‹ De la méthode d'observationChapitre 41 sur 195 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

DÉVELOPPEMENT DE LA NOUVELLE MÉTHODE DANS SES APPLICATIONS AUX FAITS SOCIAUX.

Précisons maintenant, cette méthode qu'il s'agit d'appliquer définitivement aux sciences morales et politiques. Nous l'appelons inductive d'après Bacon, qui en a si bien démontré les avantages sur la méthode syllogistique^ dans la recherche de la vérité. Sans doute Âristote, nous l'avons remarqué plus haut, en avait en quelque sorte jeté les bases, en établissant le procédé analytique^ par lequel on passe pour arriver à la connaissance du particulier au général {Organon); mais, c'est au philosophe anglais que revient le mérite d'avoir pleinement mis en lumière sa valeur réelle. Il rejette le syllogisme à l'aide duquel on établit des propositions générales, pour en tirer des propositions moyennes, attendu que si les pre-

mières ont été mal établies tout s*écroule (VIII); chacun a journellement occasion de reconnaître la justesse de cette observation. Nous en trouvons un frappant exemple, en opposant entre elles les premières lignes de deux livres fameux; nous ouvrons le Contrat social y cet écrit de Rousseau^ qui a fait tant de bruit dans le monde, et nous lisons en tête du premier feuillet ces mots: l'homme naît libre; voilà une proposition générale sur laquelle on peut disserter à l'infini, sans jamais pouvoir s'entendre; tout dépend en effet du point de vue auquel on se place, suivant qu'on considère V homme de la nature (s'il existe), ou J'honmie de la civilisation, et aussi l'espèce de liberté dent il s'agît. Rien donc riesX plus douteux que cet axiome, et pourtant làhdessus repose tout en«^ tier ronvrage qw pdurra dé» lore n'être pius^ qu'fm enehahiamenl d'erreurs. An contraire^ Machmd inscrit au début du Hrre que nous avons cité phi^ haut, «ette proposition que tmOe samermneié mpêsée aux hommes f est une principauté ou une répèAHqwe\ et nous voyons qu'il y a là \gm ind«M^tion puissmte qm n'est point tirée d'une com^eption plus ou moins ingéBfi^se de Pautenr, mais qmr a pour foiictement l'observation répétée du gouverwemefit des sociétés^ hmaines, é» laqmHe it irésnlto en* efffist, efà& h p6U-

(. Le prince, cHap. i.

fmt j est tour à tour exercé^ par iw ou par jdusieurs* Yoilà la âifférenee; oa ne saurait trop insister sur ce qu'dle a de radical, de décisi£ Dans le pre* mier cas, la discussion p^at se prcdonger indéfini* ment ; dans le second, il n'y a pas beu à discussion. La proposition hypothétique wus a élo^né de la vérit^ I^ donnée^ fondée sur l'observation, vous y ramène; là vous en êtes toujours à l'analyse^ qui est le moyen ; ici vous marchez droit à la synthèse qui est le but. C'est immense.

Non qu'^Ei examinant les choses de près, l'esprit bumarâi aôt en réalité deux procédés entièrement distincts. Il s'agit toujours en définitive pour notre entendement d'arriver à l'inconnu par le connurnwhiction peut être au fond ramenée au syllogisme, moîns^ kb forme que l'école lui a doiuiée, car la pro^ posiftîofi: qui vésiilte des faila observés devient eofiiine une véritable m^eure dialectique. Maïs n'importe, on voit eoittbieni d^ère le résultat selon la manière dont se pose cette majeure et le foudement qu'on bû donne. Ne serait^e pas là l'ori^ne de cette défectuosité du jugement qu'o«at> remarque parfois chez certains esprits bvrés d'habitude à L'abstraction? Ainsi, on dit communément des mathématiciens qu'ils n'onlt pas toujours l'esprit juste dans les questions étiraurgères à la science du calcul (IX); il n'est pourtant

pas de raisonnements plus exacts, plus rigoureux que ceux qui s'obtiennent par la voie des mathématiques; niais dans les matières où l'on arrive à la certitude par l'induction tirée des faits, les hommes livrés à cette étude sont naturellement enclins à s'appuyer surtout de principes abstraits, analogues à ceux qui leur servent habituellement de règle et s'écartent ainsi de la méthode inductive. Ils ne raisonnent pas mal, mais c'est la base de leur raisonnement qui n'est pas bonne.

Il faut insister sur ce point qui a souvent donné lieu à une étrange confusion. Nous prendrons ici pour guide, un commentateur habile de Bacon, dont les travaux pohtiques et économiques, sont en juste renom dans la patrie de l'illustre chancelier; il s'agit de M. Stuart Mill, et de son important ouvrage sur la logique, qui a également, à une époque toute récente, été favorablement accueilli du public anglaise L'auteur ramène tout dans cet écrit, à l'induction; elle est pour lui la véritable base de nos jugements et il n'attribue qu'une valeur artificielle au syllogisme. C'est par l'induction tirée des faits bien observés et analysés, qu'on obtient la proposition générale, d'où nsut la loi; ainsi, par exemple, nous avons vu et nous voyons successivement mourir tous les êtres vivants;

i. A System of logic ratiocinative and inductive, Londoû, i859«

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de cette longue jet invariable observation découle la proposition générale, que tous les êtres vivants sont sujets à la mort, et cette proposition, nous mène à • une loi de la nature que nous acceptons définitivement, et qui se trouve placée en dehors de l'examen. De cette loi, l'esprit conclut que tout individu vivant est par cela même destiné à mourir; telle est la véritable marche de l'esprit humain, il procède successivement par induction et par déduction; des faits nous induisons, et des lois nous déduisons^ distinction d'une haute importance, et qui appelle la méditation du lecteur. Il en résulte que toute science bien faite a passé de fétat inductif à F état déductif; c'est-à-dire que l'induction appliquée aux faits de telle ou telle science, nous a amenés à la découverte de ses lois, desquelles nous pouvons faire toutes les déductions pratiques. Il est dès lors visible, que lorsque nous avons posé des lois, des principes avant les faits ^ nous nous sommes nécessairement égarés, et c'est ainsi qu'on procédait sans cesse avant Bacon ; il faut appliquer sa méthode avec rigueur et ne pas déduire quand il y a simplement lieu à induire. Ce n'est qu'ainsi que l'entendement arrive à une conclusion identique avec la vérité, mais il est certain qu'il y arrive ainsi.

Cet exposé de M. Mill fait clairement apercevoir

la source des erreurs où tombât sans cesse ceux qui cultivent les sciences sociales. L'esprit humain est ici comme perdu dans un véritable dédale, il n'a pour en sortir qu'un guide trompeur qui, le ramenant sans cesâe sur ses pas, l'égaré toujours d'avantage.

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