‹ De la méthode d'observationChapitre 38 sur 195 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

quels il feut passer pour être quelque, chose en ce singulier pays, fleurit l'argumentation subtile et frivole qui met tout en question. C'est le triomphe du rationalisme et de l'incrédulité qui vient à sa suite.

Si donc on arrive au scepticisme par le raisonnement, on s'en éloigne par l'observation, résultat important et inattendu aussi en quelque sorte, car la prétention constante de la dialectique, c'est d'arriver à la conviction relativement aux fondements mêmes de la croyance; mais, comme nous le verrons plus complètement ci-après, cette prétention n'est guère justifiée, et c'est au contraire la méthode basée sur l'examen comparatif des faits qui peut légitimement l'émettre.

Ainsi, la doctrine que nous exposons, ne porte en réalité nulle atteinte au droite comme on l'entend communément. L'examen d'un livre célèbre, diversement apprécié, et qu'on s'est bien souvent plus attaché à réfuter qu'à comprendre, vient à l'appui de cette assertion. Il s'agit du prince de Machiavel, cet éminent esprit, véritable fondateur de l'école expérimentale en politique. On a assez généralement voulu voir dans ce traité, la doctrine odieuse qu'il n'y a aucune règle morale en politique ; que tous les moyens sont bons pour en venir à ses fins, et que par le succès le crime même devient vertu. Mais c'est mal l'entendre, selon

nous ; Machiavel analyse , rapproche et compare les faits présentés par l'histoire , et il constate que bien souvent, selon le cours des chances humaines, la fortune est du côté des voies illicites. Il ne faut pas, suivant lui, se forger une idée chimérique « de républiques et de gouvernements qui n'ont jamais existé. Il y a si loin de la manière dont on vit à celle dont on devrait vivre, que celui qui tient pour réel et pour vrai ce qui devrait l'être sans doute, mais ne l'est malheureusement pas, court à une ruine inévitable*. « Dans la vie privée , après tout , il n'est que trop fréquent qu'on réussisse par l'intrigue et par la mauvaise foi ; comment n'en serait-il pas ainsi dans la vie publique. De même qu'il y a des gens qui acquièrent de l'or malhonnêtement, il doit y en avoir qui arrivent aux honneurs, au pouvoir, par des moyens contraires à l'honnêteté. Le temps où vivait le secrétaire d'État florentin, fut assurément de ceux où l'on peut signaler le plus de ces exemples d'improbité politique. Il a donc vu atitour de lui nombre de princes devenir puissants et redoutés par la violence, par l'injustice, par le manque de foi. Peut-être le succès actuel, immédiat, serat-il suivi d'une chute rfltérieure, car le châtiment définitif atteint souvent même ici-bas les actes criminels; « les procédés par lesquels on s'élève, dit élo-

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