CHAPITRE V
évidemment d'origine sociale; c'est le point essentiel que nous voulions établir.
Telle est donc la base que nous entendons donner au droit, et remarquons bien que loin de le renverser ainsi, nous le posons sur une assise inébranlable; vous voulez quil soit antérieur à l'état social. Mais alors se présente naturellement la question : d'où vient-il? de Dieu suivant les uns, de la raison diaprés les autres; c'est ainsi que ses fondements métaphysiques sont sans cesse débattus. Au contraire, quand ses principes seront puisés aux entrailles mêmes de la société, et en exprimeront les rapports intimes et nécessaires^ on ne les discutera plus, on les acceptera comme on accepte l'attraction et le magnétisme, laissant de côté cette vaine question d'origine, ne cherchant qu'à constater la loi de coordination des phénomènes sociaux avec l'ordre général du monde.
Ainsi, loin que cette manière de procéder ait, comme on Ta cru bien à tort, pour résultat une sorte d'indifférence matérialiste en morale et en politique, elle doit, si elle est bien appliquée, tendre au contraire à donner aux opinions une base immuable qu'elles ne sauraient avoir dans l'autre système. Qu*on y prenne garde, en effet, cette perpétuelle mise en question des principes fondés sur le raisonnement, a dû bien contribuer à en ébranler Tautorité dans les es-
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prits ; et n'est-ce pas là l'origine de ces tendances sceptiques, si funestes à la moralité privée ou publique qui se manifestent invariablement aux époques d'avancement social ? Comment le doute ne naîtraitil pas parmi ces dissertations contradictoires sans fin sur le fondement même de nos jugements et de nos devoirs, surtout quand survient dans la mêlée quelque écrivain ingénieux et fécond, un Voltaire, par exemple, portant ses coups de tous côtés, frappant à droite et à gauche avec une verve railleuse incomparable. Ce sont alors les principes qui restent la plupart du temps sur le champ de bataille.
On rapporte d'ordinaire ces propensions sceptiques, qui se manifestent au sein de la société, à la prédominance que prennent en elle les sciences physiques ; certainement le mouvement scientifique peut y concourir (VII), mais à bien observer les faits, on reconnaît que c'est surtout l'abus de la dialectique qu'il faut accuser ici. L'exactitude de cette assertion ressort de l'étude attentive de certaines civilisations. La Chine où paraît régner généralement, parmi les classes élevées, un esprit de doute absolu, si ce n'est la négation même, relativement à tous les objets de la croyance humaine, en est un frappant exemple. Là assurément, les études scientifiques sont loin d'être en progrès; mais dans ces examens gradués par les-