‹ De la méthode d'observationChapitre 36 sur 195 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

toujours la même au fond, et diverse seulement par la forme. Nous sommes ici au cœur du sujet. La réfutation va sortir de l'étude même de ce qui se passe journellement sous nos yeux, soit dans Tordre civil, soit dans Tordre politique.

Parmi les circonstances qui troublent quelquefois la société, il arrive que la propriété privée se trouve détenue par celui à qui elle n'appartient pas; le fait est positiî, mais pour des raisons bien connues , la prescription est invoquée, et le principe ouvre au possesseur actuel un droit cpii arrête toute contestation. De même dans Tordre politique, voici un gouvernement que les événements qui ont agité le pays, ont fedt surgir n'importe comment. Il existe, fonctionne avec régularité; il fait exécuter les lois, il exerce une action utile et prospère dans l'état. C'est là un gouvernement de fait^ celui auquel il succède était le gouvernement de droite notons qu'il n'y a point d'accord en ceci, le droit absolu résidant, dans un principe ou dans un autre, suivant le parti auquel on s'est rallié; mais passons; le temps marche, qu'arrive-t-il? c'est que la prescription politique s'établit aussi dans les esprits; le fait s est converti en droit, nous dira Ballanche' qui appartient pourtant à Técole traditionnelle (VI); ^d'ordre existant, ajoutera

\, L'Homme sans nom, préface.

de MaistreS devient sacré et est rebelle cdui qui s'y oppose, quand il y a une oi^nisation paisible, quand les ennemis intérieurs se taisent par lassitude ou par conviction^ lorsqu'enfin, le consenteanent des nations étrangères, achève de donner à la puissance qm a vaincu tous les caractères de la légitimité. »

On voit avec clarté ici^ conunait s'est formé le droit, comment il est, quoiqu'on en dise, bien réellement sorti du fait. Eh bien I une observation attentive montre qu'en somme , il en a toujours été ainsi , que ce ne sont dans aucun temps, les principes qui ont donné naissance aux faits, mais les faits qui ont donné naissance aux principes. La société consacre les principes pour ses besoins, et ne les entend pas dans la pratique en dehors des conditions de son existence. En faut-il conclure, nous référant aux exemples précités, que la fraude et la violence, ont seules de la valeur ici-bas, que l'accaparement du bien d'autrui et l'usurpation des trônes, sont des actes méritoires? non certes. Mais la société qui ne peut empêcher certaines circonstances de se produire dans son sein, est bien obligée d'en tenir compte. Si le cours du droit s'est trouvé interrompu, elle le rétablit et le reconslitw dès que la chose est possible. Qu'a-t-elle de mieux à faire? le droit est ainsi bien

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