‹ De la méthode d'observationChapitre 35 sur 195 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LE FAIT ET lE DROIT.

Il faut avant de passer à Texposé de la méthode dont nous proposons l'adoption, signaler une erreur dans laquelle sont tombés les apologistes de la méthode dialectique, et qui a dû retarder l'adoption de Tautre dans l'ordre moral. Tandis qu'en effet, nombre d'écrivains déclaraient, comme nous l'avons vu, en thèse générale, que les connaissances, en quelque ordre scientifique que ce soit, ne sauraient reposer que sur les faits, d'autres repoussaient vivement cette théorie et revendiquaient l'autorité de principes antérieurs aux faits comme fondement essentiel des sciences morales. « Les faits, dit un contemporain dont les livres ont à divers égards un succès si grand et si mérité*, ne sont que des faits, c'est-à-dire qu'ils

4 • M. Jules Simon , Du Devoir, p. 66.

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ne 9&nt rien et ne prouvent rien , et plus loitt : les lois du mande pkfmque nom sont révélées par Fexpérieme, et celles du monde moral petr la raison (p* 302), non» voUà loin de l'observatian^ et Fauteur, oserons^ nous dire, a bien oublié la leçon d'un illustre maître qfiii ne professe pas, tant s'en feut, un égal dédain f&mt \^ fsdift; c'est, selon M« Cousin, qui se rattâehe ni à l'éeole expérimentale', un impérieux besoin pour Tesprit de l'homme d'avoir des principes fixes et îmMuables et l'on n'arrive à ces principes que par l'expérience; des lEstits isolés, disparates sont les ma^ tériaua: dnne science d'un ordre quelconque^ mais ce n'est que lorsqu'ils- sont ramenés à une loi, que k science est faite. Les progrès rapides que doivent à la méthode expérimentale les sciences physiques:, ont donné à cette méthode une immense popularité, et auj&unfhui, on ne daignerait même pas prêter attention à tme science d laquelle elle ne semblerait pas présider.

Mais l'avis du disciple est partagé par plusieurs, et ainsi s'établit la compétition entre les principes et les faits. En pcrfitique, par exemple, dans la polémique qui s'ouvre au sujet de diverses questions, on entendra sans cesse opposer le fdit au droit. Le premier sortira inévitabl^nent vaincu de la lutte, et ceux qui se

i. î>'u Vrai, du Bien et du Beau, p. 19.

rangent sous sa bannière, sont de rigueur, ces gens sans conscience toujours prêts à devenir les courti^ sans empressés, les apologistes serviles du pouvoir, quel qu'il soit, qu'amènent les chances des révolutions. Mais il y a là une véritable confusion qu'il im-^ porte de bien expliquer; il ne 3'agit nullement en réalité pour l'école qui prétend, que l'étude des faits doit être le fondement des sciences morales aussi bien que des sciences physiques, de mettre le fait à la place du droit; tout autre est sa pensée; elle entend établir que des faits tels qu'ils s'accomplissent, d'après la nature même des choses, naissent des principes, des lois qui constituent ce qu'on appelle le droite pour nous servir d'un terme consacré que nous goûtons peu, sans doute, parce qu'il est pris en vingt acceptions diverses, ce qui jette parfois du trouble dans le langage, mais en l'écartant, on semblerait vouloir éluder l'objection, au lieu de la combattre en face.

Nous savons bien qu'on va se récrier sur cette manière d'envisager la question ; on dira que le droit, dans cette théorie, n'existe plus, que s'il ne consiste pas en des principes antérieurs aux faits^ il n'est rien, et que dès lors, la force et l'astuce régnent sans contrôle sur les choses humaines. Examinons bien cotte thèse, qui reviendra sans cesse dans la discussion

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