractuel. Ce n'est donc point là le fondement de la société politique non plus que de la société civile.

Note XZXV, page 183.

Voyons par exemple comment Eant^ le prince du philosophisme germanique, arrive à la formule du principe de la moralité. Cette formule, c'est V impératifs autrement dit la contrainte exercée par la raison sur la volonté. Uimpératif, nous dit un exact abréviateur de ce système (M. Janet, Histoire de la philosophie morale et politique ^ t. II), est une sorte de moyenne entre la loi d'une volonté pure et celle d'une inclination irrésistible ; réunissez ces deux lois dans un être doué de raison, la résultante sera Y impératif; mois il faut se garder de confondre en fait û*\mipérd,iifV hypothétique ^ qui conseille une action pour arriver à un certain but, avec le catégorique^ qui nous présente une action comme bonne en soi et nous la recommande directement à ce titre. V impératif catégorique e&i donc celui auquel on doit aspirer et qui aura raison, quand on le tient, des plus grands excès de la passion!... N'y a-t-il pas lieu de s'étonner qu'on puisse imaginer de faire sortir le devoir de cette vaine analyse?

Note XXZVI, page 196.

C*est ce doute qui a donné lieu à l'hypothèse admise par Bailly, par Frédéric Schlegel et autres gavants, de l'existence d'un peuple primitif qui remonterait aune époque antérieure à tous les documents de l'histoire et aurait été Yéducateur du genre humain. Mais en tenant pour vraie l'existence purement conjecturale de ce peuple primitif, comment s'était-il approprié lui-même les connaissances dont il a été la source pour les autres nations, voilà la question qui se présenta. Il

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