CHAPITRE ir
dépit des deux grands philosophes dont nous avons rapporté plus haut le sentiment. Un des plus éminents penseurs de notre époque, cité plus haut, Jouffroy, lui aussi, approbateur très-décidé de l'application de la méthode baconienne aux sciences sociales, s'est attaché dans une belle introduction placée en tête des Esquisses de philosophie morale^ de l'Ecossais Dugald-Stewart *, à repousser cette doctrine, en ce qui concerne spécialement la philosophie; et les considérations qu'il présente à ce sujet s'appliquent, avec non moins de force, aux autres sciences du même ordre. Après avoir établi avec Bacon que tout ce que nous pouvons connaître de la réalité se réduit à des faits que nous observons, et à des inductions tirées de ces faits, l'auteur n'entend pas, comme le veulent les naturalistes, qu'il n'y ait que les faits qui tombent sous les sens qui soient observables et susceptibles d'être constatés avec une entière certitude. La réalité sensible n'est pas toute la réalité, il en est une autre qui n'est pas moins observable que la réalité sensible, bien quelle le soit d'autre façon. « Il est des faits d'une autre espèce, dans lesquels les questions philosophiques trouvent leurs solutions, et comme ces faits 50/2/ aussi certains que les faits sensibles et que rien n empêche den tirer des Jnductions aussi rigoureuses,