‹ De la méthode d'observationChapitre 26 sur 195 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

QUE l'ordre moral NE DIFFÈRE POINT DE l'ORDRE MATÉRIEL, RELATIVEMENT AUX LOIS DE LA SUCCESSION DES FAITS.

Serail-ce donc que les faits sur lesquels reposent les deux ordres de sciences, bien qu'ils puissent donner lieu à la certitude , sont néanmoins entièrement dissemblables par leur nature intime, de telle sorte que les uns s'accomplissent sans règle aucune et avec un complet désordre, tandis que les autres suivent un cours régulier et constant qui permet de reconnaître les lois de leur production? assurément il n'y a nulle probabilité. Quoi donc ! il y aurait deux œuvres dans l'univers, une œuvre d'harmonie et une œuvre de hasard! Ici un ordre admirable et qui confond la raison, là une succession capricieuse et désordonnée! dans les choses matérielles, des causes d'où naissent des effets ; dans les choses sociales, des effets sans eau-

48 DE LA MÉTHODE D'OBSERVA'nON.

ses I cela est-il admissible ? une si complète disparité dans l'organisation générale ne choque-t-elle pas le droit sens, quelque idée qu'on se fasse de l'origine du monde, qu'on le croie le résultat d'une grande élaboration du chaos par la main toute-puissante d'un Être créateur, ou le produit de nous ne savons quelle force intime soustraite à l'action providentielle ? dans l'une ou dans l'autre hypothèse, en eflfet, comment se rendre compte de ce partage étrange qui aurait soumis la nature brute à une suprême sagesse, la nature intelligente à une aveugle fatalité !

Mais c'est trop s'attacher à un genre de considérations en quelque façon étrangères à notre méthode. Si peu qu'on observe l'ordre social, il devient manifeste que les faits s'y développent d'après une marche qui a, en tout temps et en tout Ueu, la plus grande conformité. Or, s'il en est ainsi, il faut bien que ce développement s'effectue d'après des lois fixes, d'après des lois tout aussi invariables, dit Montesquieu *, que celles qui règlent le monde physique. La pratique de la vie est, au surplus, constamment basée, cela est manifeste, sur cette conviction intime que les choses au milieu desquelles nous vivons ne sont pas le produit de circonstances fortuites ; elle a résisté, cette conviction, à tous les efforts tentés pour la détruire. L'huit Esprit de» Lois, cbap. i.

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